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Samedi 18 novembre 2006

Autour de l’université, des établissements font des cafés si chers qu’on est sûrs d’y trouver beaucoup d’étrangers. Le Café Tibet est plein de couleurs, d’une décoration « ethnique » et on y passe de longues heures dans des canapés, à lire ou à discuter.

Une population intéressante y traîne, celle des Chinois d’outre-mer qui viennent passer un an à Fudan pour apprendre le chinois. Ils parlent anglais avec, parfois, un accent américain qu’on dirait surjoué, affecté.

Un couple de jeunes Asiatiques s’installent sur une table, munis de leur ordinateur. Ils parlent entre eux un étrange dialecte chinois. Ce n’est pas la langue qu’ils parlent, qui est étrange, c’est leur façon de la parler. Ils n’ont pas la gestuelle des Chinois. Ils parlent mandarins comme s’ils parlaient l’américain. Je devine au bout d’un moment qu’ils sont frères et sœurs et qu’ils se sont fixés comme règles de se parler chinois pour pratiquer. C’est un réflexe fréquent en Chine, de pratiquer une langue étrangère sans étranger, mais c’est la première fois que je vois des étrangers parler chinois sans Chinois. Dans quelle étrange Babel entrons-nous ?

Par Guillaume
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Dimanche 19 novembre 2006

J’avais envie de découvrir ce restaurant depuis quelques mois, déjà. Au septième étage d’un grand magasin, où je m’étais égaré, un restaurant où les serveuses sont habillées comme des courtisanes de la dynastie des Qing. J’y emmenais une amie, un soir, pour réciproquer, ou pour remercier de quelque service.

J’avais faim de canard laqué, pour être très précis. Il y a des jours où on se découvre des désirs puissants de steaks rouge sang, d’autres jours de choses sucrées, d’autres encore de ces fines lamelles de canard rose, à la graisse fondante et à la peau croustillante. Or, on ne vous le sert pas comme un plat ordinaire, dans ce restaurant. Un serveur apporte le canard sur une table roulante, et un boucher expert, muni d’un long couteau et de gants blancs, vous découpe la bête avec une dextérité fascinante. En quelques secondes, peut-être une minute, il rend le canard dodu à l’état de carcasse luisante sur le plat argenté. Le serveur ne met sur votre table que les tranchettes amoncelées sur une assiette.

Les amoureux de Zhuang Zi viendront dans ce restaurant ; c’est une belle illustration de la fable du boucher, celui qui, après être passé par plusieurs étapes de savoir-faire et d’abstractions, découpe un bœuf les yeux fermés dans un geste fulgurant et sans force, sans frein, sans contenu. Un geste pur et vide, qui se meut dans les interstices des os, sans contact avec la matière.

Mon canard avait le goût exquis des aliments légers, aériens, mon canard était en lévitation. Mon amie, venant du nord du pays, convint que la viande était excellente et plus légère qu’à Pékin. Elle m’apprit à la manger. Les morceaux se mettent dans de petites crêpes, accompagnées de légumes coupés en fils et trempés dans une sauce brune épaisse, puis la crêpe se roule. Mon amie parlait mais j’ai oublié de quoi, ma journée avait été chargée et je couvais quelque chose, tandis que mon boucher taoïste faisait étinceler son long couteau à quelques tables de moi.    

Par Guillaume
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Mardi 28 novembre 2006

Le Café Rouge, sur le Bund, au bord du fleuve Huangpu, c'est le bar dont tout le monde parle. Enfin un des bars dont les Occidentaux parlent, quand ils n'ont rien d'autre à se dire. Il pourrait coucourir au titre de plus beau bar de Shanghai, s'il existait un tel concours. Comme son nom l'indique, le lieu joue sur la couleur rouge décadent. Ces chaises, ne dirait-on pas qu'elles attendent des postérieurs expérimentés et des idées vénales ? Ce soir-là, il n'y en avait pas. Il y avait même très peu de monde, en début de soirée. J'invitai Flore à y boire un cocktail. Il fallut la convaincre car elle préférait faire des magasins, arguant que c'était les soldes, comme si c'était d'un poids quelconque pour moi. (Quand une femme veut faire des courses avec moi, c'est pour m'aider à trouver des fringues, pas l'inverse, ce qui montre sa gentillesse inusable et son abnégation. Flore m'avait permis d'acheter une pair de jeans noir très bon marché à Nankin. Elle faisait donc partie de mes consultantes fashion et design.) 

