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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 17:55
De passage à Paris, j'ai voulu mettre au point un manuscrit pour occuper les stagiaires des maisons d'éditions qui me plaisent. Le titre de ce manuscrit n'étonnera pas les habitués de ce blog : La précarité du sage. Plutôt que d'en envoyer des copies par la poste, je suis allé frapper à leur porte personnellement. Chez Allia, je me suis retrouvé dans un bureau rempli de jolies filles. Celle qui vient me voir ne sait trop que faire de mon manuscrit. "C'est nous qui nous en occupons?" demande-t-elle à ses collègues, qui disent oui.
"Bon, alors oui. Donnez votre manuscrit. Il y a une lettre avec vos coordonnées ? Oui, alors très bien, on va le classer - enfin, on va le lire aussi - et on vous donnera une réponse... heu..."
Je remercie et m'en vais. Ces filles étaient positivement adorables et probablement des stagiaires non payées, ou payées à coups de lance-pierres. L'industrie de l'édition est dans une telle crise, je crois, que sa stratégie, collectivement, est d'habiter dans des locaux très chers, au centre de Paris, et de prendre des stagiaires à tour de bras. Des étudiantes en "métiers du livre", ou en "médiation culturelle", ou en "lettres" tout simplement, que l'on peut faire travailler des mois entiers sans débourser un sou.
Les éditeurs que j'ai choisi pour ce rapide passage : Allia, P.O.L., Actes-Sud et Verdier. Pour la qualité de leur ligne de publication, et parce que je me sens proche de plusieurs de leurs auteurs.
Ils accueillent le sage précaire avec gentillesse et lassitude. Ils le couvent d'un regard poli qui cherche à lui éviter à la fois toute peine et tout espoir, la réussite dans l'écriture étant d'autant plus improbable, de nos jours, que tout le monde sait écrire, ou presque. Par définition, un auteur qui entre dans l'industrie de l'édition, met le pied dans un système de concurrence universelle : tout le monde est à même de produire un récit, un essai, une réflexion, un recueil de poèmes, de souvenirs, ou des textes quelconques. Alors que tout le monde n'est pas capable de faire une chanson, de tenir une guitare, de créer un jeu vidéo ou de monter une entreprise.
Le sage précaire, encore une fois, s'accommode d'un monde où la réussite est quasiment impossible. Ecrire pour le plaisir, gratuitement, et trouver son bonheur dans l'amateurisme enthousiaste, voilà la voie de l'ambition moderne.

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Published by Guillaume - dans mots
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François 30/03/2008 17:41

