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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 11:03

Tout le monde connaît ce précepte de Lao Zi :

 « Celui qui parle ne sait pas. Celui qui sait ne parle pas. »

Peut-être que l'ordre des deux phrases n'est pas le bon, et je ne sais pas si l'ordre importe.

Je suis tombé sur ce précepte quand j'étais adolescent, parmi les livres de mon frère aîné. Or, mon frère aîné était favorable à une parole mesurée et discrète, alors que moi j'étais déjà un moulin à paroles. J'ai alors pris Lao Zi en grippe. Comment ça, celui qui parle ne sait pas ? Celui qui parle, vous savez ce qu'il vous dit ?

Le problème, ce sont les effets collatéraux de ce type d'idées tirées des sagesses anciennes. Premièrement, j'estime que si on sait quelque chose, il est plus sympathique, plus généreux de le dire et d'en parler avec son prochain. Surtout s'il n'est pas d'accord, car alors c'est la polémique et on s'amuse comme des fous.

Deuxièmement, je pose la question : qu'en est-il de celui qui ne sait pas ET qui ne parle pas ? Lao Zi a oublié d'en parler ! Il y a bien des raisons qui nous poussent à ne pas parler : l'autisme, d'abord, mais aussi la fatigue, la déprime, l'extase, la concentration sur une idée de repas à venir, ou simplement la timidité. Alors peut-on reformuler le précepte taoïste :

Celui qui parle ne sait pas.

Celui qui sait ne parle pas

Mais attention, celui qui ne parle pas ne sait pas nécessairement

Car au fond, on ne sait jamais qui sait et qui ne sait pas.

Mais j'en viens à l'effet collatéral de la doctrine taoïste : dans nos sociétés, les gens discrets sont crédités d'une espèce de savoir. Les timides sont toujours vus comme perfectionnistes. Les gens discrets sont dotés d'une aura bienveillante de modestie (alors qu'ils cachent peut-être des rêves mégalomaniaques) et de précision intellectuelle.

Tant mieux pour eux, mais peut-être est-il temps que l'on imagine une morale de bonimenteur, une sagesse de beau parleur et un Dao du bavard.


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Published by Guillaume - dans mots
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Guillaume 07/06/2007 00:35

Merci, Neige, pour tous ces liens. Je suis content d'avoir les versions calligraphiées et illustrées, c'est très riche.
Si tu m'autorisais, je pourrais publier la version que tu dessina l'année dernière sur mon carnet, au bord du Lac des Nuages Pourpres.
A l'époque, je demandais à mes amis de faire un dessin de ce lac, pour multiplier les points de vue dans mes souvenirs. Neige décida d'y mettre une barque, un pêcheur, et le poème de Liu Zongyuan. J'ai même la version sonore puisque je l'ai filmée en train de le lire, mais ça, je ne sais pas comment faire pour la mettre en ligne.

Neige 06/06/2007 15:47

D'ailleurs, comme Jiang Xue est le premier poème de ma vie qui m'a donné envie de dessiner. C'est intéressant pour moi de voir de différente peintures sur lui. Voilà quelques unes : http://image.baidu.com/i?ct=503316480&z=0&tn=baiduimagedetail&word=%BD%AD%D1%A9&in=249&cl=2&cm=1&sc=0&lm=-1&pn=248&rn=1
http://image.baidu.com/i?ct=503316480&z=0&tn=baiduimagedetail&word=%BD%AD%D1%A9&in=39&cl=2&cm=1&sc=0&lm=-1&pn=38&rn=1
http://image.baidu.com/i?ct=503316480&z=0&tn=baiduimagedetail&word=%BD%AD%D1%A9&in=189&cl=2&cm=1&sc=0&lm=-1&pn=188&rn=1
http://image.baidu.com/i?ct=503316480&z=0&tn=baiduimagedetail&word=%BD%AD%D1%A9&in=216&cl=2&cm=1&sc=0&lm=-1&pn=215&rn=1

Neige 06/06/2007 15:06

Le Zhuangzi pour moi est d'abord un oeuvre littéraire, tout poétique., avec une imagination sans limite. Je ne sais pas qui peut utiliser des mots aussi exactes, concis et beaux comme lui. Un fameux poète contemporain Guo Moruo a dit que la littérature chinoise traditionelle est influencé énormément par Zhuangzi le long de tout l'histoire.  Mais il me semble que J.F.Billeter annule tout la poésie du Zhuangzi, ce qui m'a choquée. Cependant, la poésie est ce qui est destinée à se perdre au cours de la traduction.... Et puis, comme Zhuangzi lui-même méprise tout les discussions qui lui semblent non-sens, je trouve encore non sense de discuter du Zhuangzi. Bon, il vaux mieux que je me tais là-dessus.
Le prénom de Liu, c'est Zongyuan. Comme je suis encore imcompétente de traduire les poèmes moi-même, je vous propose quelques traductions françaises sur Internet :
http://www.lechinatown.com/index.php?s=4740ac75d54d38a259fe6310e5bf41a9&showtopic=6720&pid=59936&mode=threaded&show=&st=&#entry59936
http://www.lechinatown.com/index.php?showtopic=6720&pid=59924&mode=threaded&show=&st=&#entry59924
http://www.lechinatown.com/index.php?showtopic=6720&pid=59919&mode=threaded&show=&st=&#entry59919
Si vous voulez écouter la prose de la visite de la montagne de l'ouest, cliquez ici : http://www.tingbook.com/Player/36-31.html C'est en chinois, mais avec de la musique traditionnelle.

ben 06/06/2007 13:45

Liu Zongyuan ou Zhongyuan? Mais peut-être pourriez-vous nous traduire ce poeme, Jiang Xue, ou indiquer un endroit où on pourrait en trouver une traduction française. Liu, pour moi, c'est vraiment une découverte enthousiasmante. Justement ce dont j'avais besoin en ce moment.

ben 06/06/2007 13:37

C'est vrai que votre critique est sévère, mais elle pourrait avoir raison de l'être. Cependant, je ne cropis pas que son défaut soit cette tendance à annuler l'interet de ce que dit quelqu'un en rapportant tout à son contexte, en refusant de se situer sur le même terrain que lui. Je me dis que si un Hindou venait m'expliquer que les occidentaux n'ont jamais rien compris à Nietzsche, et montrait qu'il s'agit en fait d'un mystique dont les propos doivent ramenés à une experience spirituelle, en citant Gandhi, hare Krisna et Ravishankar ( je dis n'importe quoi ), moi non plus je n'aurais pas une reaction tellement consructive, et je crois que j'aurais raison. Maintenant, il faudrait voir dans le détail si Billeter est cet hindou, ce que je ne crois pas. Mais votre critique souligne des aspects qui pourraient le laisser penser, comme cette histoire d'"oubli de la bonté et de la justice", qui ne seraient d'apres Billeter qu'une interiorisation de la bonté et de la justice. rendre Zhuangzi moralisateur, ce serait aussi pire que faire de Nietzsche un spiritualiste.