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Lundi 3 juillet 2006
C’est alors que j’eus une idée de génie. Je me suis dit : plutôt que d’acheter des cadeaux pour ma famille et mes amis, et de déménager mes affaires à Shanghai, je vais transformer mes affaires en cadeaux pour mes proches. Je ferai d'une pierre deux coups : moins de courses à faire et un déménagement plus léger à effectuer. (Ce n'est pas de l'avarice, je le jure. Si quelqu'un d'autre s'était proposé de faire les achats de cadeaux, je lui aurait donné tout l'argent du monde.)

De beaux objets qu’on m’a offerts depuis deux ans, ou que j’ai achetés. Ils ont décoré ma vie, ils m’ont accompagné, ils vont faire peau neuve. Ils sont déjà chargés d’histoire, je leur propose une nouvelle vie.

Arrivé sur le terrain de mon frère, dans les Cévennes, où toute la famille s’est retrouvée le temps d’un week-end, j’ai posé tous les cadeaux sur une table, organisé une exposition et chacun s’est servi comme il voulait, sans obligation. (On est parfois obligé d’accepter des trucs encombrants…) Intéressant de voir le succès ou, au contraire, l’indifférence que rencontrent mes objets. Untel dit que tel truc est kitsch, truc kitsch qui est plus tard chéri par un enfant. Tel objet a toujours été chargé d’érotisme pour moi, à cause de la personne qui me l’a offert et des rêveries que j’ai eues en le regardant, est soudain considéré comme une vieillerie pour restaurant vietnamien. C’est bien une nouvelle vie qui s’offre à ces malheureuses choses, qui devront faire leur place dans des intérieurs français pleins d’enfants et d’avenir.


Par Guillaume
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Dimanche 27 août 2006

Il arrive que les pamphlets fassent du bien. En général, même si des auteurs obscurs profitent de la renommée d’une « star » pour attirer des lecteurs en tapant sur ladite star, l’usage de la critique frontale par des livres coups de poing est sain. Il est important de dénoncer les imposteurs. Le cinéma le fait beaucoup en politique, surtout à l’étranger (Michael Moore avec G.W. Bush, Nanni Moretti avec Berlusconi), mais il est bon que les intellectuels le fassent avec les penseurs.

Quand un homme prend un ascendant sur ses contemporains, et que cet ascendant est néfaste, il faut quelques contemporains pour le dire, pour montrer les faiblesses cachées de celui qui prend des allures de Prince. Des gens comme Bernard-Henri Lévy, il est d’utilité publique de dénoncer continuellement leur nullité (d’autant plus quand, comme c’est mon cas, on partage beaucoup de ses opinions politiques), car confondre la prose de BHL avec la philosophie, ça entache durablement l’image de la philosophie. Même chose pour des philosophes à la mode comme Michel Onfray. Comme lui, je suis pour la jouissance et contre la culpabilité, mais je ne peux supporter son ton donneur de leçons, et je suis accablé par l’inanité de ses raisonnements. Penser que, comme le dit son éditeur, c’est le « philosophe le plus lu de France », ça donne des motifs de désespoir. Des pamphlets, des pamphlets ! J’ai même lu et apprécié des pamphlets contre des penseurs que j’aime. Cela m’a irrité sur le coup mais j’ai aimé être secoué et ces livres m’ont fait réfléchir (L’éclat de l’être de Badiou, sur Deleuze.)

Or, j’ai déjà dit le mal que je pensais des livres de François Jullien, dans un article du 3 septembre 2005. (J’en pense aussi du bien, remarquez, et je continue d’en recommander la lecture, à condition de ne pas lire que cela.) Je demandais aux lecteurs du blog de m’aider car j’avais l’impression d’être seul au monde. L’impression de n’entendre que du bien de lui, alors qu’il y avait des défauts fondamentaux au centre de ses écrits, quelque chose de malhonnête qui me turlupinait. Certains lecteurs ont participé, parfois pour me soutenir, parfois pour me critiquer, une fois pour m’insulter et même une fois pour m'offrir une tarte au citron. Puis, presque un an plus tard, j’ai trouvé par hasard ce livre, Contre François Jullien (2006, Allia éd., 6,10€) qui m’a donné une sensation de chaleur humaine : enfin quelqu’un qui s’insurge. Je fus encore plus attiré par le bouquin quand je vis que l’auteur en était Jean François Billeter, c’est-à-dire le sinologue qui m’a le plus impressionné – dans un livre sur Zhuang Zi – par sa compétence linguistique, sa rigueur et son honnêteté intellectuelles, sa clarté de style, sa concision, sa générosité.

