Lundi 11 septembre 2006
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On me dit qu’il faut parler des lieux de débauches shanghaiens ! Voilà la vraie vie de Shanghai, le monde de la nuit ! Certes, me dis-je, en bon reporter du quotidien, je m’attelle à la tâche.
Un soir, après une réunion au consulat français, je suis allé investiguer avec des amis dans des lieux divers, très divers, mais qui avaient tous le dénominateur commun d’être branchés. D’abord, sur la Place du Peuple, le très élégant « Barbarossa », où l’on se ruine en bières lors de l’happy hour, car les bières sont alors moins chères qu’à l’ordinaire. On se ruine mais on est entre soi, c’est le principal.
Puis, nous sommes allés à un vernissage d’une nouvelle exposition dans la galerie 118, où il n’y avait plus rien à boire, mais où je vis des étrangères de grande beauté. Des Américaines blondes et grandes, des Françaises aux yeux troublants, au sourire séducteur aux tenues intéressantes : j’appelle tenue intéressante un habit qui laisse voir la racine des seins, mais par le côté, grâce à une large ouverture des manches, plutôt que par un décolleté classique ; l’accès oblique à la poitrine donne un point de vue inédit et rend la fille immédiatement attirante.
Entre temps, je reçus un message qui réorienta ma façon de boire : une jeune amie était à Shanghai et me proposait qu’on se vît le lendemain matin. J’acceptai sur-le-champ, et superposais son image à la vision que j’avais des grandes blondes autour de moi. L’exposition, elle, n’était pas mal, des petites sculptures fragiles qui pliaient sous l’effet du moindre souffle, des installations vidéo dignes des galeries européennes. J’admirais les tenues vestimentaires des visiteurs. Ces gens, me disais-je, savent s’habiller, c’est indéniable, ils possèdent un goût, ils se comprennent, savent faire la différence entre un blaireau et quelqu’un de bien. J’admire cela. De loin, mais j’admire sincèrement.
De là, nous traînâmes dans les rues, nous sustentâmes de nouilles et de brochettes sur un trottoirs et finîmes la soirée au « C’s », prononcez « cize », un bar quasi clandestin, donc classe en diable, au sous-sol d’un immeuble qui ne paie pas de mine. C’est un bar intéressant, des salles en enfilades dont les murs sont pleins de graffitis, de dessins, d’inscriptions de toutes sortes. Quelques Chinois dansent, quelques autres se partagent des tables dans des petites salles labyrinthiques. Et des étrangers évoluent là-dedans comme des poissons dans l’eau. Il va sans dire que le « C’s » est un lieu sympa, mais que peut-il inspirer au voyageur ? N’est-il pas en tous points identique aux bars underground de Budapest, de Berlin, de Lille, de Saint Etienne, de la Croix Rousse ? J’y voyais évoluer ce monde clos et fascinant des gens cool. Un Anglais est venu me parler, Dieu sait pourquoi. Notre conversation était tout à fait inintéressante, par ma faute autant que par la sienne. Heureusement, au milieu d’une phrase, il me quitta pour aller peloter une Française qui remuait des fesses. J’en aurais fait de même, je ne lui jette pas la pierre. Très vite je m’ennuyai, et ne vis pas la moindre chance de faire une rencontre déterminante, dans les quinze minutes, qui me remontât le moral ou tout autre chose. Du reste, je ne voulais plus boire et tenais à être frais et dispos le lendemain matin pour accueillir ma jeune amie. Je filai à l’anglaise, sans dire au revoir à personne, pour ne pas casser l’ambiance. Un de mes amis me téléphona, malgré tout, une heure plus tard, sans doute un peu inquiet de ma disparition. Il ne s’offusqua pas de ma décision de rentrer chez moi. C’est quelqu’un de cool.
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