Mercredi 16 juillet 2008

Dans le train qui nous menait à Shanghai, cette jeune personne a trouvé des mots qui m'ont touché plus profondément et plus durablement que toutes les autres paroles. Personne n'a su me parler aussi bien qu'elle, ni d'une manière qui me convienne si parfaitement, comme si j'entendais pour la première fois ce que j'avais obscurément besoin d'entendre. 
Elle parle en pesant ses mots, en penchant un peu la tête. Ses mots semblent venir de son coeur, sans calcul, sans pression, sans arrière-pensée. Et pourtant, partout où nous allons, des gens sont désagréables avec elle, comme s'ils voyaient en elle une arrogance que, pour ma part, je n'ai jamais perçue. Elle essaie d'être gentille mais une timidité ou quelque chose d'autre, d'indéfinissable, érige un mur entre elle et bien des gens autour de nous.
Un jour, je lui ai demandé si elle voulait rencontrer mes amis de Shanghai. Elle hésitait, elle ne semblait pas trop curieuse de les voir (par ailleurs, elle n'aime pas beaucoup Shanghai, et elle trouve qu'à part moi, les étrangers ont tendance à sentir un peu fort). De mon côté, je lui fis part de mon sentiment mêlé ; d'un côté j'avais envie depuis des années de la faire connaître à mes proches, et d'un autre côté je voulais la garder pour moi seul. Elle laissa planer un silence et, un autre jour, dans une ruelle de Suzhou, elle me répondit : "Tu peux me garder pour toi tout seul". 
Sa vie reste un mystère pour moi, sa vie, ses opinions, sa façon de penser, ses sentiments réels, ses ambitions, ses arrangements avec les hommes et les femmes. Elle sera toujours un peu dans l'ombre pour moi, mais capable de dire des choses d'une clarté implacable, mais dotée d'un sourire lumineux, mais d'une tolérance et d'une positivité désarmantes.  
par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Samedi 21 juin 2008


Dans la culture chinoise, on a élu un petit nombre de femmes comme étant les « beautés » de la Chine. Leur sort est généralement fatal : on les a données à des chefs rivaux, à des rois étrangers, on s’en est servi sans ménagement. Mon amie me raconte tout ça en s'emmêlant dans les noms, les dates et les histoires. Qu'importe, cela nous ramène aux sempiternelles énumérations qui ne veulent pas dire grand chose mais qui structurent une éducation de masse et qui donnent du grain à moudre aux numérologues : les quatre romans classiques, les dix mille êtres, les cinq éléments, les sept délices de Nankin, les huit excentriques de Yangzhou, les trois représentativités, et, donc, les quatre beautés.

Yang Guifei est peut-être la plus célèbre, elle a en tout cas inspiré les artistes plus qu'aucune autre. Elle a inspiré des poètes de premier plan, des musiciens, des calligraphes, et elle fait rêver les jeunes gens du monde entier. Elle était la concubine sublime d'un empereur Tang. Cette même concubine dont je suis tombé amoureux dans un opéra Kun que j'ai vu à Nankin il y a deux ans et demie. 
A l'extérieur de Xian, non loin des armée en terre cuite, on peut visiter les sources chaudes qui ont baigné son corps enchanteur. Un parc hors de prix est aménagé pour qu'on tente de s'imaginer un peu ce que c'était que se baigner à cette époque.


L'empereur ne se serait pas baigné avec sa belle, si l'on en croit les écriteaux. Plus loin, on peut voir la baignoire de l'empereur, et on voudrait nous faire croire que les deux amoureux n'auraient pas pris de bain ensemble. Moi, je ne dis rien mais je crois qu'il ne faudrait pas nous prendre pour des gamins, tout de même.
par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Jeudi 29 mai 2008

