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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 12:44

L'un des avantages à travailler dans une université étrangère, c'est qu'on sent mieux qu'ailleurs la manière dont un pays construit son idéologie, quels outils théoriques l'élite forge et dans quel but. On perçoit mieux combien la théorie est cruciale, sensible et influente sur la vie des gens. C'est un enjeu de pouvoir collectif, mais aussi un élément qui entre dans l'image qu'un peuple se fait de lui-même.

Par exemple, j'étais surpris d'entendre parler, ici en Chine, de Guizot. Des profs d'histoire, ou de sociologie, remettent au jour des théoriciens français ou autre, et on peut se demander pourquoi. Avec Guizot, l'intelligentsia chinoise se repaît du mot « civilisation ». Derrière ce mot, j'imagine qu'elle se contemple elle-même, mais surtout qu'elle perçoit une possibilité de se sentir différent, lointain, l'autre de l'Europe.

Aujourd'hui, être l'autre de l'Occident, c'est l'idéal. L'Occident, dans ce cas, est réduit à la colonisation, au bousillage de la nature et au dévergondage moral.

Or, (re)venir à Guizot… il serait bon d'en savoir davantage sur ce que des professeurs Chinois en retirent, alors même qu'il ne s'agit pas d'un cours d'histoire des idées françaises. Dans le premier chapitre de son Histoire générale de la civilisation en Europe depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la Révolution française (1838), il dit quand même : «  Il ne faut flatter personne, pas même son pays; cependant je crois qu'on peut dire sans flatterie que la France a été le centre, le foyer de la civilisation de l'Europe. » Qu'on ne s'étonne pas si nous sommes vus, après cela, pour d'arrogants emmerdeurs. Mais ne réduisons pas Guizot à cela. Son livre ne consiste pas en un discours nationaliste.

Je n'irai pas plus loin, mais pour connaître, il faut parfois partir avec une sorte d'hypothèse, un ensemble de réponses possibles à des questions qui orientent la réflexion. Mes hypothèses à moi sont souvent bancales, je l'avoue, et c'est ce qui me les rend charmantes. Ici, je lance l'hypothèse que l'université chinoise cherche dans l'historiographie européenne de quoi justifier la centralisation de la Chine, son unité, son indivisibilité, voire sa suprématie.  

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Published by Guillaume - dans Politique
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commentaires

Nicolas 11/07/2007 00:42

Message d'un lecteur portugais ici http://www.rue89.com/2007/07/08/la-tour-eiffel-nest-pas-une-merveille-du-monde : "Peut-être que le Rue89 (et je profite pour féliciter pour son travail) devrais plutôt faire un "papier" sur le "Pourquoi la France se crois toujours au centre du monde alors qu'elle ne l'est pas?""Quillaume devrait méditer sur cette question.

Guillaume 10/07/2007 11:19

Ah, c'etait donc cela ?

Nicolas 10/07/2007 09:24

Écoutez, j'interdis toute attaque personnelle, mes critiques concernent ce que vous écrivez et pas votre personne. Si j'en prends à votre position en terme pas très aimable, c'est que je vois en vous un des représentants du jésuitisme moderne. Le mot bobard n'est pas une injure, ni un non-respect. Il fait allusion à vos sophismes et votre malhonnêteté intellectuelle. Je n'ai pas l'art de la polémique, mais j'essaye d'enrober la violence de certains mots dans la discipline de l'argumentation. Mais la violence a aujourd'hui mauvaise presse. Même quand il s’agit de la violence des mots et des idées. C’est toute une tradition qui se perd, l’art même de la polémique. Il avait d’illustres représentants, de Pascal à Hugo ou à Zola, de Vallès à Léon Bloy ou à Bernanos. C’est un genre littéraire, qui a ses règles comme tous les genres. Il faut manier l’ironie, l’ellipse, la métaphore et les jeux de mots, enrober la violence du lexique dans la discipline de la syntaxe, veiller à la pertinence des arguments sous la férocité de la rhétorique, garder surtout la tête froide comme le torero dans l’arène. Et comme lui, n’avoir pour son adversaire ni haine ni mépris. Quand on sombre dans l’injure et les attaques personnelles, l’art de la polémique disparaît. Il ne reste que la réaction infantile de celui qui s’énerve, piaille et tape du pied parce que l’ordre du monde ne se plie pas à ses désirs. La mode actuelle veut qu'une discussion se doive d'être courtoise. Désolé de vous dire que ce genre de débats sont truqués du début à la fin. Ils ne font entériner que vos vérités et vos préjugés. Cela fait le lit de la démagogie, puisque ça implique une perversion de l'idée de discussion.

Guillaume 10/07/2007 02:48

C'est dommage, Nicolas, que vous ne respectiez pas les règles élémentaires de la discussion - respect de l'interlocuteur, courtoisie, effort pour comprendre ce que dit l'interlocuteur - car vous dites des choses qui méritent discussion.
En sciences sociales, rien n'est innocent. Guizot ne fait pas une description factuelle de l'Europe, mais il met en scène, si je puis dire, l'arrivée de la civilisation. L'université choisit les penseurs et le historiens qu'elle veut et on peut pas simplement dire : c'est normal, il a écrit sur l'europe donc on en parle, et ça ne présente aucune espèce de sens pour personne.
Les autres points que vous soulevez n'ont que des liens apparents avec ce que j'ai dit.  

Nicolas 09/07/2007 23:01

Guillaume, vous faites expres. Je ne suis pas contre les hypothèses, mais si vous vous basez sur des bobards, le débat est faussé dès le début. Quelques remarques simples : 1°) Selon vous, si les universitaires chinois s'appyuent sur Guizot , c'est pour renforcer l'idéologie de la centralité de la Chine. Non de Dieu, où est-ce que vous êtes allé chercher vos sources pour oser dire pareilles choses ? N'importe qui, qui souhaite étudier la construction européenne, s'intéresse aux années 1840, car c'est à cette époque que l'idée d'une Europe fédérale a été suggérée. A cette époque, la France fut l'une des grandes puissances mondiales avec l'Angleterre. La langue française fut la langue dans la cour de nombreuses royautés européenes. Si on s'intéresse à cette période de l'histoire, on s'intéresse inévitablement à Guizot, car il a écrit un grand traité sur l'Europe. Bien évidemment, Guizot n'a pas vu arriver l'Allemagne ni les Etats-Unis. 2°) Les débutants, qui s'intéressent à la Chine, croient que le terme "Empire du milieu" a une certaine connotation politique de placer la Chine dans le centre de l'universe. Vous utilisez d'ailleurs les termes : "la centralisation de la Chine". Vous avez tort. Si la Chine s'appelle "Trung Hoa", c'est essentiellement trois raisons. La première est d'ordre culturel : les Chinois aiment garder le sens de la mesure, aiment l'esprit de modération dont Montesquieu s'est inspiré, cela porte le nom de "théorie du juste milieu", si bien que les Chinois appellent leur pays de "pays du milieu". Il y a ensuite une raison mythologique, puis une dernière historique et géographique. 3°) Vu de Chine, la France est un tout petit pays. Pourquoi voulez-vous que la Chine s'identifie à la France ? Question de prestige, c'est plus intéressant pour elle de s'identifie aux USA, ne croyez-vous pas ?