Catégories

Rechercher

Politique

Lundi 25 septembre 2006 1 25 /09 /2006 05:28

Stendhal parlait d’ « âmes d’élite », mais cela désignait des individus d’exception qui méprisaient les lourdeurs bourgeoises et qui se servaient des conventions sociales pour leur propre survie, leur propre splendeur. L’âme d’élite préfigure le surhomme nietzschéen, c’est un individu seul et qui tire sa supériorité de ses actes, pas de diplômes ni d’honneurs décernés par la société. Ces âmes d’élite ne se reconnaîtraient pas dans le système de formation supérieure que l’on connaît et qui me nourrit actuellement.

« Alors qu’est-ce que tu fais là, me direz-vous. Pourquoi acceptes-tu de faire ce travail, si tu en critiques le fonctionnement et la philosophie ? Sois cohérent avec toi-même, quitte ces petits bourgeois et va enseigner dans le 93 ! »

Je reste pour plusieurs raisons. D’abord, je ne vois pas pourquoi je partirais. Le fait que je critique est plutôt un bon signe, chez moi, c’est le signe qu’il y a une envie de réfléchir sur des questions qui dépassent le cadre strict de mon travail. Ensuite je reconnais qu’il est très plaisant d’enseigner à de bons élèves, c’est gratifiant, ils savent vous faire plaisir et vous donner l’impression que vous êtes un bon professionnel. Enfin, je donne une petite fête à mon côté ethnologue du dimanche. J’assiste sans le vouloir à une pratique anthropologique des plus intéressantes : la fabrication sociale des élites. C’est comme un film passionnant, je ne partirai pas avant la fin.

« Oui, me direz-vous, mais tu es un acteur de ce film, tu collabores activement à ce système de production d’élites etc. »

Je répondrai plus tard à cela, car je suis fatigué. Dès que j’entends le mot « collaborer », je sens que la discussion va devenir emmerdante.

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 26 septembre 2006 2 26 /09 /2006 05:29

Dans les faits, et dans les discours, on se plaît à distinguer, différencier les jeunes de la « classe élite ». C’est la première chose qui m’a frappé. On les sépare, j’imagine, pour qu’ils se sentent à part, différents ou exceptionnels. Cela me fait penser à une famille où l’on favorise un frère pour l’investir d’une importance et d’une responsabilité spéciales. On leur donne cours à un étage spécial du bâtiment, dans une salle spéciale, aux sièges rembourrés confortables, avec un professeur spécial (heu, non, ça, on n’a pas réussi, mais on peut tenter de le faire passer pour quelqu’un de spécial.) A partir du moment où ils sont imperméabilisés et n’ont plus de contact avec la plèbe des autres facultés, on peut leur faire croire n’importe quoi, on leur fait rencontrer des intervenants extérieurs prestigieux, on leur dit qu’ils sont supérieurs et ils le croient. Toute leur vie, ils seront remplis d’eux-mêmes, les gens les regarderont comme des personnes de qualité, ils n’auront donc aucun mal à diriger car ils penseront sincèrement qu’ils sont faits pour cela.     

Je pense souvent à L’enfance d’un chef, de Sartre. C’est un motif de réflexion et de rêverie infinie : comment peut-on en arriver à un système social où des gens sont au-dessus, d’autres en dessous, et que tout le monde accepte cela ? Comment construire, artificiellement, à partir de personnes ordinaires, à l’intelligence normale, à la force physique faible et au charisme presque nul, des chefs ?

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 29 octobre 2006 7 29 /10 /2006 10:27

Un des collègues de Fudan est revenu d’Afrique. Il a vécu au Congo pendant plusieurs années. Il dit qu’au Congo, il fait très chaud, plus qu’à Shanghai. Il voit la pochette en plastique dans laquelle je range des papiers, et me dit qu’au Congo, on n’utilise que des pochettes transparentes, pour éviter les vols. Il dit dans la même phrase qu’au Congo il y a beaucoup de jeunes, beaucoup de chômage, beaucoup de paresse et beaucoup de vols. Mon collègue parle un très bon français, avec un léger accent africain.

