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1 juillet 2007 7 01 /07 /juillet /2007 08:32

La Chanson pour l'Auvergnat, tout le monde s'en souvient, est un hommage rendu à de simples personnes pour le bien qu'ils ont fait à un pauvre diable. Le narrateur de cette chanson est un vagabond et il finit chaque couplet par :

 

Toi … quand tu mourras

Quand le croqu'mort t'emportera

Qu'il te conduise à travers ciel

Au Père éternel

 

Mes étudiants, alors, rechignent à chanter. Ils trouvent que ce n'est pas très sympathique de remercier quelqu'un en lui disant qu'il va mourir. « Il ne leur souhaite pas de mourir, dis-je, il prie seulement pour qu'ils aillent au Paradis lorsqu'ils mourront.

- Mais justement, disent mes étudiants, ce n'est pas gentil de rappeler à quelqu'un qu'il va mourir. En Chine, on ne parle jamais de la mort. »

En Europe, si. C'est un des legs du christianisme qui, en faisant mourir puis renaître son personnage central, a fait de la mort un événement dont on peut parler, que l'on peut chanter, célébrer, commémorer.

C'est le christianisme, mais ce sont aussi les Grecs, qui construisaient leurs syllogismes avec la mort. «  Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme donc Socrate est mortel. » La mort est omniprésente dans leurs tragédies, dans l' Iliade et l'Odyssée.

Et n'oublions le sensationnel slogan de Montaigne : « Que philosopher, c'est apprendre à mourir. » En y réfléchissant une minute, on s'aperçoit que les Européens n'ont pas cessé de parler de la mort. C'est un de nos thèmes préférés, avec l'amour et les passions, et c'est ce qui fera toujours de moi un Européen et rien d'autre.

Est-ce vrai qu'on ne parle jamais de la mort, en Chine ? C'est un fait qu'on y considère la longévité comme un bienfait absolu, alors que pour moi, la durée de vie n'entre pour presque rien dans la valeur et la qualité d'un être. Par ailleurs, on n'imagine pas trop de grandes peintures avec des corps de Confucius violacés. D'ailleurs, ça me revient, lorsque nous regardions La mort de la Vierge du Caravage, quelques étudiants ne pensaient pas que la femme qui veille au premier plan était en pleurs. Ils soutenaient qu'on n'en savait rien, qu'elle dormait peut-être. Le caractère tragique, ou dramatique, de la toile n'avait pas précisément fait son effet sur mes jeunes amis chinois, qui ne voyaient pas la mort.

Et dire que je ne me suis pas arrêté là. Inconscient que je suis, je leur ai montré des Vanités baroques, je leur ai fait écouter des Requiem. Ils ont dû me trouver sinistre.

Ils ont fini par chanter L'Auvergnat. Vous verrez, parler de la mort, c'est comme le vin et le fromage. C'est dégoûtant au début, mais on s'y fait et ça devient délicieux.

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Guillaume 06/07/2007 20:44

Il n'est pas né le mec qui m'entendra chanter 95% à une classe d'étudiants chinois. Eux, ils peuvent se chanter des choses comme ça entre eux, mais un étranger... hors de question. Il n'est pas dit que ça les fasse rire, d'ailleurs, et l'explication de texte serait extrêmement laborieuse.

ub 06/07/2007 12:00

la prochaine fois fait- leur chanter "quatre-vingt- quinze fois sur cent "il vont bien rigoler.ub

yuxia 04/07/2007 05:34

Pour les Chinois, la mort ne les emmènent pas au paradis, comme ce que le christianisme enseigne. La mort est la fin d’une vie, et après l’homme va entrer dans le palais sousterrain (je sais pas comme traduire Yin Cao Di Fu, ou Jiu Quan), qui n’est point égale à l’enfer au sens catholique. L’homme mort attend sa nouvelle vie, en entrant dans l’embryon. On parle beaucoup de la vie précédente et de celle postérieure. Mais les vies ne sont pas forcément liées l’une avec l’autre, ou du moin, un homme ordinaire n’en est pas conscient. De ce point de vue, ce n’est pas une reincarnation ! Je comprends très bien la réaction de tes étudiants, parce que ce Père éternel ne leur dit rien. Aujourd’hui, on croit moins à la superstitution, et on dit souvent « La mort nous rend tout en possière ». Comment on peut se contenter d’une belle mort, et au contraire, la haine de quelqu’un pourrait te pousser à dire « je voudrais périr avec toi », le sacrifice douloureux de soi-même pour terminer un autre.
 

Par ailleurs, je ne connais peu le bouddhisme, mais j’entends souvent dire six voies de la transmigration des êtres, du ciel, des Asuras, des hommes, des animaux, des diables affamés, de l’enfer. C’est parmi ces six possibilités que le mort deviendra pour sa nouvelle vie.
 

Guillaume 04/07/2007 03:09

Oui, la notion de kitsch est assez bien adaptée à de nombreux aspects de la Chine actuelle. La musique populaire sirupeuse, les rêves de vie familiale, l'harmonie proclamée, les sourires sur les photos, le conformisme sentimental, les mariages en blanc... une grande vague d'image lisse.

Delph 03/07/2007 17:19

Je crois que l'on peut nommer un kitsch typiquement chinois, devant la mort, et encore bcp d'autres choses, la merde, l'immoral, l'inhumain. le Kitsch selon Kundera, c'est ce qui nie les côtés laids de la vie et n'accepte pas la mort, "le kitsch est la négation de la merde". Le peuple en Prague connaissait cela, les chinois aussi, depuis la conclusion comme l'homme est bon de sa nature(人性本善) selon Mencius. C'est l'art d'immiter en se croyant dans une situation idéale, d'écarter, d'oublier.