Dans Contre François Jullien, il dévoile quelques « mythes », sur lesquels est fondée l’œuvre du philosophe, et en premier lieu celui de « l’altérité de la Chine ». Pour Jullien, comme pour d’autres avant lui, la Chine est l’Autre absolu, l’image inversée de l’Occident. Billeter tente d’aller à la source de ce mythe, autant chez les auteurs européens que les Chinois eux-mêmes. Il montre que leur soi-disant altérité, loin d’être le résultat du travail génial d'esprits désintéressés, vient d’une construction patiente des commis de l’Etat qui cherchaient à imposer le despotisme du régime impérial. Billeter se fonde d’ailleurs sur des chercheurs chinois contemporains pour avancer ses idées.

Je passe sur les détails, je ne tiens pas à faire un résumé ni un compte rendu. Qu’on me laisse dire simplement qu’après le chapitre intitulé Chine, à la fin duquel il déplore que Jullien donne l’impression aux lecteurs que la pensée chinoise soit extrêmement difficile et lointaine, Billeter s’attache à critiquer directement la méthode philosophique de Jullien, (chapitre appelé Philosophie) basée sur l’illusion d’un déplacement de point de vue, extérieur à la pensée occidentale. Puis il prend un exemple spécifique (chapitre Immanence) pour signaler le danger de refuser toute attitude critique et toute contextualisation historique des notions utilisées par Jullien. Il termine en montrant d’autres solutions possibles de lectures et de traductions des grands classiques chinois (chapitre Il faut choisir).

Le tout est enlevé sur quatre-vingt petites pages qui se lisent en une heure ou deux. Franchement, pour ce prix-là, pour le peu de temps et d’effort que cette lecture nécessite, ce serait un crime de ne pas profiter de l’occasion pour s’informer de quelques questions actuelles de la recherche sur la Chine, pour s’offrir des réflexions originales sur la Chine contemporaine et ancienne, et enfin pour se donner quelques éléments de réflexion sur notre propre langue et notre propre pensée.

Par Guillaume
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Samedi 14 octobre 2006

Sans être puriste, je suis assez attaché au sens des mots et, pour cette raison, je suis peiné qu’on dise de moi : « C’est un bavard. »

Un bavard est, normalement, quelqu’un qui parle tellement qu’il en bave. C’est dégoûtant, et il reste toujours quelque chose de ce dégoût dans le mot bavard. Or la langue française, à l’oral, n’utilise plus que ce vocable pour désigner tous ceux qui parlent beaucoup, alors qu’il y a d’autres mots, plus précis. On ne dit jamais : « C’est un orateur, c’est un conversationniste, c’est un bonimenteur, c’est un beau parleur, c’est un rhéteur, c’est un sophiste, c’est un casuiste. » Il semble que ce soit dans les banlieues qu’on reprenne un terme connoté, pour ceux qu'ils l'utilisent aujourd'hui, positivement : la tchatche. Jamel Debouze parle de sa tchatche comme d’un don artistique, il n’a pas tort.

Moi, n'est-ce pas la tchatche qui m'a conduit sur les rives de la Liffey et du Yangtse, sur les bords  de la mer jaune ?

 

Le plus triste, dans cette affaire, c’est que traiter les gens de bavards nivelle par le bas une multiplicité de pratiques. Deux bavards ne se ressemblent pas du tout, et peuvent même être opposés. Pour ma part, j’aime parler avec des gens qui parlent aussi. S’ils n’ont pas de répondant, je me méfie d’eux. Et j’aime écouter les gens. Mais pour les écouter mieux, je parle, ainsi ils ne sentent pas écoutés comme en un interrogatoire, et ils parlent à leur tour. C’est une grosse erreur, que l’on fait habituellement, d’imaginer que les bavards s’écoutent parler, à la différence des gens discrets qui observent leurs congénères. Rien n’est moins fondé. En réalité, parler et écouter procède de la même réalité. Je connais quelques bavards qui ont des choses très fines à dire sur leur entourage, on ne les arrête plus quand ils font l’éloge d’un ami ou d’une collègue, quand ils analysent un comportement ou une œuvre d’art. Je connais tout autant de gens discrets qui n’ont rien à dire de leur entourage, et ils ne disent rien parce qu’ils n’en pensent rien, et ils n’en pensent rien parce qu’ils s’en foutent.