 

Plus tard, nous parlons des difficultés économiques de la France. Un collègue me dit : « Il faut que la France se porte bien, parce que si la France disparaît, nous perdons, nous aussi, notre travail. » Je réponds qu’il n’y a pas que la France. « Imaginons que l’Afrique décolle, connaisse une croissance économique significative, d’ici dix ou vingt ans : ce seront des millions de francophones qui auront besoin de vous. » Cela fait marrer mes collègues. « L’Afrique ? Décoller ? Ah! Ah! Ah! » Quand ils ont vu que je ne plaisantais pas, ils m’ont dit que non, ils ne croyaient pas les Africains capables de s’organiser.

 

 

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 28 novembre 2006 2 28 /11 /2006 03:55

Un jour que j’étais à Paris, un pochtron avec qui je buvais dans un bar près de Bastille me dit : « Ca ne te dérange pas de collaborer avec le régime de Pékin ? »

Quand j’ai raconté cette anecdote à mes étudiants chinois, ils ont bien ri. Que leur pays soit dirigé par un parti totalitaire leur paraissait incongru, et qu’on le compare à l’Allemagne nazie ou à la Russie soviétique était pour eux d’une absurdité abyssale.

Alors, suis-je un collaborateur ? De toute évidence, oui. Loin de lutter contre le régime, je suis payé par lui, et j’enseigne dans une université prestigieuse qui n’a aucune autonomie face au pouvoir, donc je fais partie du système. Si un jour, la Chine devient un pays libre, peut-être que de jeunes Chinois me demanderont : « Et toi, vieux con, qu’est ce que tu faisais en Chine à l’époque de la dictature ? Pendant que des militants de la liberté se faisaient enfermer ou casser la gueule, devaient s’exiler, tu te la coulais douce dans des campus pleins de jeunes filles en fleur. »

Je pourrais noyer le poisson, dire que mon cas est moins grave que ceux qui font des affaires et enrichissent ledit régime (moi, à ma manière, je le ruine), mais ce ne serait pas honnête. Non, la réponse serait longue, confuse, incertaine et ondoyante. Celle qui me vient spontanément, c’est de dire qu’il faut bien commencer par aimer les Chinois, les comprendre un peu, parler avec eux, leur faire aimer la poésie française, apprendre à aimer, près d’eux, la poésie chinoise, leur faire acquérir des éléments méthodologiques de dissertation et de réflexion, pour les aider à penser par eux-mêmes. Car c’est dans les pensées individuelles que se logent ou s’imposent les lacunes, l’autocensure, les répétitions, les mises en écho des mots d’ordre du pouvoir.

C’est maigre, comme argumentaire, mais que faire ? Critiquer frontalement le régime et adopter un langage de lutte conduisent à braquer les étudiants contre soi. Ils s’imaginent que c’est la mère patrie qui est attaquée. Alors partir ? Mais en quoi est-ce une solution ? C’est vite oublier l’attachement qu’on ressent vis-à-vis de ces jeunes Chinois, intelligents, sensibles, charmants, et c’est un des problèmes : ça fend le cœur de voir le visage de ces gamins devenir tristes à cause de prises de conscience douloureuse. Ils se ferment soudain, et on en vient à se demander si c’est bien à nous de faire ce boulot, et la spirale de la collaboration, de la complaisance, reprend son mouvement.

 

 

 

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Mercredi 29 novembre 2006 3 29 /11 /2006 13:20

 

Je suis un peu un professeur universel, je le dis sans me vanter. J’enseigne tout, peu ou prou. Mis à part la mécanique des fluides et le patinage artistique, j’ai tout enseigné, dans ma vie. Les langues étrangères, la philosophie, la littérature, les sciences sociales, l’art, l’architecture, la natation, la lecture de cartes géographiques, le baiser européen, le vélo, le voyage, la conduite automobile, l’économie, l’amour de la vie. Je ne suis très fort dans aucune de ces disciplines, mais que voulez-vous, j’ai la passion de la pédagogie.

