Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
La vie est si chère en France que je procède à des opérations que j'avais abandonnées depuis l'époque où j'étais étudiant : je compte mon argent. J'économise, je fais gaffe, je me limite, je pense à l'argent. Je fais des calculs sur des feuilles, divisant la somme dont je dispose par le nombre de jours qui me restent sur le territoire européen. Je retranche les dépenses incompressibles, train, avion, rendez-vous business avec des copains et autres connaissances, et je sais ce que je peux dépenser, en moyenne, chaque jour, jusqu'à mon retour à Shanghai. Bon, c'est jouable, mais je ne pourrai pas être aussi généreux que je voudrais l'être. Et je ferai en sorte de ne plus trop traîner dans des librairies.
Sauf que j'ai vu le premier tome de Pérégrinations vers l'ouest disponible à l'achat sans le deuxième tome. Cela économiserait 50 euros et me permettrait d'acheter le deuxième tome l'année prochaine. Oui mais 50 euros pour un bouquin, franchement, par les temps qui courent... En effet, Pérégrinations vers l'ouest, comme Le rêve dans le pavillon rouge, n'est publié en France que dans l'édition de la Pléiade.
C'est en me promenant à Lyon que j'en suis venu à me demander s'il était raisonnable de quitter la Chine, l'année prochaine. Ce n'est pas un pays qu'on quitte, comme ça, sur un coup de tête. Et je suis moins sûr de trouver, en Europe, une vie quotidienne aussi excitante que celle que j'ai en Chine.
Je commence alors à rêvasser sur des projets qui me fassent rester en Chine, ou en Asie. La dernière rêverie en date : aller travailler dans une province éloignée de Shanghai, dans un endroit plus pauvre, et même plus rural. Connaître de plus près les conditions de vie plus rudimentaires du centre ou de l'ouest, ou du sud, après avoir connu les fastes de Shanghai, où l'argent coule à flots, où les étudiants ne vous écoutent parfois que d'une oreille tant ils sont sous le charme des chants de sirène de l'Entreprise, du Marché, des Stages et des Perspectives mirifiques de carrière.
Retourner dans des lieux où les jeunes ne sont dragués par personne. Les jeunes Shanghaiens, on leur propose tellement de choses qu'ils sont blasés. Il faut peut-être les laisser tranquille et solliciter d'autres Chinois. Revoir les Dong, pourquoi pas ? Ou les gens du Xinjiang.
Compter son argent et faire gaffe là où les gens font gaffe.