On imagine souvent que les gens discrets, voire timides, cachent une belle âme, une belle personnalité. C’est oublier que beaucoup d’entre eux sont timides parce qu’ils sont empêtrés dans leur ego, qu’ils n’osent pas se montrer car ils sont obnubilés par leur propre image, qu’ils ont honte d’eux-mêmes, ce qui les empêche de s’ouvrir, de s’intéresser aux autres et de communiquer avec eux, alors que la personne expansive traduit dans son comportement un amour modéré pour sa personne, une acceptation bruyante de ses propres défauts, et un amour excessif du partage.

Par Guillaume
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Mercredi 6 décembre 2006

Dans cinquante ans, il y aura trois sortes d’habitants sur la planète, d’après le futurologue Jacques Attali. Il y aura les « hyper nomades », qui se déplaceront librement pour travailler (intellectuels, créateurs, financiers, hommes politiques), ils seront une centaine de millions (sur une population de 9 milliards d’habitants), ils auront une volupté de vie inégalée dans l’histoire.

Il y aura, tout en bas, les « infra nomades », nomades de misères, involontaires,  « trois, quatre ou cinq milliards de personne », prédit Attali. Ils iront de la campagne à la ville, d’une ville à une autre ville, d’un continent à l’autre dans l’objectif unique de survivre.

Enfin, au milieu, la classe moyenne, « par nature sédentaire », qui regardera les nomades de luxe en les enviant, ainsi que les nomades miséreux en tremblant de les rejoindre. Eux, ce sont les « nomades virtuels » qui se réfugieront dans le spectacle, jeux vidéo et divertissements pascaliens.

Et vous, vous vous voyez où dans cinquante ans ? Et moi donc, si je vis encore ? Serai-je devenu un grand financier, comme je le rêve parfois, portant panama et costume blanc ? Pourra-t-on encore promouvoir et enseigner la sagesse précaire ?

Par Guillaume
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Lundi 18 décembre 2006

J’ai fait la découverte d’un blog extraordinaire. Un Français, installé à Shanghai actuellement, mais qui vit en Asie depuis longtemps, parle de la France. D’ailleurs son blog s’intitule : « La France vue d’ailleurs ». Voici son adresse : http://delpy.blog.lemonde.fr

En le lisant, on se frotte les yeux. Un homme a fait l’effort de quitter son pays, dont il critique abondamment le conservatisme, le socialisme, l’archaïsme, et il n’a rien d’autre à observer que ce pays abandonné et son actualité quotidienne.

Du reste, on se demande ce que l’ « ailleurs » vient faire là-dedans. On s’attendrait à une perspective intéressante, un point de vue éloigné de notre pays, donc nouveau, provocateur, stimulant. Or, les billets ressassent inlassablement les poncifs de la droite libérale que l’on peut lire dans le Figaro, et que l’on peut entendre chez tous les gens de droite, à tous les déjeuners de toutes les familles de droite : la France est un pays de fonctionnaires, les communistes ont du sang sur les mains, les impôts sont trop élevés, les Français travaillent trop peu, moi je travaille 70 heures par semaine, etc.

Je vous recommande quand même le billet du 15 décembre sur la décision de Johnny de quitter la France, c’est un grand moment d’humour involontaire. L’homme d’affaire, emporté par une bouffée d’émotion, se lance dans une déclaration d’amour contrarié à la France qui atteint un sommet de poésie rock’n’roll – peut-être inspiré de Johnny lui-même. L’auteur est mon double inversé : moi j’essaie d’être drôle et je ne fais rire personne, lui cherche à être sérieux et il est vraiment impayable.

