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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 14:44

Dans le dernier livre d'Erik Orsenna, Voyage au pays du coton, il y a quelques belles pages sur la Chine. Comme vous le savez, il s'agit d'une suite de petits reportages autour du monde, avec le coton comme fil conducteur (sans jeu de mot.)

Son chapitre sur la Chine est court. Il n'y parle que de Datang, une ville qui s'est spécialisée dans la chaussette, et un tout petit peu de Suzhou. Des réflexions qui lui viennent sur l'autoroute m'ont touché. Il y voit de gigantesques pépinières et il se demande quel rôle jouent les arbres dans les villes en développement. D'après lui, c'est un besoin de nature que cultivent les Chinois, et je ne suis pas loin de lui donner raison.

Même lorsque les jardins et les parcs modernes sont décevants, le rapport qu'entretiennent les Chinois avec les arbres est toujours plus intense que le nôtre. Je l'avais écrit à propos des prunus en fleurs à Nankin, mais les endroits où je vais faire du sport, certains matins, me confirment fréquemment cette impression. Des vieux se placent solitairement entre des branches d'arbres pour pratiquer un sport d'une lenteur botanique. Ils se frottent le visage, se frottent le ventre, ils ont trouvé leur arbre.

Orsenna avance une autre hypothèse. Faire pousser des arbres le vite possible et les planter déjà grands pour donner l'illusion de l'âge à des villes toutes neuves. Et ainsi, donner l'illusion d'être déjà dans le futur. L'auteur fait un parallèle avec des pépinières de bonzaïs dans les jardins de Suzhou. Il y voit une manière d'enfermer le temps, de le conserver et de jouer avec. Il termine avec cette jolie pensée :

« L'espace est une grandeur simple. Peu ou prou, tous les peuples y livrent bataille de la même manière.

Le temps est une autre affaire. Un pays bien plus retors. Où se révèlent les civilisations. »


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Published by Guillaume - dans mots
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ebolavir 29/06/2007 16:26

Ma petite ville possède une formidable pépinière, grande comme un quartier, pas loin du centre. Il en sort de quoi planter en une seule nuit cent arbres de trois mètres de haut le long de l'avenue qu on vient de finir, ou transformer en petit bois un carré de terrain qu on vient de dégager des gravats d une résidence ancienne ou d'un ex- marché couvert. J aime les arbres, mais cette compulsion de combler tous les espaces libres pour les rendre inutilisables me fait penser au pays des saules que les Ming avaient créé dans le Dongbei en avant de la Grande Muraille pour empêcher les nomades de s'installer. J ai peur qu Orsenna ait raison d analyser la plantation d'arbres comme un attribut de l'urbanisation. A part ça, dans les terrains vagues créés à la place des vieux quartiers, les grands arbres qui ombrageaient le centre des cours carrées restent en témoins, et souvent on s'arrange pour qu'ils survivent à la nouvelle construction.