L'intérêt du bar réside surtout dans la vue qu'il offre, sur une terrasse construite, comme l'ensemble du bâtiment, au début du siècle - le vingtième siècle, évidemment, qui sait si le vingt-et-unième a seulement commencé ?

Tous les blaireaux s'y photographient, moi le premier, sauf que j'ai préféré photographier Flore et faire croire aux clients blasés du bar que je le faisais sous son impulsion.

Un vieux feu d'artifice pétait sur l'autre rive, pour fêter quoi, un dimanche soir plein de brume, Dieu seul le sait. On dira ce qu'on veut, et jouer les mecs cools, les bateaux éclairés de loupiotes qui traînent sur l'eau, on pourrait les regarder des heures : ils vous bercent l'intelligence, ils vous parlent de dessins animés et de mondes parallèles.

Plus tard, j'ai voulu faire poser Flore de manière lascive et provocante, sur une banquette rouge, un porte cigarette au bout des doigts, une rose entre les dents. Voilà ce que j'ai pu obtenir d'elle, cela vous donnera une idée de mes capacités de persuasion.

Par Guillaume
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Dimanche 7 janvier 2007

Après un déjeuner dans un restaurant de spécialités mandchoues, nous nous sommes dirigés vers la grande ville nouvelle de Shanghai, Pudong, qui commence à n’être plus vraiment nouvelle, depuis le temps qu’on la visite, qu’on lui offre des tours magnifiques, des landmarks de prestige et des promenades romantiques. Pudong, construite dans les années 80 sur des marécages, est devenu le symbole de Shanghai, au point qu’elle en éclipse la vieille identité coloniale du Bund et des concessions étrangères.

Direction Jin Mao, la troisième tour la plus haute du monde, dit-on. C’est surtout un lieu de grande beauté, qui se perd dans le ciel.

 

 

 

 

Plutôt que de prendre un ticket et de monter au dernier étage, nous sommes entrés dans l’hôtel Hyatt et avons profité de ses différents cafés, lieux de repos, restaurants, boutiques, salles de gym et salon de massages, disposés entre le rez-de-chaussée et le quatre-vingt-septième étage de la tour.

 

 

 

 

De l’extérieur comme à l’intérieur, les formes rappellent le passé « années folles » de Shanghai, en proposant de nombreux motifs qui allient courbes et angles. Une ambiance art déco soutenue par les lumières tamisées, et qui fait de cet hôtel l'écho disproportionné de l’hôtel de la paix, construit dans les années trente, de l’autre côté de la rivière Huang Pu. C'est d'ailleurs en le regardant depuis les cafés de la nouvelle tour, ce vieil hôtel de luxe, et en le distinguant à peine tellement il est petit et écrasé, qu'on se rend compte que la Jin Mao est vraiment haute.

 

 

 

On ne s’est pas laissé abattre. Nous avons réalisé un rêve d’enfant en nous offrant le buffet de desserts du cinquante-sixième étage. Pour 120 yuans, une peccadille, nous nous sommes empiffrés de tout ce que les cuisines sont capables de préparer en terme de choses sucrées, chocolatées, glacées. J’en eus la nausée. Heureusement que nous discutions de sujets très élevés, intellectuellement, cela nous faisait oublier notre avachissement régressif.

 

 

Par Guillaume
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Dimanche 21 janvier 2007

Cela fait quelques semaines que je m’offre des repas dans les restaurants les plus classes de Shanghai. Je serai bientôt en mesure de devenir critique gastronomique, un de mes rêves professionnels. Mais pour devenir critique gastronomique, il faut savoir écrire sur la bouffe. Alors voilà une tentative :

Un déjeuner chez Jean Georges

A très franchement parler, je n’avais pas très envie d’aller dans ce restaurant, réputé pour être le lieu des banquiers et des financiers qui parlent boulot après avoir traité de diverses affaires avec leurs homologues du monde entier. Puis j’y suis allé, car dans la vie on fait parfois l’inverse exact de ce qu’on a envie de faire.

J’avais une bonne amie que je voulais régaler, et à qui je désirais faire découvrir un bon côté de la culture française, pour contrecarrer les doutes qui l’assaillent souvent concernant son intérêt pour la langue de Molière.

La décoration est virile, les tables sans fioritures, rien de clinquant, une lumière tamisée, une ambiance feutrée où l’on peut se concentrer soit sur les questions financières de première importance dont on s’entretient avec son client, soit sur la bouffe et la bouffe seule. Ce n’est certes pas un lieu romantique et je ne recommande à personne d’y emmener sa belle amie, à moins qu’elle soit une femme raffinée du point de vue du palais, et qu’elle n’exige rien d’autre, de la part de son amoureux, le temps d’un repas, qu’il parle avec elle de ce qu’ils mangent.

