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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 11:51

Il n’y a pas d’amitié réelle sans admiration. Je lance cette phrase comme ça, pour donner du poids à ce que je vais dire ci-après. Je n’y crois pas du tout, bien entendu, l’admiration n’a rien à voir avec l’amitié, et puis l’amitié c’est un mot trop gros, c’est encombrant.

Au fait.

J’admire la sobriété de Sigismond. Sa frugalité. Il boit peu d’alcool, tellement peu que je le soupçonne de me croire alcoolique. Il parle peu, mais il peut parler vraiment, rarement mais sincèrement. Auquel cas, il le fait avec peu de gens. Un jour, Lumière de l’Aube l’a chambré parce qu’il ne desserrait pas les dents. Il répondit qu’il avait perdu l’habitude de parler.

Quand on se voit, lui et moi, c’est la rencontre entre un grand bavard qui n’aime qu’une seule langue et un grand muet polyglotte.

Les femmes chinoises aiment ce type d’hommes peu loquaces. La plupart des femmes préfèrent les taiseux aux bavards, car on respecte toujours plus, hélas, les gens réservés. Mais les femmes chinoises ont une nette aversion contre les beaux parleurs, peut-être parce qu’elles ont moins d’armes pour s’en protéger, parce qu’elles sont plus facilement impressionnables.  

Sigismond mange peu, aussi, ce que j’admire encore plus, et il n’a pas un poil de graisse. Il cultive son corps et il est à mes yeux une force de la nature, capable d’effectuer cinquante pompes, là, au bord d’un lac, sans être essoufflé.

La fermeté pourrait être son principe. Chacun de nous abrite un principe individuant, un petit truc simple et élémentaire autour de quoi se noue notre idiosyncrasie. Cela peut-être la fluidité de l’eau, la pureté de l’air, la couleur rouge, le désert, la mer, la gravité, la rapidité. Pour Sigismond, c’est la fermeté. Il nourrit inconsciemment un idéal de pierre. Tout en lui ramène à la statue. Il bouge peu, agit peu, tend à n’avoir que des poses nobles et mesurées, il écrit peu, comme si la moindre phrase écrite était gravée dans le marbre.

Sa voix est une voix minérale et dure. Un jour il corrigea un article que j'avais écrit pour une troupe d'opéra Kun. Il le lut à haute voix et donna à mes phrases une ampleur antique, une présence spatiale. J’étais transi d’admiration pour mon propre texte.

C’est là la générosité d’un homme ferme : il fait rejaillir sur vous l’admiration que vous lui portez.

 

 

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Published by Guillaume - dans rencontres
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commentaires

ben 12/04/2007 14:51

Rien compris, mais bravo et bon courage.

Guillaume 12/04/2007 11:24

Ben, tu viens de mettre au jour le procédé narratif que je cherchais confusément pour créer le personnage de Sigismond. En effet, le narrateur, qui superficiellement n'a pas la rigueur et la noblesse de Sigismond, est finalement  le plus ferme des deux quant aux principes et aux prises de décision. Sigismond se fluidifiant dans et par l'indécision. Mais ce sera trop dur à écrire, dur comme du Thomas Mann.

ben 12/04/2007 09:50

Mine de rien, ton article est plein de principes fermes et définitifs; si on aime les principes, on ne peut que se réjouir. "Pas d'amitié réelle sans admiration"; "chacun de nous abrite un principe individuant, un truc simple et élémentaire"; et une idée qui ressemble à un théoreme: "c'est là la générosité d'un homme ferme: il fait rejaillir sur vous l'admiration que vous lui portez.". Pour montrer ta culture, on pourrait souligner des references à peine cachées: Aristote, Leibniz, Confucius: "fermeté, décision, simplicité et reflexion sont proches de la vertu suprême" ; "qui est animé de la vertu suprême hésite à en parler...ce qu'on pratique difficilement, comment en parlerait-on facilement?" (Confucius, xiii, 27et xii3); il y a plusieurs manieres d'hésiter; celle qui consiste à multiplier les paroles pour approcher la chose n'est pas la pire. Moi, j'aime bien aussi le bégaiement de Neige, mais comme je n'ai pas ta rapidité admirable, je n'y comprends rien. Peu importe. "Avec sa culture, l'honnête homme rassemble ses amis; avec ses amis, il se perfectionne dans la vertu suprême".

Guillaume 11/04/2007 13:33

Ah oui, je comprends maintenant. Comme quoi, je comprends relativement vite.

Neige 11/04/2007 12:44

Eh? C'est facile à comprendre...Comme Bamalega parle de son amour, elle peut parler d'une façon artistique, moi, qui fais des recherches maintenant, je ne peux malheureusement parler que comme ça: celui qui...ne...celui qui...ne...