Quand Valéry Giscard d'Estain est monté sur scène, j'ai ressenti une légère émotion. Des souvenirs de télévision des années quatre-vingt me sont revenus en mémoire. Les imitateurs qui contrefaisaient sa voix, sa maigreur squelettique, c'était comme revoir un épisode de Dallas ou de Télé foot.
Il a parlé de l'Europe pendant quarante minutes. C'était pédagogique, clair comme le cours d'un professeur qui ne cherche pas à séduire ses étudiants. Un professeur qui ferait confiance dans l'intelligence de ses étudiants, mais qui, en même temps, ne verrait aucun intérêt à les surprendre, à les inspirer, à provoquer en eux des interrogations et des enthousiasmes. Confiance dans la force de persuasion d'une idée juste.
Il avait une confiance inébranlale en lui-même et en son projet de constitution européenne. Le non des Français au referendum, il en parlait comme d'une anomalie qui serait tôt ou tard surmontée, ainsi que celui des Hollandais. Puis les Anglais y viendraient, pour lui, si on l'écoutait "entre les lignes", tout cela ne faisait aucun doute.
Dans sa conclusion, il a avancé l'idée que la grande mission à venir dans les cinquante ans à venir serait de constituer une identité pour les Européens. Il n'a pas dit comment cela pourrait se réaliser, mais j'ai sondé mon coeur : je suis déjà européen, et je sens que je l'ai toujours été. Moi, je veux bien d'une citoyenneté européenne et ça ne me dérangerait pas le moins du monde d'avoir pour dirigeants des Finlandais, des Allemands et des Italiens. Je ne suis pas certain que le personnel politique français soit le meilleur d'Europe et, franchement, je déléguerais bien mon pouvoir à des sociaux démocrates scandinaves.
Ce n'est pas une opinion politique, c'est un sentiment. Mon coeur me dit que je suis européen d'origine française. Si vous me demandiez de vous expliquer ce que cela signifie, je serais bien en peine de vous le dire, mais j'aurais autant de mal à vos dire exactement ce que signifie être français. Ici, quand il faut comparer la Chine avec chez moi, je compare avec l'Europe. Quand je pense à Dublin, je suis chez moi ; l'Italie, c'est chez moi ; mon origine directe, c'est la Grèce antique et des Vikings violeurs d'Anglaises.
Giscard, lui, il était au-dessus de tout ça. Avec son sourire narquois et son air de n'avoir jamais douté de rien, il donnait une impression de sagesse, d'être au-dessus de la mêlée ("si les Européens donnent la majorité aux partis de gauche, eh bien la politique européenne sera plus sociale, et la constitution n'aura rien à voir là-dedans".) A la différence d'un Chirac, qui a tant de fois retourné sa veste et changé de personnalité - revoyez son débat avec Mitterand en 88 sur le site de l'INA, vous ne reconnaîtrez pas le vieil amateur d'art asiatique - Giscard donne l'impression de penser continuellement dans ce qu'il estime être le bien général.
Pour finir, je vous le dis tout net (et depuis la plus grande incompétence politique), moi je suis plutôt de gauche, j'ai en tout cas toujours voté à gauche, mais j'aime l'idée que mon pays ait eu un jour Giscard comme président, cela prouve que nous ne tombons pas nécessairement dans les bras du plus démagogue de la liste.
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