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9 avril 2007 1 09 /04 /avril /2007 07:15

Je m’empresse de le dire avant que vous ne le pensiez. Je suis un bien mauvais citoyen, en vérité, car je ne voterai pas pour les prochaines élections présidentielles. Pour la première fois depuis que j’ai l’âge de voter, je vais manquer une élection nationale. Je m’y suis pris trop tard, j’ai oublié de m’inscrire sur les listes électorales de mon consulat, et je ne connais personne, vous entendez bien, personne qui soit inscrit dans le même bureau de vote que moi. Aucun de mes amis qui habitent dans cette capitale européenne où j’habitais jadis n’est en mesure de voter à ma place, soit parce qu’ils sont étrangers, soit parce qu’ils sont inscrits en France.

Aujourd’hui, c’était le dernier jour pour faire une procuration, et à l’heure qu’il est, ce lundi, le consulat de Shanghai vient de fermer ses portes. C’est définitif, je n’apporterai pas ma voix. Je m’en remets à vous, entièrement, je vous fais confiance, mais attention ! Ne votez pas pour qui vous savez.

J’en suis marri, fort marri, surtout ici où le droit de vote n’existe pas.

Sur les blogs d’expatriés, il est de bon ton de critiquer vertement la France. On se croit super malin de l’avoir quittée et on prend son système social pour une préhistorique machine à gaz. Il arrive aussi aux expatriés, en Chine, de critiquer la démocratie française. On parle de la corruption qui y existe en disant : « Voyez ! C’est pas mieux chez nous. » Ce n’est mieux, la démocratie, même si elle est très perfectible ? Les Français préféreraient-ils un régime à parti unique et avoir autant de droits réels que les Chinois ? De mon côté, j’ai toujours respecté les élections. Même adolescent et rebelle, je trouvais qu’il y avait quelque chose d’assez extraordinaire de donner à tous le droit d’élire les dirigeants. Mais maintenant que je vis en Chine, je chéris ce régime politique plus encore. Plus que d’élire, je m’aperçois combien les élections sont utiles pour sanctionner, voire se débarrasser de politiciens désastreux, si besoin est.

Je vois la difficulté qui existe à concevoir, ne serait-ce que concevoir, l’éventualité d’une démocratie. Même les intellectuels chinois la conçoivent avec peine. Certains prétendent que ce n’est qu’une question de tradition. « Ce n’est pas dans notre tradition », m’a dit un jour un ami. Et nous, c’est dans notre tradition ? « Oui, vous, vous avez l’influence des Grecs. » Ils ont réponse à tout, tellement l’idée seule de donner une voix aux Chinois est aujourd’hui impensable pour nombre d’entre eux. Je vois aussi combien il serait facile, si une démocratie « à la russe » se mettait en place, de la rendre inopérante, en contrôlant la justice et les médias. Je m’aperçois combien le simple fait de jouir d’une presse à peu près libre, d’une justice plus ou moins indépendante, de plusieurs partis qui s’affrontent et débattent, et lâchent le pouvoir quand le peuple le décide, est une chose rare, fragile et précieuse. Il faut lire l’article de Cai Chongguo, ému par le discours d’adieu de Jacques Chirac. Quitter le pouvoir, vous vous rendez compte ? Le laisser à d’autres, à des adversaires même, quelle belle utopie.

Cela étant dit, je dois avouer que si j’avais pu, j’aurais voté pour le seul plaisir d’accomplir mon devoir de citoyen, car les candidats dont j’entends parler me désolent. Je lis, je me renseigne, et je me demande : qu’est-ce qui s’est passé pour que les Français aient le choix entre une dame sans idée et un monsieur excité, arrogant et dangereux ? Avec deux « troisième homme » en embuscade qui sont soit ennuyeux soit indigne. J’écrivais récemment que les Chinois n’avaient pas les gouvernants qu’ils méritaient, mais nous, méritons-nous cela ?

Oui, sans doute, dans une démocratie, nous sommes responsables du niveau de nos dirigeants. Nous le méritons, parce que nous ne prenons pas la politique assez au sérieux et que nous la laissons aux mains de ceux qui sont prêts à y penser tout le temps pour leur seule gloire.