Voilà une preuve, s’il en fallait une, de l’inutilité absolue de quitter son chez soi. Je le dis en connaissance de cause, le voyage n’apporte aucun savoir, aucune ouverture d’esprit. Les voyageurs n’ont rien d’intrinsèquement intéressant. Ne nous laissons jamais impressionner pas un voyageur, un explorateur ou un expatrié, c’est la leçon que j’en retire.

 

 

 

Par Guillaume
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Mercredi 20 décembre 2006

Shanghai, nous le savons, est cosmopolite. Les étrangers y sont légions, ils viennent faire fortune depuis qu’ils ont façonné la ville à leur image.

Les expatriés français sont très nombreux, et ils ont marqué l’histoire de Shanghai, mais je m’inquiète de la nouvelle génération, ici présente. Ils viennent tenter l’aventure, mais on ressent chez les plus riches d’entre eux une volonté farouche de se soustraire au fisc. Tout en eux dit : « j’aime mon pays, j’ai profité de son système éducatif et de ses bons vins, mais maintenant je m’enrichis loin d’elle parce qu’elle me prendrait trop d’argent. » Je vous laisse juge de ce que cela comporte de noblesse d’âme.

Et puis il y a cette indifférence absolue à la Chine. Etre en Chine pour faire du business et rien que du business, n’est-ce pas un fourvoiement ? S’ils s’intéressaient aux sages chinois, ils apprendraient à se détacher de leur passion pour l’argent. Ceux qui se plaignent de payer trop d’impôts (je parle des gens richissimes, pas des artisans ou des patrons de PME), ont un problème de représentation : ils croient que cet argent est à eux. Ils croient légitime de posséder une fortune et en viennent à confondre leur argent et eux-mêmes. Alors payer des impôts revient à se faire voler, pensent-ils. S’ils s’intéressaient à la Chine éternelle, ils sauraient combien cet argent n’est pas le leur, combien il n’est fait que pour passer, ils auraient une meilleure conscience de l’impermanence des choses et seraient consolés à jamais de devoir reverser soixante pourcent de leurs revenus à la communauté. En revanche, ils commenceraient peut-être à s’attrister du sort des gens plus pauvres qu’eux, et ce n’est pas sûr que cela les rende plus sereins.

Par Guillaume
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Jeudi 11 janvier 2007

« J’ai trouvé deux femmes nordiques pour toi. »

C’était une belle entrée en matière. Mon ami pose sur la table du café une carte de visite. Le nom qui y figure est imprononçable mais mon ami m’assure que la fille est jolie. Elle parlait avec une copine, il les a abordées, leur a parlé de moi, Dieu sait pourquoi, et a obtenu de l’une d’elles une carte de visite qui m’était destinée. Il ne me reste plus qu’à prendre langue avec la Finlandaise en lui envoyant un email.

Cela me changera les idées, en effet. J’écris à la belle et nous fixons un rendez-vous.

Le jour du rendez-vous, je vois arriver une grande blonde balancée comme une Chrysler, aux longues jambes éloquentes, mais dont le visage est froid comme la pierre. Cette froideur n’a rien à voir avec le fait qu’elle est scandinave. J’ai connu des Scandinaves chaleureux, et même affables. Elle travaille dans la même université que moi, elle dirige le « Centre scandinave ». Elle m’explique un peu longuement de quoi il est question, et je me trouve l’air de plus en plus stupide face à cette femme plus jeune que moi qui a déjà tout compris des relations de coopérations universitaires entre la Chine et les pays européens.

Je m’aperçois incidemment que la France a certainement du retard dans ce domaine, comme dans la plupart des domaines. Je ne suis pas au centre des prises de décision, mais tout porte à croire que la France passe par de lourdes procédures, et ne fait rien sans l’appui où l’instigation de la machine diplomatique, tandis que les (petits) pays d’Europe du nord ouvrent des centres dans des mouchoirs de poche, communiquent en anglais sans chercher à promouvoir leur culture et leur langue, emploient des gamines de vingt-trois ans pour diriger les opérations et signent tout un tas de projets concrets qui se réalisent dans des délais très courts, sans que personne ne le sache.

