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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 03:16

Samedi soir, alors que tout jeune homme bien constitué devrait faire la fête dans des lieux éclatants, j’étais avec Sigismond que je n’avais pas vu depuis deux mois. La dernière fois qu’on s’était vu, il partait pour le Tibet avec un livre de chinois classique qu’il comptait bien déchiffrer. Il n’avait pas emporté d’autre lecture, afin de ne pas se laisser déconcentrer par, mettons, la facilité et la mondanité d’un Musil ou d’un Broch.

En entrant dans le campus de l'Université de Nankin, j’étais content comme un gamin de retrouver mon vieux copain. Nos longues conversations strictement littéraires me manquaient, je m’en apercevais en approchant de chez lui. Il n’y a pas à dire, dans la vie il y a des choses qui font un bien sans tâche et qui sont aussi précieuses que les rencontres amoureuses : des amis avec qui on peut reprendre le fil de vieilles discussions interminables, même après des mois, des années d’absence. Je comprends mal ces gens qui disent : « Ah, je déteste ces discussions d’intello, ça ne mène nulle part. » Elles mènent très loin, au contraire, à condition de se laisser porter un peu, elles mènent loin dans le temps, dans les paysages, dans les rêves et dans les images, dans les mots et les systèmes. Elles font voir beaucoup de choses, même et surtout si elles n’ont pas de point d’aboutissement.

Après avoir mangé avec son adorable petite amie, la même depuis trois ans, nous nous sommes retrouvés, naturellement, à avoir des bouquins autour de nous, dans nos mains, sous nos yeux, et à lire à haute voix, et à discuter des points de détails du style de Flaubert. Nous reprîmes dans le détail l’article de Proust de 1919, un chapitre du Thibaudet, le journal des Goncourt et les souvenirs de Zola. Comme le disait Tourgueniev à propos de Flaubert : « Aucun écrivain, dans aucune langue, n’a jamais raffiné de la sorte. »

Puis Sigismond a lu de nombreuses pages de Blanchot sur Kafka. Sans les commenter, c’était juste pour le plaisir. Peut-être aussi pour communiquer des choses plus obscures, ou plus douloureuses, dont il préférait ne pas trop parler.

Nous mîmes à plus tard, au lendemain et au surlendemain, les sujets qui pouvaient attendre, comme la famille, la santé, les soucis et les voyages.

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Published by Guillaume - dans rencontres
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commentaires

François 31/03/2007 14:04

C'est si beau qu'on en chialerait... Bon anniversaire au fait.
François

Guillaume 31/03/2007 11:22

Epicure disait que la vie réservait des plaisirs à tous les âges de la vie, et que dans la vieillesse il est si doux de se souvenir. Moi, je suis d'une génération où les gens étaient nostalgiques dès l'adolescence. A quinze ans, nous rechantions les tubes que nous entendions à sept ans. Alors, oui, il est doux de se souvenir qu'on a vu et discuté avec ses potes sous différentes lattitudes. Ca vaut bien les souvenirs de régiment.

Francois 30/03/2007 18:31

Mes amitiés à ce cher  SIGISMOND .! et oui tu as raison , les discussions d\\\'intellos sont assez importantes. Quelle chance vous avez...Je suis jaloux , na ! Car si je veux bien avouer mon attirance pour les discussions d\\\'intellos il faut bien souligner aussi mon incapacité à tenir plus de deux minutes sur un sujet quelconque, sans doute par manque de confiance en moi, par timidité ou orgueil que sais-je, tout ceci est une autre histoire... Flaubert, c\\\'est bien mais pour ma part je suis dans Théophile Gauthier -je pénètre son oeuvre como un majicon !  -, plus décrié, plus déprécié, mais qui a toute son importance si on y réfléchit bien.., mes capacités à appréhender les langues étrangères ayant atteint son paroxisme pour l\\\'instant -et préparant un séjour sur des pays du nord (canada ou scandinavie, peut-être l\\\'europe de l\\\'EST.. je ne sais encore...)  -, je lui souhaite bon courage dans ses travaux de traductions chinoises en esperant un jour le recroiser sur mon chemin, en souvenir de son slogan qui savait booster une journée et la vie tout court  lorsqu\\\'il rentrait en salle des profs : Vie est féminine !

François
 

dominique 30/03/2007 11:04

Et si tu venais chez nous, ah comme nous te recevrions ! Rien de tel que Belfast, pour faire la bombe.  Ce qui me fait songer à te souhaiter de la part de Claire un bon, heureux et excellent anniversaire. Quant à moi, mon bon Ti-Lou-Mao, je rallume un instant dans mes souvenirs trente-cinq bougies.  Il y a une soirée de mai, assis dans l'herbe, avec une centaine d'autres, entre le Pav et le terrain de Cricket. Une discussion sur la Liffey, un soir dans le fast-food chinois de Temple Bar. Dans Cow Lane, tu joues de la guitare. Une nuit, tu partages tous tes livres entre tes amis et je repars avec Baudrillard, Robbe-Grillet, Stendhal. Une matinée entière à la terrasse du bar de la rue des Tournelles. Deux jours plus tard dans l'appartement d'Hélène, le soir,  alors que tu devrais normalement être en train de survoler la Russie. Plus tard à Nankin,  à la tombée de la nuit, sur la  muraille. A dix heures du soir, à la gare de Nankin, dans le plus épais brouillard. A Shanghai, dans un café de la concession japonaise. Te bourrant de patisseries au 67 eme étage de la tour Jin Mao...