Je suis donc sur le point de donner des cours d’histoire de l’Europe. Je regarde des manuels d’histoire et là que vois-je ? Pas de Chine. Programme de Terminale, chapitre Le monde de 1945 à nos jours, rien sur la Chine. L’Inde, on n’en parle qu’au sujet de sa décolonisation. Je crois que ce programme va évoluer bien vite. Connaître la Chine et l’Inde est déjà une priorité pour tout honnête homme européen, qu’il soit féru de philosophie, de langues étrangères, de voyage, etc. ou qu’il soit dans le monde marchand.

Aujourd’hui, on fait semblant de croire que la Chine ne commence qu’à peine à se réveiller. J’entendais Alain Juppé à la radio, l’autre jour, dire à peu près cela : « Si la classe moyenne chinoise rattrape notre niveau de vie, ils auront d’autres prétentions de salaire et leur coût du travail sera moins compétitif. Vous voyez que ça s’équilibre. » Soit Juppé n’est pas aussi intelligent qu’on veut nous le faire croire, soit il feint d’ignorer que sous la classe moyenne chinoise, il y a encore une population pauvre plus importante que celles d’Europe et d’Amérique qui sera prête à travailler pour presque rien pendant encore des décennies, et que la compétitivité des travailleurs chinois n’est pas près d’être concurrencée, par qui que ce soit.

En règle générale, on ignore la Chine comme si elle n’était qu’un pays parmi d’autres, alors qu’elle influence de plus en plus le cours de toutes les économies. Ne pas s’intéresser à elle, c’est être contraint à la voir toujours sous un jour hostile et a en avoir peur.

On a moins peur de ce qu’on connaît, alors sinisons-nous un peu.

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 7 décembre 2006 4 07 /12 /2006 07:57

C’est l’histoire d’un homme qui s’est toujours battu pour faire respecter le droit chinois, et pour en faire bénéficier les pauvres gens. Cet homme a perdu la vue, il est devenu avocat par la seule force de sa volonté, de sa détermination. Il paraît que le groupe d’avocats qu’il dirigeait s’appelait « les avocats aux pieds nus ». C’est un Chinois qui lutte et qui souffre pour les Chinois. Aveugle, d’origine modeste, généreux, courageux, il a tout pour être un modèle, un héros national, le symbole d’une Chine éprise de justice, mais il vient d’être emprisonné sous des prétextes fallacieux.

Nous avons notre abbé Pierre, ils pourraient avoir leur Chen Guangcheng, déjà connu dans la presse internationale. Mais la plupart de mes étudiants n’ont jamais entendu parler de lui. Je crois qu’ils ne se doutent pas des tortures infligées aux paysans que défendaient les avocats aux pieds nus.   

 

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mardi 12 décembre 2006 2 12 /12 /2006 09:42

Les copies d’étudiants montrent souvent un bon niveau de langue et une capacité certaine à organiser des idées, mais le contenu de ces idées réserve des surprises. Comme leurs devoirs ne présentent aucune citation, leurs chiffres et leurs informations ont l'air d'être sortis de nulle part, comme appris par cœur.

Par ailleurs, comme la langue chinoise est fleurie, qu’elle est pleine d'images et que les discours politiques font de fréquents recours à la métaphore, le style des étudiants ressemble la plupart du temps à un discours nationaliste farci de poésie lyrique au sens confus. Voici ce que j’ai dû corriger récemment :

« La Chine réveille de son sommeil, s’élève comme le soleil, autour duquel se tournent les planètes. La mondialisation est comme l’obus déjà sorti de la cartouche, et la sinisation se trouve exactement sur le point de l’obus, donc aussi sorti de la cartouche ! »

 

Bon, moi je ne sais pas ce que ça veut dire exactement, mais ça me fait flipper. En général, ces jeunes gens, dès qu’ils parlent de leur pays, ils disent des choses effrayantes. Moi qui aime la Chine, ils arrivent à me la rendre antipathique, avec des phrases comme :

« Suivant la performance frappante de la Chine, tout le monde peine à ne pas croire que ce dragon oriental va, un jour, soumettre l’aigle américain… De nos jours, dans le contexte où l’économie mondiale est beaucoup moins prospère que celle chinoise, c’est le monde qui a plus besoin de Chine que la Chine du reste du monde. »

A côté de cela, ils n’ont aucun complexe à affirmer que la culture chinoise a toujours développé des valeurs de modération, de gentillesse, en vertu desquelles ils sont le peuple le plus « amical » qui se puisse concevoir.

