Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Déjà, je n’aime pas « examiner » mes étudiants. Mais alors, quand une secrétaire me dit : « Non monsieur, vous avez mis trop de bonnes notes », je reprends mes tas de copies avec dégoût et recommence ce que je déteste le plus dans ce boulot d’enseignant : noter. Passer des heures à soupeser des copies pour baisser des notes, c’est une des activités les plus déprimantes que je connaisse. Et j’entendais, je voyais chaque étudiant me dire : « Pas moi, ne baisse pas ma note, s’il te plaît. Pourquoi moi ? »
Je devrais le savoir, depuis le temps que je fais ce travail. Une loi non écrite stipule dans le monde entier que dans une classe, il faut entre 2 et 5% de notes excellentes (toujours distinguer les meilleurs en leur montrant qu'ils sont peu nombreux, sans cela : pas d'élites), 10 à 20% de très bonnes notes, 60 à 70% de bonnes notes, et quelques rares notes mauvaises (toujours montrer aux médiocres qu'ils peuvent tomber plus bas, pour aiguillonner le peloton.) Et ce, quel que soit le niveau réel de la classe. Si un prof ne veut pas avoir d’ennui, c’est comme cela qu’il doit s’y prendre. Je le savais, pourtant, et j’ai eu l’outrecuidance de négliger la puissance écrasante des lois non écrites.
L’administration, il en faut, c’est entendu. Mais à notre époque, elle est devenue une puissance à part, qui demande qu’on lui consacre du temps pour rien. Elle édicte des règlements qui n’ont pas de sens et elle tourne à vide, broyant les individus au passage. La secrétaire qui m’a dit d’écrire les notes au stylo rouge, elle n’est pas méchante et elle n’est pas responsable de cette idiotie. Elle ne fait que passer l’information. Pour moi qui ne peux me mettre dans la tête que la couleur d’une encre ait le moindre intérêt, je travaille avec le sentiment désespéré que l’administration trouvera toujours le moyen de me transformer en agent décérébré.