Nous avons goûté, en tout et pour tout, à sept plats différents, suffisamment pour s’en faire une idée précise. Chez Jean George, le mélange des saveurs est érigé en règle. Le foie gras poêlé, le filet de bœuf, la darne de saumon, le fromage de chèvre et la chair de crabe y sont accompagnés de graines aux noms mystérieux et de sauces surprenantes, de petites choses au goût fruité et à l’odeur entêtante. Chaque bouchée provoque un sentiment complexe, comparable à la façon dont le philosophe allemand Emmanuel Kant qualifiait le jugement de goût : un libre jeu des facultés. La faculté de l’imagination et celle de l’entendement se sentent convoquées pour donner la règle au jugement sur l’expérience actuelle. Quand on mange un bon plat quelconque, l’entendement n’a rien à dire et reste dans son coin à sommeiller. L’imagination suffit pour décider que le plat est agréable ou non. Mais quand on mange chez Jean Georges, l’ensemble de nos facultés est mis à contribution. L’entendement est prêt à fournir ses outils pour comprendre l’expérience, la nommer et juger de sa pertinence ; l’imagination, de son côté, sort de sa routine et oscille entre le ravissement et le scandale. Certains plats, le voyageur ne peut se résoudre à les trouver simplement bons, ou très bons, ces mots ne conviennent pas. Il peut comprendre qu’on les trouve dégoûtants, car ils sont déstabilisant. C’est la raison pour laquelle le voyageur dit à ses amis que le chef de ce restaurant est un artiste, et non un excellent technicien.

Seule la salade d’asperge laisse le voyageur tranquille, rassuré de retrouver le vrai goût d’asperge (lui-même, d’ailleurs, sourdement, inquiétant, quoiqu’on dise, et du moins légèrement pervers, comme la truffe.)

Le gâteau au chocolat, je n’en dirai rien. C’est un récital. J’ai voulu faire le gentleman et laisser le dessert à mon amie. Elle a enfoncé sa cuillère dans le gâteau, et du chocolat fondu s’écoula de l’intérieur, comme de la lave d’un volcan. N’y tenant plus, je me jetai dessus, méprisant ma velléité d’être un gentleman.

Quand je vous disais qu’il ne fallait pas y emmener sa bonne amie. Il faut y aller avec quelqu’un de fin, à la présence agréable et à la parole sincère. Quelqu’un qui ne mente pas, qui ose dire que tel plat est infect, et que tel autre lui plaît. Quelqu’un qui n’ait pas peur de la vie et de l’aventure. Ce jour-là, heureusement pour moi, j’étais bien accompagné.

Par Guillaume
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Mercredi 9 mai 2007

Les Chinois sont de grands amateurs de crabes. Quand arrive la saison, a l'automne, c'est une rejouissance tres partagee, dans le bas Yangtse. J'ai donc appris a aimer, et je les trouve succulents, les crabes de l'archipel de Zhoushan. A l'interieur, la chair est baignee d'une espece de rouille, je crois que c'est la cervelle. Elle se boit et s'aspire et c'est delicieux. Il est encore plus delicieux de savoir qu'on boit de la cervelle. Le voyageur se sent alors aide par la cerebralite d'un vieil animal carapaconne.  Il se sent dote d'une sorte d'intelligence reptilienne, millenaire, pleine de mefiance et de maceration.

 

On ne se limite pas aux crabes, naturellement. L'archipel de Zhoushan contient la plus grande industrie de peche de toute la Chine, alors des produits de la mer, les voyageurs en mangent tant qu'ils veulent, en soupes de nouilles, en fruits de mer bouillis, ou cru, ou revenus au wok. Des poissons prepares a la sauce brune, enfin tout y passe, pour des festins qui se montent a moins de 10 euros par personne. A condition de bien commander, cela va sans dire.

J'ai deja dit ailleurs que Sigismond etait un maitre de la commande ; pas seulement grace a sa bonne maitrise du chinois, ce serait trop simple. Non, il faut avoir un instinct, une intuition speciale - un talent, disons le mot ! - pour bien manger en Chine. Et moi, j'ai toujours bien mange avec Sigismond, et ai souvent mange moyennement avec d'autres personnes dont la compagnie etait egalement agreable. Ce n'est pas une question de conversation, ni de presence, ni meme de nationalite - car des Chinois commandent bien et d'autres le font mal - c'est une pure question de bouffe : Sigismond sait commander. 

