Vendredi 18 juillet 2008
Je connais des intellectuels qui sont tellement libéraux, par nature, qu'ils ne peuvent se résoudre d'accepter leur pays tel qu'il est.
En même temps, ils ne peuvent pas rejeter quoi que ce soit de la Chine, au risque de passer pour de mauvais patriotes, alors ils ont trouvé une parade : ils parlent de la Chine comme d'un pays libéral.
Ils disent que les Chinois sont tolérants, que le gouvernement a des "problèmes" (mais "tous les gouvernements ont des problèmes") mais qu'il fait tout pour réduire la présence de l'Etat. Que la Chine a un rapport apaisé avec les étrangers, que ce que recherchent les Chinois partout où ils vont, c'est la libre entreprise, la juste rétribution de leurs efforts pour s'enrichir.
Leur idéal est que les gens étudient ce qu'ils veulent, en fonction de leur inclination, et qu'il ne faut pas s'empresser de juger le choix de chacun. Ils préfèrent ne pas voir qu'il en est tout autrement chez eux.
Ils disent que la presse est relativement privée de liberté, mais que tout est relatif et que de toute façon, la presse étrangère est elle aussi un instrument de propagande. La presse doit donc se rendre indépendante dans l'ensemble du monde.
S'ils reconnaissaient brutalement combien la réalité est éloignée de leur nature libérale, ils seraient obligés de contrarier l'un des deux piliers de leur identité, la patrie autoritaire ou leur douceur subjective.

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Dimanche 15 juin 2008

L'histoire est simple, troublante et scandaleuse, et elle montre le chemin à parcourir pour que la Chine devienne normale.
Après avoir sélectionné quelques CV pour remplir un poste d'enseignant dans mon université, nous procédons à des entretiens téléphoniques. Nous commençons par celle qui a le meilleure profil : qualifications, expériences, compétences, âge, elle représente la personne idéale pour ce poste. 
Soudain, une collègue chinoise pousse un cri : la postulante a commis l'irréparable ; elle a fait un stage de deux mois, il y a six ans, chez "Reporters sans frontières", organisation qui est devenue l'incarnation du mal absolu chez nos amis Chinois.
Nos amis Chinois ne voudront rien entendre, car la défense de leur patrie passe avant tout, même si n'importe quel discours peut passer pour la défense de la patrie. "C'est très grave, dit ma collègue, avoir travaillé avec cette organisme est impardonnable." Mais on pardonne quand il y a faute, me permets-je, ici, nous avons une femme qui, lorsqu'elle était étudiante, a fait un stage dans une association légale, autorisée... Rien n'y fera, la jeune femme a beau être motivée, parfaite pour le job, faire preuve de diplomatie, n'avoir aucune intention négative envers la Chine, elle est devenue indésirable. Elle est devenue coupable, co-responsable des manifestations pro-tibétaines à Paris et ailleurs. Une collègue refusera même de lui parler au téléphone et dira bien fort qu'il faut raccrocher. 
Deux choses émanent de cette discussion. Premièrement, un homme est sali par des actions passées, pas seulement par des actions, mais par des contacts, des connaissances, etc. Et il est sali irrémédiablement. Deuxièmement, l'impureté d'une chose actuelle est rétroactive et corrompt tout ce qui a eu un lien avec cette chose dans le passé le plus lointain.   
De quelle vision de l'homme avons-nous affaire ici ? Y a-t-il quelque chose comme un humanisme chinois ? Et quelle est le rapport au temps que cela enveloppe ?
C'est un retour brutal vers les réflexes de la Révolution culturelle, où tout pouvait vous accuser.
C'est la limite de ce qu'on peut accepter, dans quelque pays que ce soit, sans se sentir le coeur au bord des lèvres.
C'est le signe que la recherche de la vérité ne vaut rien en Chine, devant toute posture patriotique. Il suffit de s'avancer, de bomber le torse, de déclamer d'une voix forte des paroles fausses, calomnieuses, injustes, stupides, mais clairement patriotiques, et vous marquez des points.

C'est un signe des temps, de la nervosité, de la fermeture, de l'émotivité du temps présent, et que je ressens depuis le mois de mars.

