Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
On peut traiter les leaders chinois d'abrutis, c'est certain. Annuler un sommet sino-européen en temps de crise, uniquement parce que Sarkozy va voir le Dalaï Lama dans quelques jours, c'est un peu décourageant. On peut se demander : "Ils n'ont rien d'autre à penser, les Chinois ?" Parce que le Tibet ne menace en rien la sécurité de la Chine. Le Tibet peut se pacifier assez facilement. Tout le monde le sait, il suffit d'entrer dans un processus de dialogue, et tout s'apaiserait, tous seraient gagnants-gagnants, comme dit l'autre. Tout le monde la fermerait pour très longtemps, les violences tibétaines ne seraient plus soutenues par les bo-bo occidentaux et le Tibet resterait chinois.
Cette politique anti-Dalaï Lama est donc voulue par Pékin. Pékin veut que les projecteurs soient braqués sur la question tibétaine. La question est de savoir pourquoi, alors que les dirigeants ont les cartes en main pour résoudre le problème à moyen terme.
Plusieurs raisons à cela, que le seul bon sens me dicte.
1- La posture de Pékin par rapport aux Européens est une affirmation de puissance inouïe. "Vous avez besoin de nous, nous disent les Chinois, et vous vous en rendrez compte de plus en plus. Alors respectez-nous, c'est-à-dire pliez-vous à nos injonctions, surtout quand elle touche les affaires intérieures. Or le Tibet est une de nos régions."
2- Ensuite, c'est un bon moyen d'unifier le Parti au pouvoir, qui est aujourd'hui profondément divisé. Hu Jintao est devenu président grâce à sa capacité de faire cohabiter les courants opposés, d'où des décisions politiques apparemment contradictoires, ces dernières années, alliant retour au marxisme et ultra capitalisme, comme autant de concessions faites aux conservateurs et aux réformateurs.
Cet équilibre instable entre les courants du Parti ne peut durer qu'en temps de croissance économique. Avec les usines qui ferment et la paupérisation, les décisions à prendre sont trop lourdes pour qu'un homme aussi peu puissant que Hu Jintao soit assuré de ses arrières. Agiter le problème tibétain est une manière de se donner du mou sur les questions économiques.
3- Les questions économiques, justement, sont une troisième raison du report du sommet U.E./ Chine. Les Chinois savent ce que veulent les Européens, pour le bien du monde entier : sauver l'économie en donnant l'argent qu'ils ont en réserve aux Chinois, stimuler la consommation des Chinois pour faire repartir les importations et nos entreprises, etc. Une partie des Chinois veulent cela aussi. Hu Jintao n'est pas sûr de lui, et il subit les pressions de toutes parts. Pour lui il est urgent d'attendre.
4- Dernière raison : le Tibet, il ne faut pas se la cacher, n'intéresse pas les dirigeants chinois. Le Tibet n'est en aucune manière un enjeu d'importance. Le problème à venir, en terme de géo-politique chinoise, c'est Taiwan. Quand et comment les Chinois vont-ils reprendre Taiwan, c'est la double question. Faire parler du Tibet, c'est créer un voile qui nous fait oublier ce qui sera peut-être un déclencheur de crise plus important : Taiwan soutenu par les Etats-Unis et le Japon, mais lâché petit à petit, car de moins en moins stratégique. Pour endormir la vigilance des Occidentaux sur un champs de bataille, les Chinois font diversion sur un autre, à l'autre extrémité du pays. C'est habile.