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Jeudi 14 décembre 2006 4 14 /12 /2006 12:50

C’est une des questions qui me chiffonnent depuis que je suis en Chine. A-t-on le droit de parler de tout avec les étudiants ? Je dis oui, parler de tout, de démocratie, de droits de l’homme, des événements de Tiananmen, du Tibet, des Ouïghours du Xinjiang, de Taiwan, de Mao. Parler de tout, mais pas n’importe comment.

Il y a trois ans, à l’alliance française de Nankin, j’avais signé un contrat qui stipulait que je n’avais pas le droit de me mêler des affaires politiques intérieures. C’était clair. Mais la politique internationale, c’est international, ce n’est pas intérieur. Les droits de l’homme sont des valeurs et une idéologie liées à la France, dont j’enseigne la culture et la langue. J’estime avoir le droit d’en parler dans le cadre d’un cours de civilisation. Le massacre des étudiants, on peut dire ce qu’on en a perçu dans les médias étrangers, sans avoir besoin de porter de jugement sur les dirigeants de l’époque.

Mais beaucoup de profs ne veulent pas parler de toutes ces choses, ils se l’interdisent. Pourtant, parfois, les étudiants sont demandeurs, ils posent des questions. Les profs trouvent que ça sent le roussi et préfèrent éviter tout dialogue. Ils concourent ainsi à dramatiser la moindre opinion. Il est évident qu’il y a un malaise que tout le monde ressent, moi comme les autres. L’autocensure, cependant, n’est pas une bonne réaction à ce malaise.

L’autre jour, sur une liste de livres à commander pour l’université où je travaille, le consulat français a retiré sans aucun commentaire les livres de Gao Xingjian. Cela m’exaspère. Que les autorités chinoises nous demandent de les retirer, soit, mais que de nous même nous allions au devant des interdictions possibles, je trouve cela presque immoral. Gao est français, il a le droit d’être présent dans les bibliothèques financées par la France. Ce n’est pas à nous d’ériger des remparts pour protéger le régime chinois. C’est le risque qu’il prend, lui, en s’ouvrant à nous, les étrangers de tous poils. C’est le risque de l’ouverture : on se laisse contaminer par les idées des autres.

On voudrait faire de nous des locuteurs sans idées, des techniciens de la langue qui enseignent la bonne manière de prononcer et le style léché des phrases administratives. Mais nous pouvons refuser ce rôle. Il nous suffit de ne pas nous censurer, de rester nous-mêmes sans chercher à provoquer.

 

 

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Samedi 16 décembre 2006 6 16 /12 /2006 01:38

Neige d’Hiver rappelle sur son blog, Le papillon ou la neige, l’anniversaire du carnage que les Japonais ont commis à Nankin dans les années trente. En Occident, on nomme cet événement « le viol de Nankin », alors que les Chinois le traduisent directement de leur expression : « Le grand massacre de Nankin ». Alors viol ou massacre ?

Lors d’un cours sur l’histoire de France, j’ai demandé à mes étudiants s’ils savaient ce que voulait dire le « génocide des Juifs ». Ils ont dit : « Le massacre des Juifs ». Non, ce n’est pas la même chose. Massacrer indique que les Nazis auraient agi sous le coup d’une sauvagerie sans nom, alors qu’ils ont fait les choses avec méthode, froideur, sans haine, aidés par le ressort puissant d’une administration efficace.

Chez nous, on emploie le mot massacre pour désigner ce qu’a fait l’armée chinoise aux étudiants, en 89. Mes étudiants rigolent, l’expression « le massacre de la Place Tienanmen » leur paraît saugrenue. Eux ils appellent cela : « les événements du 15 avril 89 », réduisant l’histoire à une journée, ou à une période dans le temps, ce qui permet de délimiter le problème, de ne le voir que comme une parenthèse temporaire, un moment de folie.

