Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Dans quelques jours, je retourne dans ma chère ville de Nankin pour donner une conférence à la médiathèque de l’alliance française. La bibliothécaire étant une jeune femme dynamique, elle m’a invité à m’exprimer une nouvelle fois dans ses locaux, et je m’exécute avec un plaisir non dissimulé.
Une conférence, c’est l’occasion d’approfondir un domaine qui vous intéresse mais que vous ne connaissez pas bien. La date butoir et l’idée de vous retrouver devant des gens qui vous jugent, tout cela vous oblige à faire quelques lectures et à vous faire une idée claire sur le sujet, car la vieille ficelle qui consiste à se cacher derrière une style universitaire, jargonneux et abscons est trop misérable pour l’utiliser après l’âge de trente ans.
Cette fois, ce sera « Littérature et voyage », car je ne sais toujours pas ce qu’est, au fond, la littérature de voyage. Et même, je ne suis pas certain que ça veuille dire quelque chose. Après avoir écrit cette conférence, je dois avouer ma circonspection, mes doutes et ma confusion : je ne crois pas que ce soit un genre littéraire, je ne crois qu’on puisse trouver un seul point commun entre tous les écrivains voyageurs (à part le fait que « ça voyage ») et j’imagine que les écrivains eux-mêmes n’aimeraient pas être classés dans une catégorie dite de voyages. Ils préfèreraient être considérés comme des écrivains tout court.
Je ressens donc un malaise à devoir parler de ce sujet car je ne crois pas fermement à sa validité. C’est la première fois que cela m’arrive. Alors je transforme l’événement en une occasion rêvée pour pouvoir parler d’auteurs que j’aime et qui méritent d’être mieux connus en Chine : Gao Xinjian, Nicolas Bouvier et Jean Rolin. Ces trois-là n’ont pas grand-chose à faire ensemble, mais c’est le privilège du conférencier voyageur, que voulez-vous, d’accoler et d’assembler comme bon lui semble.