Elle ne connaît rien à la politique, rien à l'économie, elle ne s'intéresse pas particulièrement à la vie culturelle de son pays, mais elle est intelligente, elle parle en choisissant ses mots. J'aime sa clarté et sa calme détermination. Elle conduit sa vie avec mesure, alliant un sens de l'aventure qui l'a fait quitter sa ville natale, et une prudence qui la tient éloignée de Shanghai. Mais pas trop éloignée pour que nous puissions nous voir de temps en temps.
Je ne sais pas trop quelle stratégie préside à ses choix qui la mènent d'emplois en formations, de cours du soir en cours du matin.
Elle ne lit pas de journaux, donc ce qu'elle dit est le reflet des rumeurs, des nouvelles partagées, de ce que sait la population sur un événement. Dans un restaurant américain, où elle appred à utiliser fourchette et couteau, elle me dit qu'elle fut très fâchée de ce qui s'est passé avec la France récemment.
Je lui dis que je ne sais pas de quoi elle parle. Elle ne me croit pas mais elle m'explique quand même la situation telle qu'elle la comprend : Carrefour a fait ou a dit quelque chose contre la Chine, et donc on a manifesté contre cette entreprise. Ce que Carrefour a fait, ou a dit, elle ne le sait pas, mais comme on a manifesté contre lui, c'est qu'il a commis quelque acte anti-chinois. Ensuite (ou avant, elle ne se souvient plus), le gouvernement français a décidé de briser ses liens d'amitié avec la Chine. "J'étais troublée car je considère la France de la même manière que je te considère, toi."
Dans le même repas, elle m'a fait part de certaines connaissances qu'elle avait à propos des peuples du monde : les Grecs sont homosexuels, les hommes français ont plusieurs maîtresses (mais les femmes françaises sont plus fidèles, curieusement, alors je suppose que les Français jettent leur dévolu sur les femmes grecques qui doivent doucement s'emmerder : mon amie pense que l'idée est raisonnable.) Les Allemands sont sérieux. Elles commencent ses phrases par : "Je sais que..."
Il y a trois ans, elle m'avait dit que les Etats-Unis, l'Europe et l'Australie constituaient un seul continent, que le Tibet avait toujours été chinois et que le Parti communiste n'avait jamais fait de mal à un monument historique chinois.
Aucune tension n'est venue obscurcir notre week end, mais je me suis demandé dans quelle mesure l'hystérie nationaliste et bavarde, qui agite par moments les peuples en transformation, pouvait ruiner, à terme, des relations comme la nôtre.

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Lundi 7 avril 2008

Dans les rues de Shanghai, le voyageur voit des hommes porter des sacs qui leur donnent un air féminin. C’est que l’homme shanghaien porte le sac de sa femme. Quand la femme arbore un air fier et hautain, le couple donne une image où l’homme est dominé. Mais les dominateurs aussi portent le sac de leur poulette, c’est une mode, un modus vivendi. Une manière, peut-être, de montrer qu’on est un vrai mec.

Dans le reste de la Chine, l’homme shanghaien a la réputation d’être peu masculin. D’ailleurs, les hommes de Shanghai que je connais ne revendiquent pas leur appartenance à la ville. Ils disent qu’ils sont nés dans telle ou telle localité, alors même qu’ils parlent shanghaien entre eux. Les hommes ne sont pas fiers d’être de Shanghai, peut-être à cause de cette réputation. Les femmes chinoises, en revanche, les considèrent comme les meilleurs époux du monde. Le portage du sac dans la rue n’est qu’un exemple. Ils participent aux tâches ménagères, ils donnent leur salaire à leur femme qui gère le foyer, ils sont plus courtois et plus attentionnés que les autres Chinois. J’ai connu plusieurs femmes – vivant à Shanghai mais venant d’autres provinces - soupirer : « Hélas, mon mari vient du nord ! »

Une amie m’a assuré qu’elle ne se marierait qu’avec un Shanghaien. Elle prend son père comme exemple, et lui voit toutes les qualités requises. L’accusation de féminité, elle l’évacue d’un geste de la main : « Mon père est très viril et n’a pas besoin d’être un macho pour le prouver. »

Au moment où j’écris ces lignes, deux de mes étudiants passent devant le café sans me voir. Le garçon porte un sac en skaï et la fille traîne un peu les pieds. Elle a l’air fatigué et elle se plaint. Le garçon lui dit quelque chose qui la fait sourire. Quand ils passent à ma hauteur, mon étudiant continue de parler, et mon étudiante, un sourire las aux lèvres, regarde son petit copain avec des yeux remplis d’amour. 