Nous, nous organisons les « années croisées », l’année de la France en Chine, etc. qui n’apportent presque rien, mais qui font couler de l’encre. Eux n’utilisent plus une goutte d’encre, se faufilent dans tous les interstices des institutions chinoises et je suis sûr qu’ils attirent plus d’étudiants « d’élites » que nous.

Mais nous, que voulez-vous, nous avons encore ce côté Louis XIV, nous voudrions bien éblouir. Nous nous imaginons éblouissants, ce qui nous rend risibles, bien sûr, mais ce qui attendrit les âmes nobles. Communiquer en anglais, nous le faisons du bout des lèvres avec un fort accent. Nous sommes une nation de rois nus, un vieux peuple baroque qui prend la pose, et qui dépense sans compter pour des résultats piteux. Si nous devenons un jour un pays sous-développé, ce qu’à Dieu ne plaise, nous laisserons un souvenir contrasté, dont le bon côté sera un attachement à des valeurs perçues comme vieillottes mais qui feront rêver les Chinois dans un siècle : l’élégance et l’égalité, le plaisir, l’inutilité et la diversité politique.

Je pensais à toutes ces choses en écoutant ma Finlandaise, et je me disais : « Ce n’est pas avec ça qu’on tirera notre épingle du jeu. »

Par Guillaume
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Samedi 24 février 2007

On me demande : quelle est la différence entre la sagesse précaire et la sagesse bouddhiste, ou la sagesse épicurienne, stoïcienne, cynique ? Je réponds : aucune, fondamentalement, puisque toutes les sagesses se ressemblent sur leur objectif central, qui est : comment vivre heureux dans un environnement qui a tout l’air d’être opposé au bonheur ? La solution, tout le monde la connaît depuis toujours, vivre dans le peu, se contenter de peu, désirer peu. Toutes les écoles de tous les pays recommanderont la modération. Aucune sagesse n’a jamais vraiment proposé autre chose. Toute la différence tient dans la manière de présenter le programme, de lui donner du sens et de l’émotion. La différence entre les sagesses, c’est la poésie. 

Par Guillaume
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Mercredi 4 avril 2007

Toujours la même question : pourquoi n’y a-t-il pas davantage de couples mixtes, en Chine, composés d’un homme chinois et d’une femme occidentale ? Mademoiselle Zhao croit être très futée en me rétorquant : « Voyons un peu, de quelle réputation jouissent nos hommes ? Un homme chinois, partout dans le monde, est vu comme petit et faible. » Mais ce n’est pas le monde qui les voit ainsi, c’est elle, c’est Mlle Zhao, qui se croit plus proche des Occidentaux en prenant de haut ses compatriotes.

Il n’y a aucune raison pour que les images ne changent pas, et d’ailleurs les images sont faites pour cela, pour qu’on en fasse ce que l’on veut. Alors je lui raconte un autre type de Chinois. Un homme qui a la force physique d’un maître de kung fu, le self contrôle d’un praticien de taichi, la délicatesse d’un calligraphe, la sagesse d’un taoïste et le savoir-faire sexuel d’un Tong Hsuan. Une Française ne pourrait pas être indifférente devant un tel homme, bien fait de sa personne, et par ailleurs plein d’égards et connaissant tout un tas d’histoires belges pour les dîners en famille.

Mlle Zhao fait la moue. Les femmes occidentales sont-elles seulement au courant que toutes ces choses existent en Chine ? Naturellement, et j’en connais (certaines ont témoigné sur mon blog précédent) qui fantasment dur sur les Chinois et les Asiatiques en général. Le problème, ou l’un des problèmes, c’est qu’ils ont un mal de chien à se rencontrer. Alors je lance un appel (mais qu’est-ce qui me prend, de lancer des appels ?) : amis chinois, draguez un peu ces Blanches qui n’attendent que ça (n’oubliez pas les histoires belges, s’il faut briser la glace), et vous, femmes qui vous plaignez de ce que sont devenus les hommes, laissez-vous séduire par ces hommes nouveaux, sans barbe et vieux d’une civilisation fondamentalement sensuelle.