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Vendredi 13 juin 2008

Il y a bientôt trois ans que je blogue en Chine et sur  la Chine, puisque j'ai commencé Nankin en douce le 26 juin 2005.
Je ne me suis jamais interdit de critiquer, ou de dénoncer des choses que je croyais choquantes, ou injustes.
Or je n'ai jamais été inquiété par qui que ce soit. J'occupe pourtant un poste sensible puisque j'enseigne à des jeunes gens qui ne doivent pas être corrompus, et qui sont très encadrés par le Parti.
Il faut le reconnaître, j'ai bénéficié d'une liberté de parole totale.
On m'a recommandé de la prudence, naturellement, maître-mot des relations sociales. Mais la prudence, dans le sens chinois, cela revient trop souvent à se taire pour éviter les ennuis.
Par prudence, on ne dit rien des prisonniers politiques (je veux dire les innocents chinois qui souffrent de l'injustice commise par les autorité chinoises.)
Par prudence, on se prétend l'ami de la Chine, et par là, on ferme les yeux sur les Chinois qui souffrent.
Par prudence, on ne fait pas la part des choses et on accepte de confondre les notions de Chine, de nation chinoise, d'individus chinois, de culture chinoise et de parti communiste chinois.
Par prudence, on fait semblant d'admettre que tous les régimes politiques se valent, que la démocratie n'est pas mieux que le parti unique ; que les Chinois n'ont pas besoin d'autre chose, pas besoin d'élire leurs dirigeants ; que la presse fançaise est aussi peu libre que la presse chinoise ; par prudence on fait donc le jeu de ceux qui ne veulent rien faire évoluer en Chine sous prétexte que tout va mal chez les étrangers.
Par prudence, on prétend que les Chinois ne souffrent pas, que rien ne s'est passé en 1989, sur la place Tienanmen, qu'au Tibet la violence vient des seuls Tibétains, que la Chine n'a jamais fait de mal à aucun peuple.¨
Par prudence, on prétend être l'ami de la Chine alors qu'en réalité, on fait son beurre en profitant de ce que des centaines de millions de Chinois sont exploités pour baisser les coûts de la main d'oeuvre.

Je sais que la plupart des Chinois francophones n'aiment pas lire des choses écrites de cette manière. Je sais que la plupart d'entre eux pensent que je suis hostile à la Chine, et c'est pour cela que je dois dire haut et fort qu'on m'a toujours laissé dire ce que je voulais, sans pression. On ne m'a jamais insulté, jamais fait de reproches, jamais menacé. 

Je sais que cette tolérance vient de ce que je suis un étranger, et qu'un Chinois ne pourrait pas se permettre d'écrire ces mots-là. Mais qu'il y ait une tolérance vis-à-vis des étrangers, c'est déjà un signe - temporaire, fragile - d'une certaine libéralisation des moeurs sociales.
Et puis j'espère que mes amis chinois, avec le temps, comprendront cette réalité : comme je parle librement, je dis vraiment ce que je pense, sans hypocrisie, si bien que lorsque je dis que j'aime la Chine, ce n'est pas de la diplomatie, mais la vérité de mon sentiment. Et lorsque je critique, ce n'est pas contre la Chine, mais en faveur de la haute idée que je me fais des Chinois.

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Jeudi 22 mai 2008

Comment les Chinois perçoivent-ils l'aide des pays étrangers pour la gestion de la catastrophe actuelle ?
J'avoue ma naïveté : je ne m'attendais pas à ce qu'elle fasse l'objet de suspicion, de gêne ou de rejet. J'ai donc été surpris d'entendre que si Pékin a finalement accepté cette aide, c'était pour des raisons diplomatiques, pour ne pas mécontenter les étrangers.
Ce que j'ai entendu n'aurait peut-être pas dû m'étonner, c'est la marque d'une population qui n'a pas l'habitude de vivre dans une communauté internationale. "La Chine n'en a pas besoin ; nous avons assez de bras, assez de technologie et assez d'argent pour faire face à ce malheur."
Un virulent agacement agitait mes amis, qui voyaient chez les Français un air de grands seigneurs qui voudraient qu'on s'agenouille parce qu'ils envoient un petit chèque et quelques couvertures. L'idée que chez nous, à l'Ouest, lorsque nous connaissons une catastrophe naturelle, tous les pays voisins se mobilisent et offrent une aide que l'on ne refuse jamais, ne les avait pas effleurés.
Tout devenant un enjeu nationaliste, ils ont peur d'être pris pour des imbéciles, même et encore dans le plus grand trouble. Les Japonais risquent de se moquer d'eux, les Français veulent faire oublier leur maladresse, les Américains vont chercher à obtenir des informations, et, pire que tout, phobie des phobies, la présence d'étrangers va produire du chaos. Les étrangers n'ont donc aucune pitié ?
La sentimentalité des Chinois est rudement mise à l'épreuve. Il ne faut pas leur en vouloir, ils sont à cran, il y a trop de choses à digérer en même temps, trop de changements trop rapides et trop bouleversants. Un monde nouveau à comprendre, et, avant de le comprendre, à construire, et à reconstruire.
Là-dessus, la lecture d'articles de presse qui font planer un doute et un calcul sur la gestion des événements par le régime, l'impression constante qu'on les méprise, la comparaison que l'on fait avec la Birmanie, leur donnent envie de dire : "Reprenez-les, vos couvertures, on s'en sortira sans vous."
Mais nos conversations restent courtoises, elles ne débordent pas, nous continuons de nous apprendre des choses les uns aux autres, dans un climat de respect et d'affection, et c'est le plus important.