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Mardi 1 avril 2008

Ah oui, avant que j’oublie, je voulais glisser en douce une petite remarque là-dessus, car je sais que beaucoup de gens se bercent d’illusions et se fourvoient dans les plus poussifs des préjugés. Les hommes asiatiques n’ont pas le sexe plus petit que nous, et les femmes asiatiques n’ont pas le vagin plus étroit que les autres. Il fallait que ce soit dit pour des questions pédagogiques et pour dédramatiser toute la question.

J’ai connu des Françaises plus expérimentées et pourtant plus étroites que des Chinoises très respectables.

Il faut donc cesser de fantasmer dans tous les sens et sens dessus dessous. Les femmes asiatiques ne doivent pas avoir peur des étrangers sous cet angle. Les hommes asiatiques ne doivent pas se sentir inférieurs. Les hommes qui se font aimer des femmes blanches et noires ne sont pas forcément bien membrés et ceux qui vont avec des femmes asiatiques ne sont pas forcément dotés d’un petit sexe. Voilà, c’est un peu ridicule à écrire, mais je crois qu’il fallait le dire. Vite fait, comme ça, l’air de rien.

Maintenant, parlons géopolitique. Tibet, si vous voulez, ou Birmanie.

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Jeudi 13 mars 2008
A l’heure où le gouvernement chinois est de plus en plus dur contre tout ce qui corrompt la jeunesse, et lutte contre toutes les manifestations de pornographie, au point d’interdire des médias la très belle actrice qui a joué dans Lust, Caution, insinuant par là que ce film est sale, alors que la censure l’avait déjà pas mal émasculé, il est de notre devoir d’aller visiter le « Musée de la culture chinoise du sexe », ou « musée de la sexualité culturelle antique », ou « musée du sexe de la Chine classique », quel que soit le nom qu’on lui donne.

Dans le village touristique de Tong Li, le musée n’est pas bien indiqué mais il bénéficie d’un superbe espace. Deux espaces, en réalité, très différents l'un de l'autre. Le début de l’exposition consiste en un jardin et deux bâtiments européens (début XXe) se faisant face, avec des objets éparpillés dans le jardin et une exposition scientifique dans les deux maisons. La suite de l’exposition se passe dans des pavillons en enfilade (si j’ose dire) comme une maison chinoise traditionnelle, avec des cours intérieures qui se succèdent.

Avec la haine du sexe qui caractérise le régime actuel, et la gêne qu’il suscite dans la population, ce musée est une prouesse incroyable, une anomalie, une exception remarquable qu’il faut soutenir. Le voyageur a l’impression qu’on a tout fait pour l’empêcher de le visiter : déménagement dans un village à 80km de Shanghai, aucune mention même sur les brochures touristiques de Tong Li, aucune indication sur la carte. Or, contrairement à tout autre lieu difficile à trouver, vous n'oserez pas demander la direction aux passants. A tout cela j'ajoute, pas de chauffage dans les salles, pourtant très humides!
Une fréquentation assez faible le jour où j’y étais alors que le village était plein à craquer partout ailleurs. On sent que cela vivote que ça peut.

Des godemichés vieux de 2000 ans, des pierres, des photos de paysages où la montagne ressemble à un vagin, des objets taoïstes en assez grand nombre. Les conservateurs ont une vue du moine taoïste comme un sage particulièrement porté sur la chose. Des porcelaines plus modernes, difficiles à dater. Un certain nombre de sculptures très récentes, non présentées comme telles et d’un goût plutôt moyen. C’est l’ennui avec ce lieu : on a envie de le défendre à tout prix pour ce qu’il représente, et parce qu’on n’en peut plus de l’idéologie ambiante qui règne en Chine et qui empêche les gens de penser et de s’écarter des opinions les plus ennuyeuses sur tout. Mais si on veut être honnête, on est obligé de reconnaître que des pièces vraiment intéressantes, il n’y en a pas assez pour remplir un tel espace. En revanche, cela ferait une très belle salle, et très populaire, au Musée de Shanghai.

