Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Il est vrai que l'autre jour, des étudiants m'ayant demandé quelle était ma position sur la question, nous avons parlé du Tibet dans une classe. C'est un sujet qui fâche, alors il faut la jouer serré.
Le risque, à mes yeux, c'est toujours de voir les Chinois se braquer et se fermer à tout dialogue. Je suis très reconnaissant à ceux qui posent des questions, qui acceptent de débattre, de contredire, de chercher à comprendre l'opinion des autres. J'en suis reconnaissant car, ce que j'observe dans la plupart des cas, ce sont des attitudes de retrait, de prudence et de langue de bois.
Une autre attitude qu'on observe fréquemment, consiste à déclarer bien haut des opinions en phase avec la pensée du Parti, soit pour exprimer ses convictions, soit pour montrer à tous les membres du Parti qu'on est idéologiquement correct.
Comme le dit un commentateur sur ce blog, les étudiants ont parlé de notre séance de discussion en classe sur leur forum internet, BBS. Certains disent qu'il ne faut pas parler de ces choses avec un étranger, et qu'il ne faut pas sortir du rôle strict d'apprentissage d'une langue étrangère. Ce refuge vers la simple technique d'une langue, vue uniquement sous l'angle d'une mécanique sans idée, sans culture, est une autre façon de se braquer et de ne pas parler des choses qui fâchent.
Pour ma part, je leur explique comment la presse s'y prend, et leur rappelle que nous aimons les images contrastées (qu'il ne faut donc pas trop se scandaliser d'une image négative, car une autre plus positive lui succèdera). Je leur rappelle que les Français aussi ont commis des crimes dans l'histoire et qu'il ne s'agit donc pas de donner des leçons d'humanité à qui que ce soit. Quand ils comparent les Tibétains aux Corses ou aux Bretons, je leur réponds qu'en effet l'Etat français a été brutal, comme l'Etat chinois, mais qu'aujourd'hui les Bretons et les Corses votent, et que les partis indépendantistes ne recueillent pas la majorité des voix. Je dis que je me range derrière la lettre écrite par les intellectuels chinois qui proposent 12 points pour résoudre la situation. Lettre que, bien entendu, personne n'a lue puisqu'elle n'est pas diffusée dans les médias. Un moment intéressant de cette discussion fut lorsque nous parlâmes de la demande d'autonomie. "Mais c'est acquis!", m'ont dit les étudiants.
Cela signifie au moins qu'ils sont en faveur de l'autonomie et du respect de la culture tibétaine. Et simplement, ils croient que le gouvernement chinois la respecte, puisqu'ils n'ont pas d'autres informations à ce sujet.
Difficile de faire le bilan de ce type de discussion. Je doute constamment, je ne sais pas si ce n'est pas contre productif à terme. Je ne crains pas la surveillance du Parti car aujourd'hui la ligne de conduite est de laisser totale la liberté de parole aux étrangers. Mais je crains de dire des bêtises, ou de heurter des susceptibilités.