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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 02:09

 

J’ai oublié le nombre de tours que l’on est en train de construire à Shanghai, mais c’est un chiffre colossal. Disons mille ! Si c’est faux, un lecteur voudra bien me corriger. Et même si c’était trois cent cinquante, ce serait énorme. Les architectes s’y donnent à cœur joie. Ils disent qu’à Shanghai, ils ont l’impression que tout est faisable. Une énergie y est déployée qui permet de rêver à n’importe quel projet.

Tous les architectes que j’ai entendu à Shanghai disent une chose : les tours sont construites dans la rapidité, voire dans la précipitation. Les cabinets d’architectes imitent des formes créées ailleurs, reprennent des modèles et les plaquent sur la ville, mais sans la réflexion qui accompagnait ces formes d’architectures quand elles furent créées, en Europe, en Amérique ou en Asie. Comme les prises de décisions viennent de différentes sources (le Parti, les spécialistes du Feng Shui, la mairie, etc.) qui exigent différents aménagements, il n’y a pas de plan d’ensemble ni de cohérence. Moi, je précise que cela me paît bien, cette énergie pure des tours qui s’élèvent sans équilibre. C’est précaire, mais ça me plaît, esthétiquement. Shanghai, de ce point de vue, est le contraire de Hong Kong et son harmonie enchanteresse.

Shanghai, c’est le Far West. Si vous avez de l’argent, vous pouvez réaliser vos rêves mégalomaniaques.

 

 

 

Far West, c’est le mot qui me vient pour l’ensemble de la vie culturelle shanghaïenne. On y trouve de tout, sans ordre. Ici, on ne choisit pas vraiment. Une fois l’autocensure et la censure passées, on fait feu de tout bois, du moment qu’on règle les questions du financement. Pour l’art contemporain, il n’y a pas de budget digne de ce nom, donc on expose tout et n’importe quoi. La Biennale d’art contemporain, cet automne, était donc composée de jeunes artistes hétéroclites qui n’ont pas coûté une thune au grand capital. Si vous êtes artiste, venez à Shanghai, en vous remuant un peu, vous exposerez vos œuvres, c’est une certitude. Ici, art rime avec marché de l’art, et des marchands viennent de partout pour spéculer sur des artistes chinois dont les cotes montent et descendent à une vitesse effroyable.

Cette culture de western va jusqu’au DVD pirates, qui sont en vente partout et qui proposent tout ce qui se fait dans le monde sans distinction : les films de Debord côtoient les séries américaines. Moi-même, hier, j’ai acheté un coffret de films de Truffaut et la première saison de la série Rome.

Le livre n’est pas épargné. Un éditeur publiera tout ce qui peut se vendre sans chercher à créer une ligne éditoriale. Savez-vous que dans les rues on vend et on achète des livres pirates ? Dans ce contexte, il est naturel de se dire que tout est possible. C’est dans ce contexte précis que je me suis lancé dans la folle aventure de faire traduire Jean Rolin en Chinois. J’aurais pu décider de faire construire une tour de cinq cents mètres à mon nom.

 

 

 

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Published by Guillaume - dans villes
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François 03/04/2007 10:01

Ok je reformule . Lorsque tu écris "une fois la censure et l'autocensure passée" , je me demande comment c'est possible en Chine actuellement (c'est une dictature, non ?) . Et si c'est possible, si tu connais des chinois qui y arrivent, qu'ils nous donnent leurs trucs, parce qu'en france c'est pas forcément évident aussi (et on est en démocratie...) Voila c'est tout. Bon FAR EAST

Guillaume 03/04/2007 01:25

Je n'ai rien compris à ce que tu viens de d'écrire, mon bon François.

François 02/04/2007 23:06

"Une fois la censure et l'autocensure dépassée", vite dit comme ça tu y vas un peu vite en besogne je trouve...Vu le travail qu'il y'a en France , je n'ose imaginer l'énergie à dévellopper pour déblayer et décrasser tout ce qu'il peut y avoir de masse infantilisée ,  serviles et de soumises en Chine, Bon Far East quand même...