Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Vivre en Chine peut rendre un homme dingue. Schizophrène, complètement fou à lier.
Mes amis me disent : « Arrête un peu, de dire qu’il n’y a pas de liberté en Chine. Nous, on ne se sent pas surveillés, ni manipulés. On vit comme tout le monde, quoi. »
En même temps, on lit dans la presse que les autorités chinoises dressent une liste de vingt sujets dont il ne faut pas parler dans les journaux chinois. L’histoire contemporaine, bien sûr, de la prise de pouvoir de Mao jusqu’au massacre de la place Tienanmen (ça, encore, les Chinois sont à peu près au courant.) Mais la vie publique présente est visée aussi : les journaux chinois ne doivent plus parler
- de la corruption,
- des militants des droits de l’homme,
- des crimes sexuels (pourquoi diable ? Pour ne pas donner de mauvaises idées ? Pour ne pas donner une mauvaise image des Chinois ? Parce que le sexe dans son ensemble est un sujet tabou ?),
- des maîtresses des cadres du parti (Ah ! Oui, c’est bien cela, c’est le sexe dans son ensemble, alors.)
- des plans de construction de l’Etat (je ne sais pas ce que cela veut dire. La seule chose qui m’amuse, c’est la mention que ces plans « ne peuvent pas être commentés avec un point de vue occidental. » Qu’est-ce qu’un point de vue occidental, non mais je le demande humblement. Je serais prêt à beaucoup, à donner beaucoup d’argent, à parcourir de nombreux kilomètres pour qu’on m’éclaircisse.)
Je m’arrête là. Ces informations sont clairement dites aux journalistes et les citoyens le savent. Mes amis pourraient alors me dire : « Non, nous ne sommes pas libres, mais on s’en fout. La presse n’est pas libre, mais ce n’est pas grave, on ne s’intéresse pas à la politique. Nous, ce qui nous importe, c’est de gagner de l’argent. » S’ils disaient cela, je serais triste, je serais déprimé, mais je ne deviendrais pas fou.