par Guillaume publié dans : idées
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Mercredi 21 mai 2008

Cette année, c’est la poisse. Le tremblement de terre est tragiquement symbolique de l’histoire contemporaine du pays. Confrontée à tous les désagréments de ce début d’année, la population s’énervait mais ne faiblissait pas. Le tremblement de terre accable. On regarde maintenant la liste des malheurs et on se dit que c’est une malédiction qui s’est abattue sur la Chine. Les neiges de cet hiver, les accidents de train, les événements du Tibet, les manifestations sur le parcours de la flamme olympique, toutes ces choses énervaient et on avait peur que cela gâche la fête des Jeux Olympiques, mais rétrospectivement, elles prennent la forme plus générale d’un sort jeté sur le pays.

Certains devins prédisent que les J.O. n’auront même pas lieu.

Mon amie ne veut plus aller à Xian le week-end prochain, elle dit que la région serait aussi victime d’un tremblement de terre. Il faut dire qu’elle est nulle en géographie, et qu’elle peut imaginer Xian à 300 km de Chengdu (il y a deux ans, elle voyait l’Amérique et l’Australie en Europe, et le tout s’appelait selon elle : « Ouest ».) Mais cette nullité géographique la rend plus proche de la masse des Chinois qui vivent leur pays comme un lieu aussi intime que nous voyons le nôtre. Ils savent que c’est grand mais sans mesure exacte. Mon amie voit aujourd’hui l’ensemble du territoire chinois comme fébrile, fragilisé, dans l’attente d’un nouveau malheur.

Ce n’est d’ailleurs pas irrationnel : les conséquences à venir sont innombrables, les médias ne parlent que de cela et les images des décombres envahissent les écrans et les journaux. On attend les épidémies qui, paraît-il, suivent les catastrophes naturelles. On s’attend à de nouvelles mauvaises nouvelles.  

On attend, on donne de l’argent, on attend, et on préfère, dans la mesure du possible, ne pas voyager.

par Guillaume publié dans : idées
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Dimanche 18 mai 2008
Photos : Cécilia de Varine ©

Dire des phrases vides de sens, c'est aussi ce qu'on faisait à l'époque du règne de Mao. Si l'on en croit les témoignages de l'époque, la moindre phrase politique pouvait vous créer des ennuis, alors on se limitait à réciter le petit livre rouge. Aujourd'hui, je ressens des réactions de cet ordre, en particulier dans le contexte d'une université d'autant plus contrôlée qu'elle est prestigieuse, et qu'elle fournira nombre des membres de l'élite à venir.
Une amie à qui je faisais part de cette hypothèse concernant l'époque maoïste, l'a reçue avec froideur et doute. Puis elle a parlé de sa famille, sans une parole de jugement : grand père emprisonné pour avoir aidé un membre du Guomintang ; père considéré de "mauvaise origine" et interdit d'université, et elle, enfin, préférant ne pas parler politique car "cela n'apporte pas de bien".
Mais le vide des phrases, cela rejoint aussi le vide au centre du sage, la vision du corps et de l'être qui tournent autour d'un espace de non être, nécessaire pour laisser passer le souffle.
C'est le vide au centre du bambou, plante de sagesse et de vitesse.
C'est le vide au centre de la tour Jin Mao, qui donne le vertige et la grâce. Un vide qui abolit la notion de haut et de bas, d'ordre spatial.

