Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rechercher

Archives

20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 02:18

Pourquoi Victor Segalen n'arrive pas a percer ? C'est un etrange phenomene, que celui de Segalen. Voyageur, medecin, interprete et archeologue, l'ecriture etait tout pour lui et cette ecriture cherche toujours ses lecteurs. Il n'est pas oublie, non plus, son nom circule toujours et va circuler de plus en plus avec l'influence du monde chinois. Voila un ecrivain francais qui, au debut du vingtieme siecle, a vraiment vecu en Chine, appris la langue, etudie l'histoire et cherche a creer une ecriture qui soit deformee, ou reformee, par la presence chinoise. Il aurait pu etre le Mallarme de la litterature du voyage, mais il semble qu'il n'y ait que les universitaires qui le lisent vraiment.

Ces jours-ci se tient un colloque sur Segalen, a l'universite Fudan. Je n'arrive a decider si c'est un succes raisonnable ou un deplorable echec. Les conferenciers sont tres bons, le lieu est tres bien, le contenu des conferences est formidables, mais voila : il n'y a presque pas de public. Si on soustrait les conferenciers et les organisateurs du colloque, on atteint peniblement 15 personnes dans la salle. Deux facultes sont pourtant directement concernees, celle de litterature comparee (ou se deroule le colloque) et celle de francais (ou je travaille). Les conferences sont bilingues et sont d'un niveau tout a fait adapte a nos etudiants.

Est-ce a dire que les Chinois se fichent de tout ce qui touche de pres ou de loin la culture ? La litterature ? La litterature etrangere ? Est-ce que la communication n'a pas ete a la hauteur ? Peut-etre aussi y a-t-il des conflits ou des tensions entre les facultes ? Il y a un peu de tout cela peut-etre, mais je vois quand meme la-dessous une indifference bonhomme, triomphante. Une indifference satisfaite, repue. On reproche aux etudiants de ne pas lire assez, de ne pas travailler suffisamment, mais ce n'est pas de leur faute, ils sont simplement adaptes a leur environnement. Le systeme dans lequel ils sont ne privilegie pas le savoir, la recherche autonome, la pensee, la curiosite. Le manque de curiosite est presque une qualite en Chine, ce n'est en tout cas pas vu comme un defaut. Dans ce contexte, les colloques ne semblent etre la que pour la frime, pour imiter ce qui se fait dans le grand monde.

Ce n'est pas Segalen qui s'en plaindrait, lui qui avait tant de mepris pour le public. C'est sans doute quelque chose de cet ordre qui lui manque pour devenir un vrai classique : il n'avait ni le genie d'un Mallarme qui donne envie de faire l'effort de lecture pour atteindre ses idees, ni la simplicite qui permettrait a chacun de le lire au premier degre. De plus, ce qu'il deteste, ce qu'il meprise, c'est exactement ce qui est le meilleur. Je m'explique. Il dit ne surtout pas vouloir faire une litterature de descriptions exotiques, de sujets picturesques etc. mais ce sont ces descriptions de l'architecture chinoise, dans ses lettres, qui me paraissent les passages les plus interessants. De meme son recit de voyage L'equipee, possede a mes yeux plus de valeur litteraire que son roman a la construction savante mais datee, et au style quand meme un peu emprunte.

Mais permettez-moi de vous prevenir, chers amis : commencez des maintenant a ressortir vos vieux exemplaires de Steles et de Rene Leys, car vous n'avez pas fini d'en entendre parler et vous aurez souvent l'envie d'y revenir faire un tour.

Partager cet article

Repost 0
Published by Guillaume - dans universités
commenter cet article

commentaires

Vudici 25/04/2007 16:03

Juste pour animer le débat, je me souviens d'un commentaire il y a un an d'une personne qui évoquait V.S. sur un autre site qui justement le citait en "A propos"... Ce site n'est d'ailleurs pas n'importe lequel, celui d'un excellent photographe dans le blogs du Monde (le journal)... Je vous laisse y retourner.
http://chine.blog.lemonde.fr/?name=2006_05_jeune_jeune_jeu
"Commentaires

1.

