Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
On m’a demandé en mariage, récemment, et pour la première fois de ma vie. Route de l'Aurore faisait depuis quelque temps la mystérieuse. Elle me disait que quelque chose se passait dans sa vie mais ne révélait jamais quoi.
Puis soudain elle me demanda, dans un email, si j’avais quelqu’un pour « m’accompagner dans la vie », et si je ne me sentais pas seul. Oui, bien sûr, je me sens un peu seul parfois.
A quoi elle me répondit qu’elle voudrait me tenir compagnie, « en tant qu’amie, assistante ou quelque chose. »
Ma réaction fut de pousser un profond soupir. Friend, assistant or something, she said. L’image que j’eus à l’esprit fut celle de Neige près de moi, et une excitation violente prit possession de moi. Je réfléchissais à ma réponse avec difficulté. Pourquoi ne pas lui dire oui tout de suite, qu’elle vienne incontinent et qu’on se jette l’un sur l’autre comme deux gamins embrasés. Je sortis du bureau m’asperger le visage d’eau.
Je voyais d’ici les gens dire que cette fille avait voulu un passeport et n’avait pas d’amour pour moi. Mais je voyais aussi sa plastique enchanteresse, son corps et son visage qui seront toujours aussi beaux dans vingt ans, je nous voyais ensemble dans un présent perpétuel. Mon excitation ne se calmait pas et je ne pouvais pas penser droit avec cette agitation du bas ventre. Je partis aux toilettes et résolus la question dans une pensée voluptueuse dessinant Neige dans mes bras.
Au retour des toilettes, en effet, je prenais les choses avec davantage de philosophie, mais les termes étaient les mêmes. Ma vie, mon avenir, cette femme, une autre femme, les autres femmes, le voyage, l’écriture, l’indépendance, la liberté, le bonheur, la vie, le vieillissement, l’aventure, la solitude, le désir, la sexualité, l’enfance, un enfant, la paternité, la famille, tout était là. Les éléments de cette farce virevoltaient, ils ne se mélangeaient pas. Ils se présentaient à moi séparément et clairement, mais à une vitesse trop grande pour être distincts. Rien ne pouvait être pensé à part, il fallait tout penser en même temps, c’était exténuant.
Il fallait aussi apporter un soin spécial à la réponse. Se montrer sincère sans décevoir, et sans donner d’espoirs irrationnels. Je voulais lui faire comprendre qu’on ne pouvait pas s’engager à la légère.
Je composais quelques lignes diplomatiques pour accuser réception et pour en savoir plus sur la compagnie qu’elle entendait me tenir.
Je sortis du bureau et marchai dans les rues le cœur plein de joie. Le temps était à l’orage.