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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 04:27

Prenez un Chinois intelligent, cultivé, francophone et curieux. Retenez-le en Chine jusqu’à l’âge de 25 ans, puis transportez-le dans la plus belle ville du monde (Venise, New York, Paris, vous choisissez, du moment que votre choix n’est guidé par aucun mouvement chauvin.) Que se passera-t-il ? Le jeune homme sera probablement déçu. C’est presque une loi, et comment en serait-il autrement ?

 

Je connais un tel jeune homme. Je l’ai revu à Nankin, il y a quelques jours. Il a passé les six derniers mois à Paris pour commencer sa thèse de doctorat.
Qu’a-t-il à dire sur la France à son retour ? Il trouve que les Parisiens gaspillent les tickets de métro et se demande pourquoi la France n’a pas encore adopté le système des tickets ou des cartes électroniques. Il dit que les Français ne sont pas aussi « cultivés » qu’il le pensait (j’ai cru comprendre qu’il voulait dire « bien élevés ».) Il précise : « Et je ne parle pas que des immigrés ! »

A propos d’immigrés, il trouve que les Africaines font l’amour trop bruyamment. Parfois, gêné par les ébats de sa voisine de pallier, il sortait de son appartement et taillait une bavette avec son autre voisin de palier, Français d’origine algérienne, qui se plaignait pour sa part du racisme de ses compatriotes. Je ne sais plus s’il a parlé des crottes de chien, mais enfin voilà : la rencontre de deux cultures splendides n’a enfanté que d’observations de cet ordre.


Cela s’explique aisément : regarder une ville, ça s'apprend, ça se travaille, c’est comme apprécier des tableaux de la Renaissance, et où diable les Chinois pourraient-ils apprendre à regarder une ville ? Ils n’ont à leur disposition que d’adorables villages et des villes détruites (par les puissances étrangères, dont la France qui a su laisser une trace magnifique de pillage et de destruction barbares ; détruites ensuite par les guerres du vingtième siècle ; détruites enfin par le régime actuel qui, depuis Mao, a commis les pires dégâts urbanistiques que la Chine ait connus.) Villes détruites et en reconstruction, donc en travaux. Un goût du neuf et du kitsch, des gouvernants pour qui l’aménagement du territoire est une machine à sous, tout indique que les Chinois apprécient les villes sous le seul angle pragmatique.

Je ne parle que pour aujourd'hui. Je leur fais confiance pour retrouver dans l'avenir le sens esthétique qu’ils avaient autrefois et qui leur ont fait créer les plus grandes merveilles de l’humanité, en terme de résidences, de jardins, d’organisation des espaces privés et publiques.


Simon Leys disait que quand deux grandes civilisations se rencontraient, elles ne s’échangeaient que des bibelots, des morceaux d’étoffes, de la vaisselle, et étaient incapables de voir ce qui était omniprésent au regard et formait le génie du peuple rencontré. Les Italiens savent regarder une ville, mais devant une calligraphie chinoise, ils seraient muets et n’auraient aucune émotion. Les Chinois sont tout aussi désemparés dans une ville européenne, alors ils regardent les tickets de métro.

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Published by Guillaume - dans villes
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commentaires

Jennifer a Shanghai 03/04/2007 08:35

Tres bien, et bien je te dirais si ca ressemble a ton ancien blog, je vais y aller faire un tour. C'est Nankin en douce?
Au regard des quelques dizaines de pages que j'ai lu, je peux voir le portrait autobiographique d'un profond anticolonialiste, degoutee des etrangers (les exapts d'aujourd'hui?), mais qui essaie de voir la beaute du pays malgre tout les connards qu'il croise sur son chemin. A suivre.

damien 03/04/2007 03:10



Je salue bien bas la diplomatie du sage et du lettré...
le mercenaire que je suis n’a pas la même faculté d’empathie..
 

Je te souhaite d’avoir raison !
 

 

Guillaume 03/04/2007 01:21

@ Jennifer. C'est drôle, un copain m'a justement prêté ce bouquin il y a bientôt un an. Il y avait vu des similarités entre son style et celui de mon blog précédent. Il va falloir que je le lui rende, tout de même, et probablement sans l'avoir lu...
@ Damien. Ne soyons pas injuste, pour l'instant Nicolas n'a rien "pollué" chez moi, il a même apporté deux références pertinentes, avec adresse exacte, sans insulter personne. Et même s'il se mettait à insulter, comme il l'a fait alleurs, je me demande si je l'exclurais : il y a quelque chose d'attendrissant chez les gens qui cherchent la bagarre.
@ Nicolas. Je connais ce livre de Fabienne Verdier, je n'aime pas trop. Son livre, en particulier, m'est tombé très vite des mains. D'abord il est écrit médiocrement, et sa vision de l'art est lourde. Votre citation est parfaite : on voit combien elle est étrangère à ce qui a fait le vingtième siècle artistique. Son mépris et son dédain pour les étudiants aux Beaux-arts m'ont chagriné. Et son rapport à la Chine, vraiment...

Jennifer a Shanghai 02/04/2007 07:21

Pour apercevoir cet aspect de la rencontre de deux civilisations, je me penche actuellement sur "Cochinchine" de Leon Werth...

damien 02/04/2007 06:11

Aaahhhh, sacré Nicolas, après avoir pollué les sites de Pierre Haski, Hesiem et consorts, le voilà qui vient déverser sa bile sur ce site…
 

Guillaume, d’autres blogueurs se sont frottés à l’animal avant toi et n’ont malheureusement trouvé qu’une parade : l’exclusion, sous son pseudo d’origine ou sous les dérivés qu’il aime à employer (emprunter le nom d’un autre ne le gêne apparemment pas).
 

Les plus beaux jardins ont hélas parfois besoin d’un petit coup de désherbant…