Dans votre bio vous citez V.Ségalen c’est oublier un peu vite qu’il écrit des propos extrêmement haineux vis à vis des chinois de son temps. Lorsque j’ai découvert cela je travaillais en Chine et cela m’a choquée. Cela dit vos photos sont intéressantes mais toute modernisation est dévastatrice et on déplore le résultat conternant.Mais qu’avons-nous fait nous- mêmes.
Rédigé par: Martine | le 31 mai 2006 à 22:26 "

PS: J'ai mis une demi-heure pour recupérer ce lien alors qu'il suffisait d'une recherche avancée sur Altavista (efficace moteur de recherche:
http://www.altavista.com/web/results?itag=ody&dt=dtrange&dfr%5Bd%5D=1&dfr%5Bm%5D=1&dfr%5By%5D=1980&dto%5Bd%5D=25&dto%5Bm%5D=4&dto%5By%5D=2007&filetype=&rc=dmn&swd=&nbq=10&pg=aq&aqmode=s&aqa=&aqp=&aqo=%22Un+%C5%93il+en+Chine%22++%22S%C3%A9galen%22&aqn=&kgs=0&kls=1
Trouver un des mots suivants/ "Un œil en Chine" "Ségalen"
J'ai pour ma part travaillé 3 ans dans un lycée connu en Asie qui porte le nom de Victor Ségalen... Sans rapport.

Guillaume 23/04/2007 02:44

Profite-bien de tes vacances, mon bon Ben. ans internet et sans Segalen, tu te reposeras mieux.
Pour le colloque Segalen, je me dois de preciser que lorsque le week end est arrive, l'affluence a ete considerable. La presence d'ecrivains chinois connus a attire de nombreux etudiants de differents horizons et je dus m'en aller hier, au moment ou, fatigue, je ne me voyais pas rester debout une heure durant.
La curiosite est donc bien vivante en Chine, et l'organisation de colloques toujours utile. 

ben 22/04/2007 11:28

Excellentes réponses. J'aimerais bien savoir ce que peut penser un(e) Chinois(e) d'un occidental qui essaie de rentrer dans l'espace créatif chinois. Je me demande si, à l'inverse, il y a des équivalents d'artistes chinois qui essaient d'habiter l'"étendue de l'âme" occidentale.Ces jours-ci, je vais malheureusement devoir prendre des vacances dans un lieu dénué de toute connexion internet. En plus, je ne pourrai pas en profiter pour lire du Segalen parce que je n'en aurai pas d'exemplaire sous la main. Fait ch..., les vacances.

Guillaume 22/04/2007 06:16

Oui, c\\\'est proche de ce que je pense, la poesie de Segalen n\\\'a rien de chinois, meme si certaines "steles" comportent des passages qui sont de simples traductions de veritables ecrits graves sur de veritables steles. Les segaleniens n\\\'etant pas, pour la plupart, connaisseurs de la Chine, cette distance avec la Chine n\\\'est pas un probleme pour eux, et elle ne devrait pas en etre un en effet. Mais ce qui est interessant chez lui c\\\'est sa tentative de recreer une ecriture habitee, entre autre, par sa perception de l\\\'espace chinois (architecture, cardinalite, parcours de l\\\'empereur qui, tous les cinq ans, regenere voire reenfante l\\\'espace de l\\\'empire, labyrinthisme plein de lignes droites, vides et pleins, sinuosites, etc.)
"inutilement hermetique" dis-tu. C\\\'est ue impression qu\\\'on peut legitimement avoir, mais c\\\'est le propre de cette epoque debut de siecle ou les auteurs aimaient donner aux lecteurs un boulot terrible. Joyce, dans ces memes annees, disait a propos de Ulysses : "J\\\'ai donne aux critiques du travail pour cent ans." En se penchant sur les poemes de Segalen, on trouve toutes sortes de symboles excitants pour l\\\'esprit, et c\\\'est pour cela que c\\\'est un auteur presque exclusivement pour universitaires. Ces derniers n\\\'aiment rien tant que reduire la litterature a des puzzles, des devinettes, des jeux de references et des trucs caches.
 

François 21/04/2007 13:26

Cher Ben , je ne suis pas spécialiste  (surtout pas !). Je te recommande de lire Ségalen dans le texte (sans lire la préface) au milieu d'un parc par un bel aprés midi d'été. Tu verras que le ^côté réac disparaîtra automatiquement. Conseil d'ami. Votez Ségalen !