Stendhal parlait d’ « âmes d’élite », mais cela désignait des individus d’exception qui méprisaient les lourdeurs bourgeoises et qui se servaient des conventions sociales pour leur propre survie, leur propre splendeur. L’âme d’élite préfigure le surhomme nietzschéen, c’est un individu seul et qui tire sa supériorité de ses actes, pas de diplômes ni d’honneurs décernés par la société. Ces âmes d’élite ne se reconnaîtraient pas dans le système de formation supérieure que l’on connaît et qui me nourrit actuellement.
« Alors qu’est-ce que tu fais là, me direz-vous. Pourquoi acceptes-tu de faire ce travail, si tu en critiques le fonctionnement et la philosophie ? Sois cohérent avec toi-même, quitte ces petits bourgeois et va enseigner dans le 93 ! »
Je reste pour plusieurs raisons. D’abord, je ne vois pas pourquoi je partirais. Le fait que je critique est plutôt un bon signe, chez moi, c’est le signe qu’il y a une envie de réfléchir sur des questions qui dépassent le cadre strict de mon travail. Ensuite je reconnais qu’il est très plaisant d’enseigner à de bons élèves, c’est gratifiant, ils savent vous faire plaisir et vous donner l’impression que vous êtes un bon professionnel. Enfin, je donne une petite fête à mon côté ethnologue du dimanche. J’assiste sans le vouloir à une pratique anthropologique des plus intéressantes : la fabrication sociale des élites. C’est comme un film passionnant, je ne partirai pas avant la fin.
« Oui, me direz-vous, mais tu es un acteur de ce film, tu collabores activement à ce système de production d’élites etc. »
Je répondrai plus tard à cela, car je suis fatigué. Dès que j’entends le mot « collaborer », je sens que la discussion va devenir emmerdante.
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