Quand il ne commande pas, parce que ca prend trop de temps et qu'on fait le travail a sa place, il encaisse en silence et ne touche presque pas a son assiette. Une reprobation muette le confine a la mauvaise foi, il peut alors pretendre que l'agneau n'est pas bon ou que le poisson est vaseux. C'est la delicatesse de l'artiste, froissee par la population pressee et utilitaire qui confond gastronomie et alimentation.

 

Par Guillaume
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Mercredi 11 juillet 2007

Je rêve d'être un homme d'affaire pour parler business autour d'un repas. Il y a des restaurants qui inspirent les conversations sérieuses, les discussions d'adultes qui manient de gros chiffres et font des plans sur la comète.

Je suis allé déjeuner avec Mademoiselle Dao, journaliste et éditrice d'Oriental Outlook, le magazine d'actualité qui a publié, et sérieusement coupé, mon article sur les bords de l'eau. Sujet hautement controversé, le comportement des chinois au bord de l'eau ne pouvait se passer d'un examen soutenu de la part de la direction de la revue.

Mademoiselle Dao est une charmante Nankinoise qui a passé plusieurs années en Europe et qui a la responsabilité de cette page, « Heading Est », qui donne la parole à un étranger. Elle dit que c'est la première fois qu'un organe de presse chinois le fait. De retour en Chine, elle a travaillé à Pékin puis s'est fait embaucher par ce magazine basé à Shanghai. Elle affirme qu'il s'agit d'un des trois magazines main stream les plus importants de Chine. Main stream, c'est une notion qui revient souvent dans sa conversation, c'est une marque de qualité à ses yeux.

Nous n'avons pas parlé directement des découpages qu'elle a fait subir à mon texte. Je ne voulais pas me plaindre, ni   passer pour un emmerdeur. Mais elle m'a expliqué se façon de procéder. Elle demande à l'étranger un article de 1500 mots anglais et doit composer, à partir de cela, un texte chinois d'un tiers plus court. Cela lui donne la latitude qu'elle juge nécessaire pour rendre le texte « publiable ».  

A côté de nous, des Américains parlaient business et ne quittaient pas des yeux leur ordinateur portable. Ils mangeaient sans payer la moindre attention à leur sandwich. « Regardez donc ce que vous mangez, bougres d'andouilles ! » Mademoiselle Dao se moquait d'eux, aussi, elle dit qu'au bureau, gens disaient qu'elle s'était européanisée, et qu'elle aussi, il lui fallait des pauses repas véritables. Pour moi, ce n'est pas spécialement européens, c'est humain : manger, c'est un moment important, il faut le respecter un minimum. D'ailleurs, tout le plaisir de parler business, c'est d'avoir de la bonne bouffe. Les businessmen, remarquez bien, ne vont jamais dans des boui-boui.

Nous en sommes venus à faire des projets d'avenir, avec Mademoiselle Dao. Un voyage en France avec des étudiants, l'année prochaine, sponsorisé par des entreprises françaises et couvertes par les médias chinois. On irait à Lyon, on visiterait les musées, guidés par mes amis de là-bas, et on irait regarder un match de l'Olympique lyonnais. Vivent les déjeuners business !

Par Guillaume
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Jeudi 30 août 2007
Dès l’aéroport, l’odeur de la Chine m’est revenue. Il paraît que c’est l’odeur de l’Asie, et qu’on la retrouve aussi bien au Vietnam.

Une odeur entêtante, saturée, qui va avec la chaleur humide. Une odeur organique, qui provient peut-être des haleines mélangées, ou d’aliments longuement cuits, une odeur impossible à décrire.

La première fois que je suis venu en Chine, je l’avais déjà remarqué mais elle n’était pas distincte de toutes les autres sensations. Les premiers jours, cette odeur ne me plaisait pas, elle me rendait malade, ou était concomitante à la maladie que j’attrapais très rapidement. Elle me coupait l’appétit. Ou était-ce la maladie qui me coupait l’appétit ? Ou le décalage horaire, ou la chaleur ?

Mais cette fois, je l’apprécie, elle est pour moi annonciatrice de bonnes bouffes, de saveurs, de langueurs.

Dans le hall des arrivées de l’aéroport, les femmes chinoises, en robe, en sandales et la peau luisante, me ramènent violemment en Chine. J’en regarde une ou deux, longuement, mes yeux ont besoin de se repaître d’elles pour imprimer durablement le changement de pays.