Le « viol de Nankin », on voit que c’est plus littéraire, comme expression. En plus de la violence physique et des dommages matériels, l’expression désigne surtout une blessure plus profonde, touchant à l’identité de la ville, à son histoire, à son âme. Préférer le mot « massacre » revient à vouloir donner à l’agresseur une image de bête féroce. Dans le terme de viol, c’est la victime qui est frappée de quelque chose d’humiliant qui reste à jamais, quelque chose de honteux, d’inguérissable, quelque chose de féminin à quoi ne voudrait pas s’identifier la Chine actuelle.

Les victimes d’un massacre, au contraire, sont dévastées mais les survivants sont intacts moralement et sont prêts à combattre à nouveau. Voyez le massacre de la Saint Barthélemy. Les protestants ont été martyrisés, et précisément, ils ont trouvé dans cette férocité dirigée contre eux une force décuplée pour s’affirmer.  

Alors on devrait peut-être employer l’expression de viol pour les événements de 89. La génération d’étudiants n’a pas seulement subie un massacre (dont on ignore toujours le nombre de morts, si je ne m’abuse), mais elle a été réduite à silence, traînant une sorte de honte publique. Maintenant on dit que ce sont eux qui ont provoqué l’armée, de la même manière qu’on dit d’une femme violée qu’elle l’a bien cherché, qu’elle portait des jupes bien courtes.

 

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 06:31

Cours sur les enjeux de la mémoire. Reprise des différentes « mémoires » de la deuxième guerre mondiale en France, des réécritures de l’histoire. L’attitude de la France et sa responsabilité dans les crimes de guerre. Tentative d’expliquer ce que signifie la notion de « devoir de mémoire ». Les étudiants comprennent tout de suite, très vite, ce que le devoir de mémoire apporterait de positif si les Japonais le respectaient. C’est déjà ça, c’est une prise. Ils imaginent le Premier ministre Japonais faire un discours du genre de celui de Chirac au Vélodrome d’hiver, en 1995 (certainement sa plus grande action politique, aussi importante à mes yeux que son attitude lors de la guerre en Irak. Discours bouleversant pour ce qu’il permet d’enseigner aux générations futures. Je rappelle que, dans ce discours, il reconnaît officiellement la responsabilité de l’Etat français dans la Shoah. Pour cela seul, il ne peut qu’entrer dans l’histoire, au moins comme symptôme absolu d’une époque où on savait demander pardon.) Ils imaginent Abe dire aux Chinois qu’il reconnaît les atrocités commises par son peuple au peuple chinois. Les étudiants comprennent puissamment, si je puis dire, ils n’ont pas le recul cynique que nous avons avec notre histoire.

Puis je leur demande s’ils voient une raison pour l’Etat chinois de reconnaître des crimes. Ils cherchent. A l’égard du peuple chinois lui-même pour la Révolution culturelle, disent-ils en riant. Pour les événements de 89 aussi, toujours en riant. Et à l’égard d’autres peuples ? Ils cherchent, mais ne trouvent pas.

« -Franchement, dis-je, vous ne voyez pas ce que peuvent penser les Européens, les Américains sur des peuples qui auraient souffert de l’armée chinoise ?

- Les peuples d’Europe ?

- Non, pas d’Europe… »

Une étudiante lance, sans trop y croire : « Le Tibet ?

- Oui, par exemple. »

Gros étonnement dans la salle. Le Tibet ? Mais c’est une province chinoise depuis la dynastie des Tang ! Les Tibétains sont nos frères, etc.

On en a parlé tranquillement, sans s’énerver, et en essayant de rester sur la ligne du rôle de l’historien, de sa recherche, sur les enjeux de la mémoire qui doivent s’appuyer sur des connaissances, des débats, des discussions, des désaccords qui font évoluer les consciences.

On a terminé sur la notion de « monde harmonieux », maître mot du président Hu Jintao. Pour construire une entente harmonieuse avec le Japon, il faudrait un travail de la mémoire. Pour une Chine harmonieuse, il faudrait un travail peut-être encore plus douloureux à faire.

 

 

 

Par Guillaume - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus