Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
La venue de Claude Imbert à Fudan fut un grand moment pour la vie intellectuelle de l’université. Une femme qui fait partie de l’élite mondiale de la philosophie actuelle vient parler à mes étudiants, de Rousseau, de Baudelaire, de Delacroix. « Ce n’est pas rien », me dis-je parfois, dans des instants épiphaniques (ma vie intérieure occasionne en effet des plongées dans des commentaires d’une rare sophistication.)
Pendant qu’elle introduisait sa conférence, des étudiants et des collègues chinois installaient le matériel technique qui allait permettre de projeter des images.
Trois espaces, celui de la parole, celui de la réception, séparés par celui de la technique. Ce sont ces trois espaces que j’ai filmés dans la vidéo ci-dessous, maladroitement. Trois territoires qui sont à mon avis l’image de la beauté et de la fragilité de l’enseignement. Entre une parole émise et son exploitation dans la vie de quelqu’un, fût-ce une méditation ou une rêverie, il faut traverser des espaces continuellement. Le professeur vit dans la réalité des paroles qui disparaissent, qui sont oubliées. L’étudiant, lui, fait face à un débordement d’informations, et sera peut-être touché par telle ou telle parole.
Dans ce grand déversement des paroles et des informations, Claude Imbert a inlassablement proposé une façon de parler rigoureuse, exigeante et chaleureuse à la fois. Son sourire et sa voix exprimaient le grand respect qu’elle nourrissait pour les étudiants chinois. Elle a su éviter les deux écueils qui menacent les étrangers en coopération universitaire : prendre les Chinois pour des parisiens au fait de l’actualité française, ou leur parler comme à des enfants qui n’ont aucune culture.