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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 10:52

Pour diriger ma thèse et trouver le meilleur établissement susceptible d'accueillir un parasite comme moi, j'ai demandé conseil à un ami qui a terminé son doctorat récemment et qui possède une culture et une connaissance du milieu universitaire hors du commun. C'est simple, du plus loin que ma mémoire remonte (en arrière), je ne me rappelle pas qu'il ait été ignorant d'une chose que je susse. Et j'ai été si souvent ignorant des choses qu'il connaissait. Il m'a donné le nom d'une jeune enseignante originaire d'Irlande du nord. 

Mais cette jeune prof, il se trouve que je l'ai connue, et c'est là que ça se corse. C'était il y a des années, dans un pub de Dublin. Elle faisait sa thèse sur un écrivain antillais. A l'époque, beaucoup d'Irlandais faisaient des recherches sur la littérature caribéenne, pour la raison qu'un professeur éminent était spécialiste de cette discipline typiquement anglo-saxonne : le post colonialisme. Oui, au Royaume Uni, sur les Iles britanniques et en Amerique, on peut être spécialiste de trucs comme ça, ainsi que de « gender studies », par exemple, « l'études des genres », (les différentes représentations de la sexualité, les différentes expressions de la sexualité, le féminisme, que sais-je encore ?)

Moi, vous me connaissez, du haut de ma supériorité franchouillarde, je lui faisais toutes sortes de réserves, à cette étudiante. Je lui disais : « Mais qu'avez-vous donc, tous, à étudier les Antillais ? Il n'y en a que pour eux, c'est vrai quoi ! » Heureusement, comme elle était britannique, elle avait de l'indulgence pour les hommes pris de boisson. Et comme elle était francophone, elle avait l'habitude de l'arrogance hexagonale. Elle me répondit en rigolant : « Ouais, pourquoi vous ne vous occupez pas de Balzac, de Flaubert…

- Exactement ! » Répondis-je, sûr de détenir la vérité, sur ce point comme sur tant d'autres. Je ne sais plus comment la soirée s'est terminée ; je crois qu'elle est partie avec un autre homme. En revanche, de ce qu'il est advenu de moi, ça…

Et me voilà dans la situation du type obligé d'écrire à une brillante jeune femme pour lui demander de diriger son travail, sans pouvoir lui faire l'affront de prétendre qu'il ne s'est jamais rien passé entre eux deux. Obligé de dire à une personne qui risque d'être déterminante dans ma vie : « Tu te souviens peut-être de moi, nous avions devisé littérature dans un estaminet… » Mon Dieu, que dire ?

« Sous mes critiques superficielles, tu avais perçu, j'en suis persuadé, mon enthousiasme pour ta thèse… » Non, c'est un peu lèche-bottes.

« J'étais celui qui préférait Flaubert à Chamoiseau, tu te souviens ? Comme on avait ri. » Non, elle va se foutre de moi.

« Le pub était sympathique et, je m'en souviens bien, nous n'avions pas parlé de littérature du tout. » Non, il y a des risques qu'elle ne se souvienne pas de moi.

« Tu sais, j'ai évolué, au frottement du monde, et maintenant j'adore tout ce qui est post colonialisme, gender studies, j'ai même des amis africains et homosexuels… » J'aggrave mon cas.

« Bon, d'accord, j'ai été con, mais tu es catholique comme moi (enfin pas comme moi, mais... comme beaucoup de gens) à moins que tu ne sois protestante, et alors, heu… »

Et flûte ! Cela m'apprendra à ouvrir mon clapet quand personne ne me demande rien.

 

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Published by Guillaume - dans rencontres
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Guillaume 05/05/2008 01:25

Je t'expliquerai tout, Dominique, quand je saurai de quoi il retourne, de nos anciennes colonies, de nos blanches montagnes et des chamois bêlants.

dominique 27/05/2007 18:51

Et moi qui croyais que le Chamoiseau était un fromage de montagne ! Ah, j'étais loin du compte...  C'est peut-être cela que les gens qui savent nomment les études post-coloniales : décoloniser les esprits et déterritorialiser les représentations des ignares dyslexiques comme moi ?  Et transformer les fromages en souffles alizés ?

Guillaume 26/05/2007 12:48

Merci Ebolavir de toutes ces idées. En effet, ces voyages-là sont éminemment littéraires, ils auront une place dans ma thèse. J'en fais le serment.
Pour l'Irlandaise, il me fallait lui rappeler qui j'étais pour ôter tout malentendu dès le début : je ne dis jamais non à une pinte de Guinness.

ebolavir 26/05/2007 11:27

"J étais là, telle chose m advint, vous y croirez être vous-même", argument de vente du récit de voyage, et souvent prétention sincère de l auteur, mais je suppose que ce n est pas seulement ça, la littérature de voyage.J espère que, dans cette thèse, il y aura un grand chapitre sur la littérature de voyage d imagination. Les meilleurs récits de voyage, ceux qui évoquent le mieux le pays parcouru et les sentiments du voyageur: Chateaubriand en Amérique, Gérard de Nerval en Orient, André Malraux en Chine. Il y aura aussi un chapitre sur le voyageur dans les pays imaginaires, de l Utopie de Thomas More au Voyage en Chine des années 60-70 (là, trop de matière). Un chapitre sur la réfraction des récits de première main dans la littérature idéologique (les Lettres édifiantes et curieuses des pères jésuites de Chine, lues par Voltaire). Pour moi, le meilleur des quelques voyages que j ai faits, c est lire, après, les livres des voyage dans le même pays. Et confabuler sur mon propre voyage avec ce que je viens d apprendre. Avec le temps, je suis sûr d avoir vécu ce qui m a été raconté. Est-ce qu on peut écrire un chapitre sur le plaisir, dans une thèse universitaire ?A part ça, l Irlandaise universitaire, pourquoi voulez-vous qu elle s en souvienne?  A moins qu elle ne reconnaisse celui qu elle n avait finalement pas choisi d accompagner. Et ce souvenir ne peut être qu un regret (sinon pas de souvenir). Donc ce sera un bon point, quand elle reconnaîtra (si elle reconnaît) son thésard et n en dira rien. Il ne faut pas en faire soi-même l introduction.

Guillaume 26/05/2007 02:18

"- Il me semble que si des écrivains comme Voltaire et  Hugo révélaient la passion pour la Chine dans leurs écritures, ils n'étaient néanmoins pas des amoureux de notre pays, c'est plutôt  avec une certaine prétention colonialiste." disait l'étudiante
Voilà un thème qui devient sérieusement à la mode : la perception de la Chine en Occident depuis le moyen-âge. Autour de moi, étudiants et professeurs se remuent sur la question. C'est intéressant, mais je m'inquiète de la tournure nationaliste que cela risque de prendre. "Amoureux de notre pays", je me demande quel sens scientifique on peut mettre sous cette expression.
Ce n'est qu'une impression mais voilà mon impression : l'université chinoise s'américanise, dans ses méthodes mais aussi dans les théories utilisées (gender studies, post colonialism). Mais, alors que ces théories, liées en partie aux penseurs français des années soixante, visaient à lutter contre le totalitarisme du pouvoir, elles sont reprises dans les pays émergents pour critiquer l'attitude des grandes puissances, sans critiquer le totalitarisme local. On l' a vu en Algérie, il y a peu, où le ministre de la culture a utilisé Derrida pour justifier son gouvernement.
On peut redouter l'émergence d'un esprit critique qui ne critique que les étrangers (avec raison d'ailleurs), sans faire le travail le plus douloureux, qui est de se critiquer soi-même.