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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 05:58

L'autre jour, je vois sur mon bureau, posé par erreur, un mémoire de fin d'étude sur la « Monarchie constitutionnelle en France ». C'est en fait une longue fiche de lecture améliorée sur un livre de Mme de Staël, Considérations sur les principaux événements de la Révolution française.

Le mémoire est bien écrit, bien construit, mais comme de bien entendu, aucune réflexion historique qui cherche à faire contrepoids à la thèse centrale. Il n'y a pas d'antithèse dans le système scolaire à la chinoise, alors toute composition se borne à développer une thèse. Ce n'est pas un mal, nécessairement, mais ça limite considérablement le débat. Chacun sa thèse et chacun rentre chez soi.  

Quelle est-elle, la thèse centrale de ce mémoire ? Que nous aurions dû faire comme les Anglais. Ces derniers avaient eu raison sur tout, alors que nous, pauvres couillons, il fallait se pincer pour croire à toutes les sottises que nous étions capables de réaliser dans notre histoire.

Après le temps du sarcasme est venu le temps de l'interrogation. Pourquoi un jeune Chinois, en 2007, écrit-il sur Mme de Staël et sur ce thème de la monarchie constitutionnelle, qui, me semble-t-il, n'intéresse personne ? (Si, peut-être quelques Anglais conservateurs et obsédés par la France au point de chercher constamment à prouver son infériorité.)

Une phrase, à la fin, m'a mis la puce à l'oreille : « La monarchie constitutionnelle aurait été la meilleure issue de l'ancien régime (…) elle aurait pu servir de dernier frein à la précipitation de la France au despotisme ; elle aurait pu délivrer la France de troubles intérieurs et d'invasions étrangères. »

Relisez cette phrase en remplaçant « France » par « Chine », et « monarchie constitutionnelle » par « Empire constitutionnel », ça tient merveilleusement bien et ça éclaire d'une lumière très crue l'histoire du 20 ème siècle chinois. Peut-être y a-t-il en Chine une nostalgie de la figure de l'Empereur, regardé comme unique légitimité reconnue par tous, à la différence d'un parti communiste et une administration tentaculaire auxquels le peuple peine à faire confiance. (C'est une question que je pose, de mon côté je n'ai jamais entendu parler de Chinois ayant cette nostalgie.)

Alors, était-ce un mémoire crypté ? Une critique de l'histoire chinoise déguisée en critique de l'histoire de France ? Rien n'est moins sûr, mais cela rend la lecture plus piquante, et ce serait un honneur pour nous que d'être encore un objet de « débats prétextes » pour des réflexions contemporaines et dangereuses.

 

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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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Guillaume 22/06/2007 01:14

@ Alain. C'est vrai et faux. Je ne parle pas beaucoup de démocratie au sens où je n'en parle pas tous les jours, mais j'en parle parfois, sans auto-censure. Ce blog n'est pas un site militant, cependant j'évoque pas mal de questions politiques et culturelles connexes très importantes à mes yeux, et qui affectent ma vie : les droits de l'homme, l'humanisme, le nationalisme, la mémoire et la transmission de l'histoire, la colonisation, la guerre, le rapport aux étrangers, l'esclavagisme, l'embrigadement de la pensée et la propagande, le droit, les élections et la légitimité, l'indépendance de la justice, etc. Ce n'est pas en parlant de démocratie, comme d'un mot magique, qu'on pourra réfléchir sereinement sur la Chine, mais en passant de choses précises et concrètes à des questions de principes et de valeurs générales, philosophiques ou autres. Par exemple, on ne peut parler de démocratie si en même temps on ne fait pas le point sur les théories qui prétendent que les Chinois sont totalement autres et inaccessibles, et ça, ça demande de parler de choses culturelles qui n'ont rien à voir avec la démocratie.
@ Ben et Dominique. Merci de ces rappels historiques pertinents. Je n'ose pas en présumer ni la connaissance ni l'ignorance de la part de cet étudiant et de son directeur. Je remarque quand même des références fréquemment réactionnaires, chez des étudiants de différents cursus. Ces derniers temps, outre Tocqueville et Mme de Staël, j'ai quand même eu affaire à J.de Maistre, Gobineau et Guizot. L'université chinoise veut-elle remettre au goût du jour des théoriciens qui arrangent la vision officielle de la nation ? A suivre.

alain 21/06/2007 21:22

salut,
 
j'ai lu sur un blog chinois que les references a notre revolution ne sont fortuites. 1789 vs 1989 et tien an men. beaucoup diserte sur la revolution française mais en lisant à travers les lignes c'est de 1989 qu'ils parlent. + facile pour tromper la cesure du net en chine avec c'est 30000 fonctionnaires sur le qui vive.
tu ne parle pas beacoup des problemes de democratie sur ton blog... c'est une impression ?

dominique 21/06/2007 10:27

Et Louis-Philippe, ça n'est pas de la belle,de la fraiche, de la franche Monarchie Constitutionnelle, ça, Madame ? Hein ? Française, oui, parfaitement. La France a connu plusieurs décennies de Monarchie constitutionnelle. Tu leur diras, de ma part.

Ben 21/06/2007 10:13

La France a bien connu, me semble-t-il, une période de monarchie constitutionnelle, sous Louis XVIII, mais ça n'a pas laissé un souvenir imperissable, pas plus que cette espece d'empire constitutionnel dont nous avons hérité sous Napoléon III. Quant à nos voisins d'outre-Manche, qu'ils ne fassent pas trop les malins s'ils ne veulent pas qu'on leur rappelle que cette sacro-sainte vieille chose politique qu'incarne la Reine-Mère est, elle aussi, née dans le sang  et la furie des Cromwell et autres fanatiques.