Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Comment les Chinois perçoivent-ils l'aide des pays étrangers pour la gestion de la catastrophe actuelle ?
J'avoue ma naïveté : je ne m'attendais pas à ce qu'elle fasse l'objet de suspicion, de gêne ou de rejet. J'ai donc été surpris d'entendre que si Pékin a finalement accepté cette aide, c'était pour des raisons diplomatiques, pour ne pas mécontenter les étrangers.
Ce que j'ai entendu n'aurait peut-être pas dû m'étonner, c'est la marque d'une population qui n'a pas l'habitude de vivre dans une communauté internationale. "La Chine n'en a pas besoin ; nous avons assez de bras, assez de technologie et assez d'argent pour faire face à ce malheur."
Un virulent agacement agitait mes amis, qui voyaient chez les Français un air de grands seigneurs qui voudraient qu'on s'agenouille parce qu'ils envoient un petit chèque et quelques couvertures. L'idée que chez nous, à l'Ouest, lorsque nous connaissons une catastrophe naturelle, tous les pays voisins se mobilisent et offrent une aide que l'on ne refuse jamais, ne les avait pas effleurés.
Tout devenant un enjeu nationaliste, ils ont peur d'être pris pour des imbéciles, même et encore dans le plus grand trouble. Les Japonais risquent de se moquer d'eux, les Français veulent faire oublier leur maladresse, les Américains vont chercher à obtenir des informations, et, pire que tout, phobie des phobies, la présence d'étrangers va produire du chaos. Les étrangers n'ont donc aucune pitié ?
La sentimentalité des Chinois est rudement mise à l'épreuve. Il ne faut pas leur en vouloir, ils sont à cran, il y a trop de choses à digérer en même temps, trop de changements trop rapides et trop bouleversants. Un monde nouveau à comprendre, et, avant de le comprendre, à construire, et à reconstruire.
Là-dessus, la lecture d'articles de presse qui font planer un doute et un calcul sur la gestion des événements par le régime, l'impression constante qu'on les méprise, la comparaison que l'on fait avec la Birmanie, leur donnent envie de dire : "Reprenez-les, vos couvertures, on s'en sortira sans vous."
Mais nos conversations restent courtoises, elles ne débordent pas, nous continuons de nous apprendre des choses les uns aux autres, dans un climat de respect et d'affection, et c'est le plus important.