Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Plusieurs fois, je me suis permis de conseiller à des jeunes gens de réfléchir à une carrière possible dans la recherche, dans les lettres, dans l'enseignement ou dans l'art, bref dans quelque chose de désintéressé. Des jeunes gens qui étaient dotées, à mon avis, d'un talent particulièrement impressionnant.
Certaines m'ont répondu une phrase qui me plonge – mais je plonge facilement – dans une consternation muette : « Je ne suis pas contre, mais je veux aussi connaître la société. »
Je m'interroge : quelle vision a-t-on de la société, quand on en exclut l'art, la pensée, le savoir et la transmission du savoir ?
Ce ne sont pas ces jeunes gens qui sont en cause, elles sont le reflet de ce que l'on pense dans la société, précisément. Mais il convient de hurler sur les toits une autre vérité. Dans une société, il y a des gens qui produisent des machins, il y a des gens qui inventent de nouveaux machins, il y a des gens qui administrent les producteurs de machins, il y a des gens qui ne savent rien faire, et souvent on leur donne le pouvoir, il y a des gens qui font de la musique, il y a des gens qui sont beaux et pour cela seulement on leur donne des fortunes, il y a des gens qui sont des intercesseurs avec des forces supérieures, il y a des gens qui passent d'une classe à l'autre, d'une activité à l'autre, il y a des gens qui ratent ce qu'ils entreprennent, il y a des gens qui n'entreprennent rien. Et il y a des gens qui ont un talent étonnant : ils créent de la pensée, ou de l'émotion.
Et la société a besoin d'eux.