Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Shanghai change diablement vite. Les lieux de fête passent d’une rue à une autre ; une rue est à la mode, puis se démode très rapidement, à un rythme que, pour ma part, je ne peux pas suivre.
Alors que j’allais boire un verre au Face bar, dans la concession française, je me faisais une joie de longer les bars de Maoming lu. Des lieux de perdition, il n’y a pas d’autres mots, où des femmes presque nues dansent sur des scènes étincelantes. Ces bars, je ne m’y arrête pas mais j’aime leur présence, l’ambiance qu’ils donnent au quartier. Loin d’être fermés et cachés, ils ont pignon sur rue, et des hommes désargentés peuvent se rincer l’œil depuis le trottoir d’en face.
Des entraîneuses vous hèlent et vous promettent des délices pour pas cher. A une certaine heure de la nuit, des filles fatiguées vous prennent la main et vous disent : « Entre ! Femmes gratuites à l’intérieur. » C’est un fait que les filles ne sont pas des prostituées à proprement parler. Elles n’ont pas de maquereau, elles ne couchent pas vraiment ; qu’est-ce qu’elles font, alors, me demanderez-vous ? Je vais vous le dire : elles font la conversation ! Là non plus, il n’y a pas d’autres mots. La conversation, on l’oublie trop, est une activité éminemment érotique, c’est pourquoi beaucoup de femmes y sont performantes. A Maoming lu, les entraîneuses sont payées pour faire la conversation en développant des manières mondaines qui éveillent chez les hommes le désir d’être spirituels et de dépenser leur argent en bière et en champagne.
Au retour des vacances, tous ces bars étaient fermés.
Et les Chinois, quand ils ferment, ils ferment. Ils murent. Les bars ont parfaitement disparu, il n’y en a même plus le contour. A la place, un mur bien propre. Cette rue s’était visiblement démodée au profit d’autres rues, mais là, c’est l’extinction pure et simple qui est visée.
Quand vous viendrez à Shanghai, tandis que vos guides de voyage vous recommanderont toujours Maoming lu pour vous ressourcer le soir, la ville sera déjà ailleurs, les habitants du quartier vous diront qu’il n’y a jamais eu de bars de nuit, regardez ces murs et ces immeubles ! Immaculés.
Le Face bar, heureusement, ne se démode pas et ne propose d’ailleurs pas de ces conversationnistes pétulantes.