 

Par Guillaume
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Lundi 9 avril 2007

Je m’empresse de le dire avant que vous ne le pensiez. Je suis un bien mauvais citoyen, en vérité, car je ne voterai pas pour les prochaines élections présidentielles. Pour la première fois depuis que j’ai l’âge de voter, je vais manquer une élection nationale. Je m’y suis pris trop tard, j’ai oublié de m’inscrire sur les listes électorales de mon consulat, et je ne connais personne, vous entendez bien, personne qui soit inscrit dans le même bureau de vote que moi. Aucun de mes amis qui habitent dans cette capitale européenne où j’habitais jadis n’est en mesure de voter à ma place, soit parce qu’ils sont étrangers, soit parce qu’ils sont inscrits en France.

Aujourd’hui, c’était le dernier jour pour faire une procuration, et à l’heure qu’il est, ce lundi, le consulat de Shanghai vient de fermer ses portes. C’est définitif, je n’apporterai pas ma voix. Je m’en remets à vous, entièrement, je vous fais confiance, mais attention ! Ne votez pas pour qui vous savez.

J’en suis marri, fort marri, surtout ici où le droit de vote n’existe pas.

Sur les blogs d’expatriés, il est de bon ton de critiquer vertement la France. On se croit super malin de l’avoir quittée et on prend son système social pour une préhistorique machine à gaz. Il arrive aussi aux expatriés, en Chine, de critiquer la démocratie française. On parle de la corruption qui y existe en disant : « Voyez ! C’est pas mieux chez nous. » Ce n’est mieux, la démocratie, même si elle est très perfectible ? Les Français préféreraient-ils un régime à parti unique et avoir autant de droits réels que les Chinois ? De mon côté, j’ai toujours respecté les élections. Même adolescent et rebelle, je trouvais qu’il y avait quelque chose d’assez extraordinaire de donner à tous le droit d’élire les dirigeants. Mais maintenant que je vis en Chine, je chéris ce régime politique plus encore. Plus que d’élire, je m’aperçois combien les élections sont utiles pour sanctionner, voire se débarrasser de politiciens désastreux, si besoin est.

Je vois la difficulté qui existe à concevoir, ne serait-ce que concevoir, l’éventualité d’une démocratie. Même les intellectuels chinois la conçoivent avec peine. Certains prétendent que ce n’est qu’une question de tradition. « Ce n’est pas dans notre tradition », m’a dit un jour un ami. Et nous, c’est dans notre tradition ? « Oui, vous, vous avez l’influence des Grecs. » Ils ont réponse à tout, tellement l’idée seule de donner une voix aux Chinois est aujourd’hui impensable pour nombre d’entre eux. Je vois aussi combien il serait facile, si une démocratie « à la russe » se mettait en place, de la rendre inopérante, en contrôlant la justice et les médias. Je m’aperçois combien le simple fait de jouir d’une presse à peu près libre, d’une justice plus ou moins indépendante, de plusieurs partis qui s’affrontent et débattent, et lâchent le pouvoir quand le peuple le décide, est une chose rare, fragile et précieuse. Il faut lire l’article de Cai Chongguo, ému par le discours d’adieu de Jacques Chirac. Quitter le pouvoir, vous vous rendez compte ? Le laisser à d’autres, à des adversaires même, quelle belle utopie.

Cela étant dit, je dois avouer que si j’avais pu, j’aurais voté pour le seul plaisir d’accomplir mon devoir de citoyen, car les candidats dont j’entends parler me désolent. Je lis, je me renseigne, et je me demande : qu’est-ce qui s’est passé pour que les Français aient le choix entre une dame sans idée et un monsieur excité, arrogant et dangereux ? Avec deux « troisième homme » en embuscade qui sont soit ennuyeux soit indigne. J’écrivais récemment que les Chinois n’avaient pas les gouvernants qu’ils méritaient, mais nous, méritons-nous cela ?

Oui, sans doute, dans une démocratie, nous sommes responsables du niveau de nos dirigeants. Nous le méritons, parce que nous ne prenons pas la politique assez au sérieux et que nous la laissons aux mains de ceux qui sont prêts à y penser tout le temps pour leur seule gloire.

Bon, ne mettons pas la barre trop haut. Le successeur de Chirac ne pourra pas être beaucoup plus malhonnête. Et s’il respecte le droit de vote, s’il n’égratigne pas trop les libertés fondamentales, ce ne sera pas trop mal. Aux armes, citoyens.

Par Guillaume
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