J'ai tapé sur Google "la précarité du sage" et je tombe assez vite référencé sur ce billet ("la précarité du sage, le livre"). Si tu n'as toujours pas de réponses à l'heure d'aujourd'hui, c'est que c'est cuit hélas. Mais as tu pensé à l'auto-édition (de qualité j'entends) et sur support papier? Il y'à de bons sites sur ce sujet, assez intéressants il faut le dire (même financiérement interessant, mais il faut faire attention je pense ). Cela peut peut-être correspondre à tes attentes d "écrire pour le plaisir,gratuitement"(je vais peut-être y faire quelques publications d'ailleurs, pour le plaisir aussi et par crainte de rejets de la "vraie édition", il faut bien le dire. je verrai cet été...). Pour ce qui est de l'écriture et de la "concurrence universelle", qui fait loi actuellement dans le monde -ca inutile de le nier-, tout cela est bien plus complexe à mon avis. La qualité pour un créateur, qu'il s'agisse de poésies, de jeux vidéos, d'entreprises ou de romans c'est un style et ça se travaille. Or le style, c'est du temps, surtout du...travail, un long travail qui exige de la lenteur a mon avis et de la patience, je n'invente rien , Proust le dit trés bien lui-même. D'ailleurs son "temps perdu" serait aujourd'hui transformé en cotations boursiéres et revendu mille fois son prix par des petits malins genre Kerviel et autres traders qui d'ailleurs n'ont pas eu cette idée de génie, heureusement car le temps (perdu ou gagné) n'est pas revendable voire même est invendable, en tout cas peu rentable, qui voudrait d'"une pauvre petite madeleine ?. Le temps c'est de l'argent, certes, mais le temps littéraire lui,semble échapper à cette loi, cette logique. Aussi, L'amateurisme" qu'il s'agisse de Parisot, d'un chef d'entreprise ,de Proust ou d'un nouveau poéte d'avant garde, n'a donc pas sa place pour qui veut vraiment rentrer dans le monde de l'édition aujourd'hui, ne serait-ce que pour "vivre" longtemps et "demeurer", "subsister", ("rester vivant" comme dirait l'autre) dans les esprits, une oeuvre doit quand même viser un minimum la qualité, c'est ce que je crois... Tout cela n'a donc rien à voir avec la satisfaction éphémère que peut procurer le blog (même trés bien écrit), ou un billet est écrit en une journée et cette nouvelle forme d'auto édition moderne, (trés réjouissante certes sur l'instant, mais qui moi personnelement me géne , ne serait-ce que pour la question du support, et puis pleins d'autres trucs sur l'intimité, le voyeurisme, l'interruption des commentaires etc..., la vague ambiante d'une autocomplaisance individualiste j'ai déja dit, bref...Qu'en restera t-il une fois cette mode passée, sans doute rien il faut bien le dire..on n'en parlera dans vingt ans comme on parle aujourd'hui des vieilles émissions télés des eighties genre Dallas ou Starsky et Hutch ou Magnum, des vieux quarante cinq tours de Michael Jackson et de Madonna, de l'Amstrad 6128, bref comme un truc typique des années 2000 et nos enfant nous traiteront de débiles, de nuls et de ringards a "qu'est ce qu'on avait à perdre ainsi son temps à des aneries pareilles devant un écran d'ordinateur alors qu'il fait si beau dehors" surtout, tout le monde n'est pas Stendhal ou Anne Franck ou d'autres grands auteurs de journaux ,et ça, c'est déjà un point fondamental, j'espére me tromper... ). Pour les "produits littéraires", c'est trés compliqué, car il s'agit de travailler sur une matiére :le temps essentiellement comme je l'ai dit, et le temps du "sensible" en particulier ou humain plus particuliérement . Un temps difficilement COMPATIBLE (mais certains auteurs, même beaucoup, trés talentueux y arrivent pourtant mais qui les lit vraiment ? a peu prés personne ou en tout cas trés peu de gens, ils ne passent pas souvent à la télé il faut le dire qui d'ailleurs s'en fout...) avec le temps de la "concurrence universelle", qui, actuellement, joue plus sur la vitesse, le m'as tu-vu et le sensationnel et d'un certain point de vue "est en crise" sur ces valeurs humaines, ou ne sait pas bien les rentabiliser, ne sait pas bien intégrer cette "matiére humaine" (humaniste ?), du "sensible"au temps de la compétitivité.Pourtant, à faire un tour au salon du livre cette "industrie du livre" semble trés bien se porter et donc la "crise" en question est plus idéologique, philosophique ou éthique, que financiére ce qui revient à ce que je disais. "Penser" donc (penser vraiment) de façons "littéraires"... Mais "penser" n'est pas rentable à l'heure d'aujourd'hui donc il faut ou adapter cette pensée du "littéraire" à cette loi de la concurrence universelle (ce qui ne veut pas dire torcher un truc merdique pour "faire mieux que Rollin" et "niquer la gueule à Bouvier", genre "moi mes récits de voyage c'est quand même mieux, ouais j'ai gagné , preums en tête des ventes et des sondages") ou attendre comme un gentil sage précaire que cette mode passe...