Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Bamalega, dans un commentaire récent, s'interrogeait sur "l'absence chronique" des mères dans les dessins animés et les bédés japonais. Elle me demandait de voir un peu si je ne pourrais pas trouver une explication, pendant que j'étais au Japon, ou au moins un début d'interprétation.
J'ai posé la question à un jeune homme et à une jeune fille. Ils n'avaient jamais remarqué cette absence, mais ça ne les étonnait pas vraiment non plus. Ils l'ont très vite expliquée, sans réfléchir, en disant que la solitude de l'enfant l'obligeait à s'endurcir, s'aguerrir, à devenir plus malin. C’est une vertu japonaise, que de se maîtriser et de devenir autonome tôt. Mais il s’agit de devenir dur, comme un samouraï.
La fille a précisé qu’il n’y avait rien de triste là-dedans. Moi, spontanément, j’avais imaginé que les dessins animés en question cherchaient à faire pleurer dans les chaumières, mais je me trompais, comme d’habitude : la mère, ou le père, symbolise la protection, et l’absence de la mère libère la narration, la tend vers l’aventure, l’exercice d’une liberté dangereuse. C’est en effet le principe narratif qui sous-tend Le pays où l’on n’arrive jamais, d’André Dhôtel. Pas de mère, donc pas d’autorité, ou du moins pas d’autorité légitime, donc la rébellion, la fuite, la bagarre deviennent légitimes.
En même temps, nous discutions de cela, mais ni eux ni moi ne connaissions rien à l’univers des mangas. Les deux jeunes gens m’ont dit qu’ils s’étaient détournés des mangas car ces derniers devenaient trop érotiques, ou quasi-érotiques. J’ai alors pensé que j’avais assez d’éléments pour répondre à Bamalega, et j’ai engagé la conversation sur des questions plus ouvertement pornographiques.