L'apparence extérieure peut être, on le voit, extrêmement puissante, ferme, confiante, conquérante, dominatrice, expansionniste, compétitive. Cela ne doit pas faire oublier le centre évidé, le centre silencieux, le centre inaccessible à la raison et à la parole.
par Guillaume publié dans : idées
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Dimanche 4 mai 2008

Parlons encore des femmes chinoises, puisqu'il n'y a que cela qui vous intéresse, à juste titre.
La première est en France, la deuxième en Chine.
Lire le
blog de Tong, est un baume sur le coeur de tout Français vivant en Chine. Enfin une Chinoise qui fait l'effort de comprendre comment on pense ailleurs. Qui écrit en deux langues ses réflexions sur l'actualité et les différences culturelles entre la Chine et la France. C'est un baume, une musique délicieuse pour moi car, si souvent, ce que j'entends de la part des Chinois consiste à une boursouflure des grandes qualités présumées des Chinois - nous sommes modestes, nous sommes hospitaliers, nous sommes respectueux, nous sommes traditionnels, nous sommes travailleurs - par opposition desquelles les Occidentaux sont définis - vous êtes fiers, vous êtes individualistes, vous êtes violents, vous êtes décadents, vous n'aimez pas travailler.
Ces temps-ci, un Chinois qui oserait avancer d'autres arguments seraient lynchés. Nous assistons à des scènes, dans la vie réelle, et surtout sur internet, où des jeunes nationalistes tombent à bras raccourcis sur une fille ou un garçon qui a osé appeler au dialogue, ou qui défend une manière de penser un peu tolérante.  
Tong, dont j'ai déjà parlé dans un billet précédent, et dont je reproduis la photo tirée de son blog (sans lui avoir démandé l'autorisation, et, Tong, je l'enlève si tu le désires), se permet, avec force et douceur, de réfléchir.


Elle s'interroge sur l'unanimité d'opinions des Chinois et sur l'image que cela peut produire, vu de l'extérieur. Elle ne milite pas, ne cherche pas à influencer qui que ce soit, mais son attitude intellectuelle est un motif d'espoir. Pour l'instant, elle a réussi à ne pas se faire incendier par des hordes de nationalistes. Espérons qu'elle passe entre les gouttes des paroles ordurières qui se déversent sur internet.
Un motif d'espoir car nous avons besoin d'individus qui comprennent les autres, sans juger.
Je connais, à Shanghai, une autre femme qui possède de nombreuses qualités intellectuelles très utiles pour l'avenir de l'université chinoise : curiosité, sens du dialogue et de la rencontre, intelligence, volonté de comprendre, sens de la recherche, capacité de traduction, ouverture d'esprit, volonté d'élargir ses connaissances, capacité d'adaptation hors du commun. Je n'appelle pas cela des qualités occidentales, ni françaises, mais des qualités humaines, parmi d'autres, que des Chinois, des Français, des Inuits ou des Africains peuvent posséder tout aussi bien.
Il me semblait que son exemple allait inspirer ses concitoyens, au moins leur donner des idées, des pistes à suivre. Or, plutôt que de considérer cette femme comme un modèle à suivre, je sens qu'au contraire ses jeunes compatriotes la considèrent avec suspicion. Une méfiance polie la tient à distance, et il ne vient à l'idée de personne de lire le livre qu'elle a publié l'an dernier, ni de se rapprocher d'elle ou de mettre à profit ses qualités et son aura auprès de nombreux Français.
De mon côté, je cesse de parler d'elle car je vois maintenant des regards ironiques quand je le fais et que cela devient contre-productif : ce n'est pas moi qui vais faire avancer sa cause, un étranger ne peut que maculer d'impureté l'image qu'il cherche à promouvoir.
Malgré tout, nos communautés ont besoin d'individus à l'avant-garde, qui soient capables d'aller vers les autres, au point de s'imprégner de leur culture, pour ensuite l'expliciter par des gestes, des façons d'être, des paroles, au risque de paraître altéré aux yeux des plus réactionnaires. Les femmes, c'est ici une hypothèse, ne seraient-elles pas souvent plus aptes que les hommes à aller voir, en éclaireuses, sur les terrains des autres, à surfer sur les lignes des autres ?

 

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Vendredi 2 mai 2008
Photos Cécilia de Varines ©

Les cadrages se réduisent parfois à une rigueur de lignes extrême. Une rectitude implacable qui en impose considérablement au voyageur. Le jardin Yu, qui se caractérise par ses volutes, ses nuages de pierres, sa matière dilatée, ses conflits dynamiques entre architecture et éléments naturels, le foisonnant jardin Yu devient par moment austère, sévère, à la limite de l'abstraction japonaise, et proche de l'esprit de l'architecture moderniste.
Cet arbre droit, derrière la fenêtre, repose l'esprit du voyageur qui a été confronté depuis deux heures aux formes tortueuses, aux mouvements des poissons, aux rêveries curvilignes. Mur blanc sur mur blanc, la composition redonne confiance dans l'immobilité des choses. Seul le bambou rompt discrètement avec la stricte alternance entre verticalité et horizontalité, et raffraîchit le moment de silence et de méditation monacale auquel ce lieu invite. 