Je quittais Paris où il faisait moins de quinze degrés, et je suis à Shanghai où il en fait trente. Je passe à un autre mode d’existence, plus lent, plus méditatif. Il faut maintenant trouver des parades contre la chaleur et l’humidité.

L’odeur s’est manifestée très nettement encore en sortant du taxi quand je suis arrivé chez moi, mais je m’empresse de noter cette sensation car elle disparaît vite. Après ma première sieste, je ne la perçois plus vraiment et, demain, elle sera sans aucun doute parfaitement intégrée à mes sens et à mon corps. C’est-à-dire qu’elle aura disparu.

Par Guillaume
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Mardi 18 décembre 2007

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Voici le restaurant où a dîné Sarkozy quand il est passé à Shanghai. Sur le Bund, donnant sur Pudong, le restaurant des frères Pourcel fut pour mes amis et moi un grand moment de réunion gastrique.
Des "lasagnes de queue-de-boeuf" à la "déclinaison de poire Belle Hélène", précédés d'une minuscule soupe au foie gras émulsionné (ou soupe émulsionnée de foie gras truffé), la bouffe nous satisfit suffisamment pour décider qu'à l'avenir, nous nous ferions une bonne table par mois (ou tous les deux mois, selon la lourdeur de l'addition.)


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Nous y allâmes moins sur un coup de tête qu'à la suite d'un pari. Dans un bar, la semaine précédente, nous parlions d'un film et et n'étions pas d'accord sur le nom du réalisateur. Je lançais un défi : "on cherche sur internet, et si j'ai tort, je vous paie un lunch chez Jean-George." Sous-entendu, si je gagne, c'est vous qui m'offrez ledit lunch. Grégoire trifouille son ordinateur de poche et voilà que mon triomphe éclate. Après, dans le cours de la discussion, le Jean-George s'est transformé en l'autre restaurant français du Bund.
Restaurant à la décoration dépouillée, moins raffinée et confinée que le Jean-Georges, et une ambiance moins orientée "business".

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Arrosé de deux bouteilles de Pessac-Léognan, le repas fut très cher : l'équivalent d'un mois de salaire pour un professeur d'université.

Par Guillaume
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Lundi 28 janvier 2008
Le gros problème des restaurants gastronomiques de Shanghai réside dans le service. Les Chinois ne savent être serveurs, à tel point que certains établissement font appel à la main d’œuvre étrangère : Philippins, Malais, Hongkongais, on se trouve parfois servi par un personnel qui ne sait même pas parler le mandarin.   

Je suis facilement irrité par un mauvais service car un repas chez Jean Georges ou au Jade 36 est un moment exceptionnel, à moins d’être banquier et de prendre ces restaurants pour des cantines. Il faut dire aussi que j’ai été moi-même serveur, que je n’étais pas brillant et que j’ai fait beaucoup d’efforts pour me faire virer quand même, à deux reprises, alors que je travaillais mieux que mes homologues chinois.

L’idéal du serveur, c’est d’être invisible, d’apporter les plats et de les desservir sans se faire sentir, d’être léger comme une émulsion de truffes, discret comme une pincée de sauge et efficace comme un steak frites. Or, à Shanghai, les serveurs sont trop pressants ou se font trop attendre, ils sont maladroits, manquent de faire tomber les couverts, laissent des cendriers sur les tables, desservent avant que tous les convives n’aient terminé. Ils travaillent sans trop savoir ce qu'ils font là, sans saisir le sens des salamalecs qu'ils se sentent obligés de faire. Ils ne sont pas formés, voilà tout.

La solution, chers amis, je la tiens. Il faut monter une école hôtelière à Shanghai. Cela pourrait être fait dans le sillage d’une faculté de français, ou d’un centre de langue française, ou au sein d’une école internationale. On y formerait de jeunes Chinois de la région à servir, à diriger, à gérer, à parler anglais et français.

Il est difficile de comprendre pourquoi personne n’a encore investi dans ce type de business. Les restaurants pourraient y puiser leur personnel, les étudiants seraient assurés d’avoir du travail, et le niveau gastronomique de la ville s’élèverait. Et pourtant personne ne bouge. Les Français qui se lèvent tôt n’ont toujours commencé à y réfléchir, on se demande un peu à quoi ça sert de se lever tôt.

Il va encore falloir que je prenne les choses en main, vous allez voir.

Par Guillaume
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