Bon, ne mettons pas la barre trop haut. Le successeur de Chirac ne pourra pas être beaucoup plus malhonnête. Et s’il respecte le droit de vote, s’il n’égratigne pas trop les libertés fondamentales, ce ne sera pas trop mal. Aux armes, citoyens.

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Published by Guillaume - dans idées
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Guillaume 21/04/2007 08:45

Je pense d'ailleurs que l'ecole des legistes va revenir tres fort sur le devant de la scene, je ne vois pas comment on pourrait y echapper. En particulier dans le contexte du debat actuel sur l'existence d'un Etat de droit en Chine. En effet, il me semble que le peuple a son importance dans la pensee politique chinoise. Meng Zi (Mencius) va jusqu'a dire des choses assez fortes sur la necessite pour l'empereur de bien gouverner et du droit du peuple a s'en debarrasser s'il n'est pas a la hauteur de son mandat celeste.
Je vais poser des questions autour de moi, car il n'y a rien de tel que d'entendre ce que les gens ressentent.

ben 20/04/2007 21:54

La notion de légitimité dans la pensée politique chinoise, ça ce serait un sujet de thèse interessant. En général, la pensée politique chinoise me paraît assez peu explorée en France, il y a pourtant de quoi faire en commençant par le classique Han Fei zi. Ainsi, il n'y a pas à ma connaissance de traduction française accessible de textes de l'école Légiste.-à part Han Fei Zi, qui est plutôt taoiste, par Jean Lévi: Han Fei Zi ou le Tao du Prince, Seuil. A priori, on aurait tendance à répondre qu'il n'y a pas de théorie de la légitimité en Chine parce que la seule légitimité du pouvoir a toujours été la force. Cependant, je pense que si on regarde plus en détail (moi, hein, je n'y connais rien et je parle d'aprés mes souvenirs), on trouve chez Han Fei une espece de républicanisme, avec l'idée que l'Empereur aurait pour but le bien public contre les interêts particuliers, notamment ceux de ses courtisans. Il trouve donc sa légitimité dans l'application inexorable de la même loi à tous, qui prouve son impartialité à ses sujets et "dit" le bien public, le définit et le fait exister. Cette idée, à mon avis, fait toute la force de son argumentation. Pas plus que Machiavel, Han Fei n'est un affreux cynique. La légitimité ressortirait alors non d'un "mandat celeste" ni d'un pacte démocratique, certes, mais pas non plus de l'exercice aveugle de la force au service des caprices du Prince. Or, il paraît que Qin Shi Huangdi, le premier Empereur, était un disciple de Han Fei (avant et aprés l'avoir fait mettre à mort); à partir de là, à travers  Huangdi, c'est toute la politique chinoise qui se trouve dans l'influence légiste. Il serait temps de commencer à la mesurer.

Guillaume 20/04/2007 15:58

C'est la vieille  question de la legitimite, qu'il ne faut jamais cesser de se poser. Qu'est-ce qui fait qu'un gouvernement ou un chef est legitime, et qui habilite a le dire ? Aujourd'hui, chez nous, c'est le peuple souverain. J'aimerais savoir ce que c'est pour les Chinois. Ceux que je cotoient ne critiquent pas leur gouvernement, ils le trouvent sans doute legitime mais qu'est-ce qui le rend legitime a leurs yeux, je n'en sais rien.

damien 20/04/2007 09:08

Oui, je pense que c'est aussi le point de vue du PCC !-)))

Ben 20/04/2007 08:58

On peut aussi choisir le tout petit brun au look c'est moi le boss ou le vieux blond au look para à la retraite. Enfin, choisir, c'est un grand mot, "épancher sa bile" serait plus exact. Ma coiffeuse pense qu'il y a trop de paresseux qui profitent du chômage pour ne pas travailler, mon voisin trouve que, à la campagne, ce qui est bien, c'est qu'il y a moins d'insécurité qu'en ville parce qu'il y a aussi moins d'immigrés. Je connais des jeunes qui disent qu'il y a trop d'Etat en France parce qu'ils sont obligés de boucler leur ceinture de sécurité en voiture, ce qui porte atteinte à leurs libertés fondamentales  Je ne voudrais pas choisir pour eux, mais j'aimerais autant qu'ils ne choisissent pas pour moi. Le probleme, avec la démocratie, c'est quand on a une majorité de cons. Je me demande si c'est aussi le point de vue du PCC. Mais je sens que je m'égare.