Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Elle me dit qu’en Europe, les gens lui posent des questions qui finissent par l’énerver, elle qui est d’un calme olympien. On lui demande si le régime politique est dur, si la vie est acceptable, si les Chinois sont heureux. Elle dit que les étrangers s’imaginent que la Chine est un pays horrible, où l’on met tous les journalistes en prison.
« Il faut les comprendre, lui dis-je. C’est vrai que les médias donnent une image globalement négative de la Chine, mais dans la mesure où c’est un pays sans liberté politique… »
Une autre amie prend la parole : « Sans liberté, tu exagères. Moi je me sens parfaitement libre.
- Pourrais-tu écrire sur internet ou dans un journal que le Tibet ou Taiwan ont le droit à l’indépendance ?
- Non, puisque je ne le pense pas.
- Mais imaginons qu’un Chinois veuille le dire, c’est une hypothèse, est-ce qu’il serait autorisé à le faire ? »
A cette dernière question, je ne crois pas qu’un seul Chinois pousse la naïveté au point de répondre par l’affirmative. En revanche, ils trouveraient vraiment loufoque qu’un compatriote puisse penser de telles énormités.
Moi, grosso modo, je trouve que les étrangers font un assez bon travail d’information et de recherche sur la Chine. Des dossiers dans les hebdomadaires, avec des points positifs et des choses inquiétantes, ou même révoltantes, mais qui donnent envie d’aller vivre quelque temps dans ce pays. Les livres plus sérieux tiennent toujours à donner la parole à des chercheurs chinois. Je ne dis pas que tel ou tel journaliste ne dit pas parfois de grosses bêtises, mais on se fait une idée en faisant des synthèses, et pour cela, je suis certain qu’on comprend relativement bien la Chine d’aujourd’hui.
Ceux qui dénoncent la presse étrangère donnent des exemples baroques, qu’ils prennent soin d’exagérer, et en tout cas de rendre invérifiables.
Les Tibétains se réveillent et risquent leur vie pour faire parler d’eux, pour rappeler au monde entier qu’ils sont opprimés. Est-ce qu’on en parle sur CCTV ? Dans l’agence Xinhua ? Si leur sort n’était pas tragique, je me réjouirais des manifestations des Tibétains. Plus je vis en Chine, plus j’admire les gens qui ont le courage de se lever pour dénoncer les injustices.
Les J.O. qui arrivent, je vous avoue qu’ils me soûlent déjà. J’ai donné à trente étudiants, au mois de janvier, une composition à écrire sur l’année 2008 qui venait de commencer. Tous, absolument tous les étudiants ont écrit que ces J.O. étaient l’événement le plus important de l’année pour la Chine. Tous, mais tous ! ont écrit que c’était l’occasion pour leur pays de donner une bonne image au monde entier. Ils ne se rendent pas compte que le fait même qu’ils disent tous la même chose, dans une belle harmonie, donne déjà une image déplorable.
On commencera à avoir une bonne image de la Chine quand on laissera les gens avoir des opinions divergentes, sans les écraser dans le sang, comme c’est le cas ces derniers jours au Tibet.
Une bonne occasion de donner de soi-même une bonne image, mardi prochain : au procès de Hu Jia, le laisser libre et prononcer un discours humain qui ne mange pas de pain. Au contraire de cela, le jugement sera certainement sans pitié, les Chinois n’en seront pas informés et continueront de râler de la mauvaise opinion que les étrangers véhiculent.