Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Images www.sengalarouge.comUne femme était là, qui dessinait les musiciens dans un carnet à dessins. Un pied nu sur la chaise devant elle, elle utilisait un petit pinceau japonais (muni d’un manche très court rempli d’une cartouche d’encre qui imbibe constamment les poils du pinceau.) Plus tard, elle mit de la couleur, grâce à une boîte de pastels ou d’aquarelles, je ne connais pas la différence.
Elle s’appelle Agnès. Graphiste de métier, elle voyage aujourd’hui à la recherche de la couleur rouge. Elle fait un tour du monde avec cet angle de vue. Elle va là où il y a du rouge, elle écrit, dessine et peint. Elle fait un recensement de tous les rouges, de toutes les utilisations du rouge, des symboles et des intensités. Elle parle des « rouges qui disparaissent », comme celui du sang de la place Tiananmen.
Nous avons devisé quelques heures ensemble, avant et pendant le concert de guitare manouche. Après le concert, à la terrasse où nous prîmes place, les copains avaient ressorti leur guitare pour chanter de vieilles ritournelles des années quarante, puis pour se relancer dans les mélopées transes de la technique manouche. Agnès me parla de l’Inde, qu’elle a adorée, du Japon, qu’elle va adorer selon moi. Nous convînmes qu’il était plus facile de parler de l’Inde que de la Chine.

La Chine, on y vient, on y voyage un peu, mais à moins d’avoir un intérêt particulier pour le pays ou sa culture, on se retrouve peu inspiré. En Inde, à l’inverse, on a accès plus facilement aux sentiments qui nous arrivent, les gens sont plus différents, sont plus colorés, les emmerdements sont plus obvies, nul besoin d’avoir étudié pour avoir une forte impression d’exotisme. La Chine demande plus d’efforts, il faut aller la chercher, la Chine, il faut se lever tôt. Même apprendre la langue n’est pas suffisant. Même voir du pays n’est pas suffisant. La Chine, c’est beaucoup d’espace, beaucoup de gens, beaucoup d’histoire et beaucoup d’efforts pour le voyageur. Et je trouve cela très bien, naturellement, j'aime que la Chine résiste au "tout à consommer" du tourisme de masse.
En discutant avec Agnès, je me suis souvenu qu’il m’avait fallu vivre un an en Chine avant de pouvoir écrire une ligne sur elle.
Je regrettai qu’elle parte dès le lendemain pour le Yunnan. Elle s’éloignait du monde Han sans avoir vu de jardins, sans avoir pratiqué la calligraphie avec des Chinois, sans avoir nagé dans le Lac des Nuages Pourpres, sans avoir écouté de Kunqu… Mais, pensais-je, ces choses demandent peut-être, elles aussi, beaucoup de temps. Il est certainement inutile de les expérimenter en coup de vent, sans être complètement disponible.
Alors maintenant, il ne reste plus qu’à attendre les productions chinoises d’Agnès sur son blog de voyageuse.
