Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
L’autosatisfaction des élites, la poisse de l’engluement spirituel. « Si vous voulez faire vos études à Paris, venez à Sciences Po ! » disait Richard Decoing. A qui croyait-il parler ? Comme trop de Français, le président de Sciences Po pense que les étudiants chinois rêvent d’aller à Paris, ou même qu’ils sont attirés par la France, par les splendeurs de la capitale, alors que ce type de désir ne résiste pas beaucoup une fois que les relations avec les Chinois dépassent les formules de politesse des rencontres diplomatiques.
Decoing a parlé du taux d’échec des universités françaises. Qu’est-ce que l’échec d’une université ? L’absence de préparation à la vie professionnelle. Le mot est lâché, pour lui comme pour tant de gens : l’éducation, l’enseignement est vu sous l’angle de l’utilité sociale. On fait des études pour avoir un bon travail, voilà une idée contre laquelle je me battrai toujours, à armes inégales. L’université n’est pas un centre de formation, ce n’est pas une école professionnelle. Qu’on me permette de citer l’Encyclopaedia Universalis, l’université a une triple fonction : « la transmission, la création et la mise en question du savoir. » Dans l’optique commerciale de Decoing, Sciences Po remplace le savoir par des techniques utilisables en entreprise. L’époque actuelle va dans ce sens : la création du savoir (la recherche) et sa mise en question (le travail critique des étudiants, leur méfiance, leur révolte potentielle, leurs désirs de vérité) n’ont plus vraiment de place, ce qui est tragique, à mes yeux.
Decoing affirme que la situation est explosive en France. Les diplômés sont « amers » car ils n’ont pas d’emploi. Voilà un sentiment que je n’ai jamais éprouvé, puisque j’ai toujours fait des études en gardant à l’esprit qu’il n’y avait pas de travail. De la même façon, je vis et je travaille en sachant qu’il n’y aura pas de retraite pour moi. Je ne serai donc pas un vieillard amer.