Ma joie de voir toutes ces femmes françaises. Des Françaises de tous âges, entassées dans des chambres d'hôtel
froides, qui étaient là pour la même raison que moi. Je ne me suis donné aucun objectif de séduction, et ce pour deux raisons : 1- après ma nuit blanche, ma sale gueule habituelle
ressemblait moins à celle de Quentin Tarantino (à qui l'on me compare parfois) qu'à un clochard en mal de rouge. 2- Je sais depuis l'adolescence qu'il ne faut rien attendre, rien
espérer de la vie, et encore moins d'une soirée, et encore moins d'un week-end de séminaire.
Malgré tout, c'est-à-dire malgré le domaine socioprofessionnel qui nous était commun, tous les types de Françaises étaient représentées, même les bimbos, même les grandes blondasses classieuses,
même les visages de porcelaine, même les blacks énergiques, même les Asiatiques qui ne parlent pas un mot de chinois. Il y avait même des Françaises du type "étrangère" : une Bulgare, une
Roumaine.
Naturellement, une petite majorité d’entre elles avaient l’éternel look des profs. Un look pas très avenant, mais
attachant, au fond, car elles montrent par leur indifférence à la coquetterie que la vraie vie est ailleurs. Moi qui ne suis pas un Apollon et qui ne sais pas choisir un vêtement, je serais mal
placé pour leur reprocher d’être mal habillées. Alors je ne reproche rien à personne mais je constate que nombre d’entre elles pensent très fort que la vie est vraiment ailleurs, loin de ce bas
monde et de ses beautés rutilantes.
Je me fis cette réflexion : nombreux sont les gens qui font trop confiance à la beauté
naturelle.
Un soir, je partis au centre ville avec deux jolies collègues. La Roumaine et une Française. Je retournai au
lac Hou Hai, qui m’avait marqué lors de ma nuit blanche. Nous marchâmes sous la pluie et prîmes refuge à "la Baie des Anges", un bar tenu par des compatriotes.
Nous en vînmes très vite à parler de sexe. C’était soit ça, soit Sarkozy. La Roumaine était très intéressée par le plaisir sexuel des femmes chinoises. Elle disait qu’elle se demandait comment
les Chinoises « accueillaient le plaisir. » Elle parlait avec un léger accent, elle roulait les « r » de manière délicieuse. Elle savait que c’était excitant, c’est la raison
pour laquelle elle n’avait jamais cherché à s’en débarrasser. "Je ne fais pas exprrrès mais je sais que c'est charrrmant."
Moi, je n’ai pas eu de nombreuses amoureuses chinoises, mais, comparé à mes comparses, je faisais figure d’expert en
la matière. Je leur dis ce que je pouvais, sans trop entrer dans les détails, mais sans rester trop général non plus. La Roumaine n’était pas satisfaite par mes réponses. La Française s’en
foutait, ce n’était pas son problème, la sexualité des Chinoises.
Soudain, une femme s’adressa à nous : « Excusez-moi, est-ce que je m’asseoir avec vous ? Je suis
toute seule au bar.
- Mais bien entendu, assieds-toi donc. Tu es déjà
sortie avec un Chinois ?
- Ah ! non
alors ! »
Bref, la conversation était bien lancée, elle n’avait pas besoin de grand-chose pour s’émanciper. La nouvelle
arrivée était lyonnaise en diable, une Lyonnaise comme on les remarque dans un bar de Pékin. Brune, petite, des pommettes prononcées qui bridaient quelque peu des yeux foncés et un regard de
braise. Une élégance non étudiée, une façon de fumer qui ne trompe pas : nulle part au monde on ne fume comme les femmes lyonnaises. Elle était architecte d’intérieur, titulaire d’un BTS et
avait voté pour Sarkozy (avec elle, nous ne parlâmes pas de sexe, allez savoir pourquoi) au deuxième tour. Au premier, elle avait voté Bayrou. Il y aurait une étude à faire sur tous ces gens qui
ont eu ce parcours électoral. Elle avait 23 ans, et trouvait qu’en France « il y avait trop de social ». Elle était des braves gens qui ne veulent pas d’un pays d’assistés. Son beau
visage et son calme, ses gestes pleins de grâce faisaient tout passer, et j’avalais ses paroles non sans les contredire, par respect pour elle.
Je lui dis : « Pour moi aussi, c’est plus facile de vivre dans un pays libéral. La loi du plus fort, ça me
convient, car je suis fort, comme toi, comme elles deux (mes collègues nous avaient laissés seuls.) Nous, on pourra toujours s’en sortir, et on préférera toujours être loin de la bureaucratie.
Mais quand on pense à l’échelle d’une communauté, on ne peut plus penser qu’à soi. Dans une communauté, il y a des gens fragiles, et une société digne de ce nom se doit de protéger les fragiles.
C’est aux forts de protéger les faibles. » Sarkozy venait de nous endetter, tous, forts comme faibles, de 15 milliards d’euros par an, pour rendre encore plus forts ceux qui étaient déjà les
plus forts.
La Roumaine revint à nous. C’est vrai ce qu’on dit sur les Chinois ? Ouais, j’ai un copain qui m’a dit que
c’était vrai. La Française revint aussi. Comment il le sait ? Il le sait parce qu’il va souvent dans les salles de sport. En même temps, ce copain, c’est un black, alors ça veut peut-être rien
dire. Oui, ça veut peut-être rien dire. Tu veux rentrer ? Non, j’ai un coup de barre, mais on peut rester. Moi aussi, faut que j’y aille. Sinon, pour les Chinois, on saura jamais, alors. Il
faut sortir avec, pourquoi ce serait que les mecs qui peuvent se taper des Chinoises ? Qu’est-ce que vous leur trouvez, aux Chinoises ? Je me demande comment elles accueillent le
plaisirrr… (en me caressant la joue) Tu ne m’as toujourrrs pas rrrépondu, toi !
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