Il n'y a pas que les ouvertures qui sont variées et changeantes, il y a aussi ce que l'oeil regarde au loin. L'aménagement de zones d'ombre près de soi et de zones lointaines éclairées, attirant l'oeil. Les fenêtres et les portes permettent donc de redoubler la circulation du promeneur, en ajoutant le réseau des lignes de vision aux courbes labyrinthiques de la marche.



Il arrive que le voyageur confonde ces fenêtres avec des miroirs. La répétition  des motifs architecturaux, des grilles ornementales, des toits, aident à cette confusion. D'ailleurs, elles sont un peu des miroirs, puisqu'elles donnent toujours à voir l'intérieur du jardin ; les fenêtres d'un jardin chinois est un lieu d'où le jardin se contemple lui-même, par où la concubine voit une autre concubine. Pour le maître des lieux, en revanche, nul besoin de réflexion puisque l'oeil n'a aucune échappée vers l'extérieur.  


Le maître jardinier connaît l'art des distances. Grâce à des portes, des zigzags et des éclairages variés, il fabrique des machines de vision qui démultiplient les capacités de l'oeil nu. Choses lointaines cadrées par des fenêtres proches, ou cadres lointains mettant en valeur la concubine qui, là-bas, ne se doute pas que deux yeux noirs la regardent.   

par Guillaume publié dans : idées
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Mercredi 16 avril 2008

Je soutiens la campagne de « presse » et je hurle avec les loups : il y en a marre de ces Français qui donnent des leçons à tout le monde avec leurs droits de l’homme dont on ne sait même pas ce qu’ils veulent dire.

Boycottons leurs produits, cela ne leur fera pas de mal. Quand un milliard de Chinois arrêteront d’acheter leur eau à 10yuans la bouteille, ils feront moins les malins. Même chose pour Cartier, Dior et tutti quanti. Je suggère que nos amis chinois qui voulaient faire un cadeau à leur femme se fournissent chez un bijoutier local et un couturier respectueux de l’empire du milieu.

Nous ne devons pas nous arrêter là. Ne plus faire ses courses chez Carrefour, d’accord, mais cela signifie qu’il faut prendre le métro pour aller chez Wall Mart, c’est-à-dire le géant américain, ce qui ne fait pas tellement nos affaires, alors bon, moins de Carrefour quand même, pour leur montrer, à ses romantiques fumeux qui gagnent des millions sur notre dos, mais surtout, arrêtons de manger leurs fromages qui puent, leur vin à 200 yuans la bouteille, leur foie gras dont on n’apprécie même pas le goût. Mais attendez une seconde, qui consomme ces produits, en Chine ?

Ce n’est pas le moment de réfléchir. Réfléchir nous empêche de boycotter.

Arrêtons de prendre leurs avions, arrêtons de consommer l’électricité produite par leurs centrales nucléaires. J’irai même plus loin, et ça, ça les ennuiera profondément : comme les portes des métros sont produites par une entreprise française, boycottons le métro !

Signé : nous, la société civile, qui ne nous laissons pas marcher sur les pieds.

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Mercredi 9 avril 2008

Avec l'intervention du sénateur Jean-Luc Mélanchon, anti Dalai Lama et pro-chinoise, je crois qu'on démontre avec éclat que chacun a le droit de s'exprimer dans un système de presse indépendant.

Il est difficile de défendre les médias officiels chinois pour une raison simple : ils ne font pas ce qu'ils veulent. Les informations qu'ils donnent peuvent être vraies, c'est une possibilité. Mais on ne peut pas se fier à eux car personne ne peut, à l'intérieur de ce système, dénoncer des erreurs éventuelles ou des contre-vérités s'il y en a.
Or, à l'occasion des événements lors de la cérémonie de la flamme olympique, Dieu sait que des Français se sont exprimés pour rejeter les manifestations qu'ils jugent anti-chinoises.
Mélanchon ne dit pas que des bêtises, sur son
blog, je suis assez d'accord pour reprocher à l'idéologie ambiante de cacher une sourde tendance au racisme anti-chinois. Mais je crois qu'il est dommage qu'il présente les faits historiques avec tant de négligence, tant d'ignorance et d'agressivité anti-tibétaine. Son argumentation est brouillonne ; il confond la situation du Tibet avant l'invasion chinoise et la figure actuelle du Dalai Lama, comme si ce dernier avait pour projet de rétablir le servage.  
C'est certainement contre productif, mais cela relance le débat. Le débat a le mérite d'exister même si les termes sont mal posés, et si cela pouvait contribuer à ce que l'on se penche un peu sérieusement sur l'histoire de la Chine, alors tout ne serait pas perdu.

par Guillaume publié dans : idées
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