Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Le représentant d’une des plus grandes écoles de France vient présenter sa prestigieuse institution à mes étudiants, impressionnés de savoir que des Présidents de la République en ont été diplômés. Il cherche à attirer les meilleurs étudiants chinois, et il leur annonce le prix. Les frais d’inscription : 5000 euros par an. La vie à Paris : 10 000 euros par an. Les étudiants font des « Ah ! » et des « Oh ! ». Le représentant n’est pas ému. Il sait que son établissement est un des mieux cotés et parmi les plus compétitifs. Il sait par ailleurs qu’aller étudier un an en Angleterre ou aux Etats-Unis est vraiment hors de prix. Il espère seulement que les parents chinois continuent de se saigner pour leur enfant unique.
Le représentant fait, lui aussi, sa présentation dans un anglais peu assuré et sans le secours d’aucun matériel de conférence. Il s’en dégage une image d’amateurisme qui, il faut l’avouer, colle à la peau de la France tout entière, aujourd’hui. Mes étudiants m’ont d’ailleurs dit, l’autre jour : « Ce n’est pas que vous êtes paresseux, en France, mais vous aimez bien profiter de la vie, prendre du bon temps. »
Au dîner qui a suivi, un dignitaire du Parti a demandé ce que deviendrait Villepin, après les élections présidentielles.
« - Il va écrire de la poésie, dis-je.
- Non, dit le responsable de la grande école, il va trouver quelque chose de bien, dans la diplomatie ou la haute administration. Quelque chose de plus élevé que la poésie, ajouta-t-il en me souriant.
- Il n’y a rien de plus élevé que la poésie, dis-je gravement. » Le dignitaire éclata de rire et nous servit une rasade de vin.
En faisant le bilan de la journée, la nuit qui suivit, je dus bien m’avouer que le meilleur moment en fut la conversation que j’eus, avant midi, avec une étudiante chercheuse à propos de Madame Bovary. Elle connaissait le roman sur le bout des doigts et posait des questions pointues qui obligeaient à relire dans le détail la prose de Flaubert. Ce n’était pas seulement plus plaisant, c’était plus réel, plus concret, plus profond que les généralités socio-économiques dont nous a entretenu le grand représentant de la grande école.
(Dire que la diplomatie est plus élevée que la poésie, non mais il y a des jours où on croit rêver. Pas étonnant que