Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Nicolas Bouvier abuse du mot "monde". Il dit souvent "tel machin, qui est le plus grand du monde." Dans le premier livre, L'usage du monde, ca impressionne le lecteur, mais c'est une expression qu'on ne peut pas employer plus d'une fois par livre, et encore. Bouvier l'emploie plusieurs fois par livre. Dans Chronique japonaise (je fais quelques critiques avant d'en faire l'eloge, car c'est un livre que j'aime beaucoup par ailleurs) il ecrit a un endroit : "Dans la station Ginza, la plus grande du monde." Plus grande que New York ? En 1964 ? Plus que les stations de Mexico ou de Rio ?
Plus loin (ou moins loin, je ne sais pas, car j'ai lu le livre dans le desordre) : "Une publicite omnipresente et hideuse mariee a la plus belle langue du monde." Chronique japonaise p.128
Or, le japonais ne peut pas etre plus beau que le chinois, c'est rigoureusement impossible et c'est parfaitement independant des gouts de chacun. Le japonais ecrit est un melange de caracteres chinois et de signes conventionnels, inventes il y a un peu plus de mille ans, et qui sont des transcriptions phonetiques. Visuellement, ca donne quelque chose d'impur, de desordonne, fait de bric et de broc. On peut aimer, bien sur, mais l'heterogeneite graphique saute aux yeux.
Compare a la beaute presque parfaite du chinois, a son maintien, a sa grace, son equilibre, sa capacite a occuper tout l'espace avec un seul trait, les autres ecriture s'ecrasent. Cette ecriture qui concentre en elle-meme l'histoire, l'esthetique, la divination, le signe muet, toutes les ecritures vivantes palissent. Il n'y a que les hyeroglyphes des Egyptiens qui peuvent rivaliser.