à un autre rythme, d'autres valeurs, d'autres représentations, d'autres façons d'appréhender le temps, plus calme, plus lent, moins préoccupé par la forme peut-être , le "bling-bling" et autres foutaises contemporaines...(je suis pour ma part assez peu convaincu que cela soit en Chine actuellement que l'on trouve une alternative à ce genre d'écriture s'inscrivant dans le rythme de la "concurrence universelle", mais peut-être ne faut-il pas d'alternative et peut-être que la Chine récéle de trésors inespérés finalement en matiére de nouveaux modes de vie et de pensées, de livres et de poésies... ca ne serait pas étonnant, cela fait plus de 500 ans que l'occident dialogue avec de façons plutôt positives...Mais aujourd'hui c'est (hélas ?) plus Dassault que Ségalen, plus les contrats Airbus que les poétes contemporains chinois, plus les Jo que Tchouang Tseu ou lao-tseu (je n'ai pas parlé du Tibet la !), a se demander pourquoi cette dichotomie existe d'aiileurs entre valeurs sportives, économiques, de concurrence et de compétitivité et valeurs humanistes, littéraires et philosophiques toujours ce binaire, cette bétise...) Il y'a trente ans c'était Deleuze, Derrida, Barthes, aujourd'hui c'est Houellebecq, Yann Moix ou Amélie Nothomb, c'est déja pas si mal vous me direz, et c'est vrai c'est pas mal, même bien, trés bien...et à part de gros nostalgiques des années soixante dix, ou la France était un vivier d'immense penseurs structuralistes (allégrement récupérés par les états-unis aujourd'hui) tout le monde y trouve son compte...même moi, c'est pour dire. Mais il y'à sans doute un style nouveau qui émergera pour les trentes prochaines années,un truc qui, je l'espére ne s'encombrera pas d'un trop plein de discours plein de cette "concurrence universelle" que notre génération a soupé (et se gave encore et va peut-être continuer à gaver par contamination la génération suivante, oh non ca suffit la) depuis au moins vingt ans (disons la chute du mur et Tien an Men) et qui ne sombrera pas vers un autre extréme , une sorte de littérature en réaction allergique à ce discours, littérature "contre révolutionnnaire libérale ou numérique", avec ce que cela suggére de miséres créatrices, de nouveaux discours idéologiques sous jacents lourds et chiants, de nouvelles morales a assimiler, un truc sans doute plus humain et écologique dans sa forme qui pourrait nous faire songer au retour d'une forme de pensée, de nouvelle appréhension de l'être humain fleurant bon le parfum sixties ou néo baba (avec le succés Obama, les évocations de Kennedy, Luther King, je me demande si on ne se rapproche pas un peu de çà...), mais peut-être plus dangereux encore quelque part... Quelques nouveaux auteurs français (dont je tairai le nom mais qui sont en gros de vrais "anti houellebecq" par exemple, et qui l'affirme haut et fort) apparaissant ici ou la me font craindre le pire à ce sujet . Aussi,et pour cette raison la littérature de voyage , échappant ou semblant échapper a une certaine emprise idéologique (puisqu'elle n'est d'aucuns pays , d'aucunes nations, d'aucunes religions...) à de beaux jours devant elle,oh çà oui !

Guillaume 20/07/2007 10:46

Sous le titre, ou derrière, il y a du texte. Je suis un peu fâché avec les étiquettes, dans le domaine des lettres, alors je dirais un roman, sachant que c'est le genre le plus accueillant qui soit. Le manuscrit a bien un lien avec le blog puisque de nombreux passages sont tirés de celui que j'ai fait à  Nankin l'année dernière. Le blog, entre autres intérêts, peut être utilisé comme un laboratoire d'écriture, un atelier. Les commentaires permettent de faire caisse de résonnance, c'est assez formidable.

Ben 16/07/2007 22:17

La réussite dans l'écriture n'est nullement improbable, comme tu le montres depuis longtemps. Publier, bien sûr, c'est autre chose. Mais je voudrais attirer ton attention sur la publicité que represente déja un blog: pour un auteur d'il y a mettons vingt ans, être lu régulierement, même si c'est dans l'amateurisme, cela aurait deja pu être une réussite, sans parler de tous les commentaires sublimes dont tes textes s'enrichissent tous les jours...
Mais ce que je me demande, c'est qu'est-ce que tu as bien pu mettre sous ton titre? Un essai? Un roman, un récit, des textes courts? Et quel rapport cela peut-il avoir avec ce blog?