Des jeunes rigolent en passant devant l’entrée. Depuis la ruelle, ils photographient la statue d’un gros gnome (peut-être antique) au pénis énorme, qui accueille les visiteurs. Je ne sais pas pourquoi ni comment il est possible que cette statue soit visible de la rue, mais ce n’est qu’un mystère parmi d’autres, qu’une contradiction inexplicable parmi toutes celles que les Chinois doivent accepter sans poser de question.

Le fondateur du musée est un sacré personnage. Retraité de l’Armée de Libération Populaire, il est devenu professeur de sociologie à l’université de Shanghai, et a profité de ses relations et d’une relative libéralisation de la vie politique locale, il y a vingt ans, pour faire des enquêtes sur la sexualité des Chinois, puis pour collectionner des objets de toutes les époques.

Cela reste une visite incontournable pour le touriste. Outre que c’est dans un village très beau, avec une architecture splendide  et des temples et des jardins, le musée laisse une bonne impression qui dure longtemps.

 

 

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Mardi 22 janvier 2008
En fouinant dans la bibliothèque, j’ai mis la main sur une curieuse chose : Loin des Blondes de Thomas Raucat, publié chez Gallimard en 1928. Il s’agit d’un recueil de nouvelles assez drôles et bien écrites, qui consistent en des récits de voyage en Asie, Japon, Chine et Cochinchine.

Ces nouvelles sont pourtant inconnues des lecteurs contemporains. Et pour cause, le livre n’a pas été réédité depuis 1928, du moins à ma connaissance.  

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Moi qui compte devenir éditeur amateur, je me disais que cela tombait merveilleusement : des textes de voyage en Asie, les années trente, un titre accrocheur, un style léger, tout me correspondait. Sauf que voilà, il y a une raison pour que Gallimard ne le réédite pas : l’homme est une ordure. Il est colonialiste, nationaliste et pervers.

 Il passe la moitié de son temps à chercher des prostituées, si possible jeunes, très jeunes. Lors de la traversée de la mer de Chine, on lui dit que Shanghai est connu pour ses adolescentes lubriques. Il n’aura alors de cesse de passer la nuit avec une fille de 13 ans.

La nouvelle qui s’intitule « Une nuit à Shang-Hai » le voit dans cette quête d’un autre monde. Ce serait comique si cet homme n’était pas un pédophile. Extraits :

 

« J’expliquai à mon guide ce que je désirais – une petite Chinoise un peu jolie et surtout très jeune. » p.124

« Je ne suis pas possédé par la folie des femmes, lui dis-je en substance, (…) Ce que je veux trouver, c’est un fruit vert, une de ces petites qui, paraît-il, sont la curiosité de Shang-Hai. » p.125

« - Treize ans, je veux une fille de treize ans, répétais-je en comptant sur mes doigts. » p.126

« En ce qui concerne ma concubine, mes désirs étaient comblés. Elle était toute jeune, et, comme je la fis déshabiller, je vis qu’elle était excessivement bien faite. Elle avait le ventre tendu comme un tambour, et sur le corps aucune trace de duvet. » pp130-131

« Puis nous passâmes aux caresses. De ma vie je n’avais jamais rencontré une petite bête humaine aussi docile, douce et souple. » p.131

« Je caressais ses joues avec mes doigts, puis je la berçais doucement, comme une enfant. Cette pauvre petite prostituée aimait l’affection et les câlineries. Contre moi, elle se mit à ronronner comme une chatte. » p.132

 

Les amateurs de Shanghai et de villes en sont pour leurs frais. Raucat n’en montre que des ruelles interlopes et des maquerelles cupides, prêtes à charger 12 scandaleux dollars pour des filles de 16 ans à l’air « pourtant bien décidé ».

Les phrases que je cite ne rendent pas justice à l’impression littéraire d’ensemble, qui n’est pas aussi glauque. Mais ce sont les phrases que la presse d’aujourd’hui ne manquerait pas de relever pour condamner le livre.

Pourtant, je continue de me poser la question. Faut-il s’interdire de l’éditer parce qu’il est pédophile et raciste ? Est-ce même politiquement correct de se l’interdire ? Après tout, l’historien de la littérature pourrait voir en lui un précurseur de Houellebecq et constituer un groupe d’écrivains ignobles qui, pour n’être pas fréquentables, n’en sont pas moins lus. Les pervers participent à la vie littéraire, ils disent des choses réelles de la société et de l’homme de leur époque. J’ai tendance à penser qu’il est préférable de les rendre accessibles au public. Cela les rend moins terribles. 

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par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Vendredi 16 novembre 2007
Ce qui étonne l’ethnologue, tout de même, c’est la question du désir des femmes chinoises. Elles lui disent, dans les entretiens, qu’elles n’avaient pas éprouvé de désir sexuel avant la première fois, et qu’elles ont été très surprises de voir comment on procédait pour faire l’amour. Il arrive qu’elles évoquent leur entrée dans le monde de la sexualité comme un viol.

Après, elles disent « comprendre et ressentir ce désir ».

L’âge n’y est pour rien, les femmes interrogées sont d’âges différents, certaines sont déjà actives sur ce plan-là, d’autres pas encore, certaines parlent des questions sexuelles ouvertement, mais tout ce qu’elles disent amène l’ethnologue à tracer le portrait de filles asexuées, rêveuses, désireuses d’avoir une relation amoureuse mais dans l’ignorance des mécanismes physiques et sans excitation sexuelle, sans fantasme.

C’est à peine croyable, dans un milieu estudiantin, où les garçons et les filles se fréquentent, où l’on voit des couples se promener et se tenir la main.

Ce n’est d’ailleurs pas du tout chinois. Quand on lit leur fameuse tradition érotique, on ne doute pas de la magnifique capacité des Chinois, hommes et femmes, à parler de sexe et à en jouir de multiples façons.

L’ethnologue s’interroge plutôt « sur le rapport entre la réalité physique du désir et l’apprentissage social qui en est fait au cours de l’enfance, de l’adolescence, ou à l’âge adulte. » C’est vrai qu’on imagine souvent le désir comme une chose animale, naturelle, mais cette interprétation est un réflexe pour éviter d’en parler, ou pour rester dans la plaisanterie grivoise, ce qui revient au même. Le désir est au contraire quelque chose de complexe, toujours en construction, qui demande une éducation, une connaissance, une reconnaissance des corps : « Le non apprentissage du désir (physique et sexuel) pourrait-il entraîner sa non-existence (provisoire) ? » Peut –on penser la chasteté ? C’est une vraie question, que la nouvelle norme consommatrice rejette avec mépris.

L’ethnologue est obligé de passer à autre chose sans avoir pu creuser davantage, mais il promet qu’il faudra revenir sur cette question pour des recherches plus approfondies.

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Jeudi 8 novembre 2007
Depuis le temps que je dis : « Si j’étais ethnologue,… », il était temps de révéler d’où vient ce désir frustré d’ethnologie. Pendant l’été 2005, j’ai rencontré JB, étudiant en ethnologie, dans les montagnes du Yunnan. Il entreprenait l’étude du chinois, allait entrer en master et comptait faire des recherches sur la sexualité en Chine. Moi, je soignais une maladie mystérieuse qui m’empêchait de dormir, et lui traînait là, en observant les danses tibétaines organisées dans le village, en draguant un peu telle ou telle fille indigène sous le prétexte universellement fallacieux d’échanges linguistiques. Il ne se levait jamais avant midi, je m’en souviens bien, car j’ai toujours vu les lève-tard comme des gens à plaindre. Je plaignais JB de ne pas voir les belles lumières de l’aube, et de n’avoir jamais pu observer le merveilleux manège que faisaient les employées tibétaines aux moments conjugués de la lessive et du lavage des cheveux. La blancheur éclatante des draps sur laquelle se détachait le noir soyeux de leur chevelure faisait une image qui me consolait énormément de mes nuits misérables, d’autant plus que les matinées étaient baignées de leurs chansons lancées de leur voix aiguës. Tout cela, c’était le cadeau que la vie faisait aux lève-tôt. JB avait sympathisé avec les gérants de l’auberge et ne payait plus un centime pour sa chambre. Il donnait un coup de main pour l’accueil des visiteurs, il faisait la conversation, enfin il était là comme chez lui.

Je parle de tout cela, de JB, des danses, de l’auberge et des femmes tibétaines, dans les pages de juillet 2005 du blog Nankin en douce.

Puis, plus aucune nouvelle de JB. Jusqu’à ce que j’annonce la fin de Nankin en douce, en juin 2006, un an plus tard, donc. Le voilà qui refait surface en laissant un commentaire pour dire ce que ce blog avait représenté pour lui, depuis son retour en France. Au passage, il me fait un des plus beaux compliments qu’on puisse faire à un auteur de blog. Ou à un auteur tout court. Il fait des critiques aussi. Il fait un commentaire, au sens littéraire et anthropologique du terme.

Il est retourné en Chine, cette fois avec une bourse universitaire, pour faire son master, à Pékin. Quand je pense que je suis resté à Lyon pendant cinq ans, je me dis que certains savent mieux que d’autres tirer profit de leurs études. M’en fous, je me suis fait de super copains, et j’emmerde tous les JB (sauf mon frère, qui s’appelle aussi JB, et qui est vachement plus costaud que moi !)

Pourquoi je parle de tout cela ? D’abord parce que ça me fait plaisir d’en parler, que c’est une rencontre typique de l’époque des blogs, mi virtuelle mi réelle. Et aussi parce qu’il vient de terminer, et de m’envoyer, son mémoire de master.

Son titre : Construire sa vie. Parcours personnels, relations amoureuses et questions sexuelles au sein de groupes d’étudiants et de jeunes travailleurs à Pékin.

Je suis en train de le lire, alors j’en parlerai une autre fois, quand je l’aurai terminé.

 

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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Mardi 30 octobre 2007

Ma joie de voir toutes ces femmes françaises. Des Françaises de tous âges, entassées dans des chambres d'hôtel froides, qui étaient là pour la même raison que moi. Je ne me suis donné aucun objectif de séduction, et ce pour deux raisons : 1- après ma nuit blanche, ma sale gueule habituelle ressemblait moins à celle de Quentin Tarantino (à qui l'on me compare parfois) qu'à un clochard en mal de rouge. 2- Je sais depuis l'adolescence qu'il ne faut rien attendre, rien espérer de la vie, et encore moins d'une soirée, et encore moins d'un week-end de séminaire.
Malgré tout, c'est-à-dire malgré le domaine socioprofessionnel qui nous était commun, tous les types de Françaises étaient représentées, même les bimbos, même les grandes blondasses classieuses, même les visages de porcelaine, même les blacks énergiques, même les Asiatiques qui ne parlent pas un mot de chinois. Il y avait même des Françaises du type "étrangère" : une Bulgare, une Roumaine.

Naturellement, une petite majorité d’entre elles avaient l’éternel look des profs. Un look pas très avenant, mais attachant, au fond, car elles montrent par leur indifférence à la coquetterie que la vraie vie est ailleurs. Moi qui ne suis pas un Apollon et qui ne sais pas choisir un vêtement, je serais mal placé pour leur reprocher d’être mal habillées. Alors je ne reproche rien à personne mais je constate que nombre d’entre elles pensent très fort que la vie est vraiment ailleurs, loin de ce bas monde et de ses beautés rutilantes.

Je me fis cette réflexion : nombreux sont les gens qui font trop confiance à la beauté naturelle.

Un soir, je partis au centre ville avec deux jolies collègues. La Roumaine et une Française. Je retournai au lac Hou Hai, qui m’avait marqué lors de ma nuit blanche. Nous marchâmes sous la pluie et prîmes refuge à "la Baie des Anges", un bar tenu par des compatriotes. 
Nous en vînmes très vite à parler de sexe. C’était soit ça, soit Sarkozy. La Roumaine était très intéressée par le plaisir sexuel des femmes chinoises. Elle disait qu’elle se demandait comment les Chinoises « accueillaient le plaisir. » Elle parlait avec un léger accent, elle roulait les « r » de manière délicieuse. Elle savait que c’était excitant, c’est la raison pour laquelle elle n’avait jamais cherché à s’en débarrasser. "Je ne fais pas exprrrès mais je sais que c'est charrrmant."

Moi, je n’ai pas eu de nombreuses amoureuses chinoises, mais, comparé à mes comparses, je faisais figure d’expert en la matière. Je leur dis ce que je pouvais, sans trop entrer dans les détails, mais sans rester trop général non plus. La Roumaine n’était pas satisfaite par mes réponses. La Française s’en foutait, ce n’était pas son problème, la sexualité des Chinoises.

Soudain, une femme s’adressa à nous : « Excusez-moi, est-ce que je m’asseoir avec vous ? Je suis toute seule au bar.

-         Mais bien entendu, assieds-toi donc. Tu es déjà sortie avec un Chinois ?

-         Ah ! non alors ! »

Bref, la conversation était bien lancée, elle n’avait pas besoin de grand-chose pour s’émanciper. La nouvelle arrivée était lyonnaise en diable, une Lyonnaise comme on les remarque dans un bar de Pékin. Brune, petite, des pommettes prononcées qui bridaient quelque peu des yeux foncés et un regard de braise. Une élégance non étudiée, une façon de fumer qui ne trompe pas : nulle part au monde on ne fume comme les femmes lyonnaises. Elle était architecte d’intérieur, titulaire d’un BTS et avait voté pour Sarkozy (avec elle, nous ne parlâmes pas de sexe, allez savoir pourquoi) au deuxième tour. Au premier, elle avait voté Bayrou. Il y aurait une étude à faire sur tous ces gens qui ont eu ce parcours électoral. Elle avait 23 ans, et trouvait qu’en France « il y avait trop de social ». Elle était des braves gens qui ne veulent pas d’un pays d’assistés. Son beau visage et son calme, ses gestes pleins de grâce faisaient tout passer, et j’avalais ses paroles non sans les contredire, par respect pour elle.

Je lui dis : « Pour moi aussi, c’est plus facile de vivre dans un pays libéral. La loi du plus fort, ça me convient, car je suis fort, comme toi, comme elles deux (mes collègues nous avaient laissés seuls.) Nous, on pourra toujours s’en sortir, et on préférera toujours être loin de la bureaucratie. Mais quand on pense à l’échelle d’une communauté, on ne peut plus penser qu’à soi. Dans une communauté, il y a des gens fragiles, et une société digne de ce nom se doit de protéger les fragiles. C’est aux forts de protéger les faibles. » Sarkozy venait de nous endetter, tous, forts comme faibles, de 15 milliards d’euros par an, pour rendre encore plus forts ceux qui étaient déjà les plus forts.

La Roumaine revint à nous. C’est vrai ce qu’on dit sur les Chinois ? Ouais, j’ai un copain qui m’a dit que c’était vrai. La Française revint aussi. Comment il le sait ? Il le sait parce qu’il va souvent dans les salles de sport. En même temps, ce copain, c’est un black, alors ça veut peut-être rien dire. Oui, ça veut peut-être rien dire. Tu veux rentrer ? Non, j’ai un coup de barre, mais on peut rester. Moi aussi, faut que j’y aille. Sinon, pour les Chinois, on saura jamais, alors. Il faut sortir avec, pourquoi ce serait que les mecs qui peuvent se taper des Chinoises ? Qu’est-ce que vous leur trouvez, aux Chinoises ? Je me demande comment elles accueillent le plaisirrr… (en me caressant la joue) Tu ne m’as toujourrrs pas rrrépondu, toi !

 

par Guillaume publié dans : sexe/amour
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