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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 06:29

L’autre jour, en plein après midi, CCTV5 rediffusait pour la nième fois la finale de la Coupe du monde, France – Italie. Je regarde toujours ce match avec plaisir et frisson. C’était une bonne finale. Les quinze dernières minutes sont dignes d’un grand film palpitant, je ne m’en lasse pas. Les joueurs français, vieux et discrédités, font pression sur les fringants Italiens épuisés, à bout de ressource, et qui ne peuvent plus que défendre. Le coup de boule incompréhensible de Zidane qui stupéfie les commentateurs chinois. « Wei shen me ? ». Même réduits à dix joueurs, les Français continuent d’être les plus présents. J’éteins la télé à la fin du temps réglementaire et ne regarde pas la séance des tirs au but.

J’aime beaucoup regarder des matches de football dont je sais déjà le résultat. J’aime cela car je ne regarde pas un match sous un angle évènementiel, mais avec une optique esthétique. La question n’est pas : quel score va-t-il y avoir, et quel degré de joie ou de tristesse ce score va-t-il me procurer ? Le plaisir du spectateur vient de cette autre question : comment cette trentaine d’individus (en comptant les remplaçants, les entraîneurs et les arbitres) vont-ils arriver à ce résultat ? La connaissance du score à l’avance permet de mieux regarder la partie. Comme un film policier où l’on connaît déjà le meurtrier, le match sans suspens devient un déroulement sportif intéressant pour lui-même. On se concentre sur l’essence du football, les gestes techniques, les dispositifs tactiques, les espaces créés, les espaces fermés, les profondeurs de champs, le mouvement des lignes (je vous le dis, c’est éminemment artistique, si l’on prend du recul.)

Alors, comme pour le cinéma, on aurait besoin de voir les matchs du passé, les grands rendez-vous dont nos aînés parlent avec des sanglots dans la voix. La finale Hollande – Allemagne en 1974, le Brésil de 1970, les poteaux carrés de St Etienne – Liverpool. Pour se faire une vraie culture, nous avons besoin de pouvoir analyser des matchs entiers, de voir organiser des rétrospectives, des cycles (par exemple, « les grands matchs de Platini » à voir dans des cinémas, en alternance avec « les plus beaux films de Jean Gabin »), des conférences, des tables rondes…   

De même que je me sentirais très pauvre si je ne pouvais pas avoir accès aux livres des siècles passés, aux films d’avant ma naissance, de même je suis un inculte de ne pas connaître mes classiques. J’attends donc que les médiathèques modernes nous permettent de visionner les grands classiques de l’histoire du foot.

En attendant, profitons des programmations bizarres des chaînes chinoises qui rediffusent n’importe quand des Arsenal – Chelsea et des France –Italie.

 

 

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Dominique 02/03/2007 11:24

Ces pauvres Anglais, pitoyables et pathétiques, ne comprennent décidemment rien au football...  Nous autres Français avons encore, dans ce domaine comme en tous, d' éclatantes leçons à donner au monde.  Signé : ton amie Julie Delpy.
Du reste, une culture populaire n'est-elle pas une chose bien trop sérieuse pour être laissée aux masses (alcooliques) ?

Guillaume 01/03/2007 01:48

C'est le propre de la polémique, quand elle est bien menée, de marquer contre son camp. Les lutteurs alternent et intervertissent leur position à l'envi. Le meilleur exemple et le plus impressionnant est dans La montagne magique, où l'Italien et le petit Naphta s'opposent constamment même et surtout quand l'un dit ce que l'autre disait cent pages plus tôt.
Et pour revenir une dernière fois sur la controverse, les supporters dont tu parles manquent précisément, à mes yeux, d'un intérêt réel pour le football. Ils sont supporters plus que spectateurs (et comment apprécier un spectacle quand on gueule tout le temps ? Ou quand on chante ?) 

dominique 28/02/2007 17:31

Oui, et on leur bourrera le pif à tes lecteurs de Proust, dans dix ans comme aujourd'hui. Car le foot, si beaucoup de gens en aiment les artistes et s'enthousiasment pour les équipes dont le jeu est le plus parfait techniquement et le plus spectaculairement offensif ( Ajax , Pays-Bas, Brésil, Arsenal actuellement) le foot c'est quand même essentiellement quelque chose de plus âpre, dont le plus important ne se joue peut-être pas sur le terrain ( ainsi, le Kop à Liverpool) ou alors ne se traduit pas visiblement en beauté ( Deutsche National Elf).  Il y a des dizaines de milliers d’authentiques et admirables supporters à Newcastle, Bolton, Blackburn et ce n'est probablement pas la beauté du jeu (ni la subtilité tacticienne déployée par leur entraineur)  qui les motive... 
 

Cela dit j'ai vu en Chine sur certaines chaines dans les hôtels (CCTV6 ?), des explications d' extraits de matches,  un arrêt sur le but d' Henry contre le Brésil, ceux de Vieira et c'est en effet une joie de voir décomposées les actions, les gestes techniques et  « le mouvement qui déplace les lignes » . C’est, ma foi, Baudelaire  qui me passe  ce dernier ballon et voila que je marque contre mon camp. Ah ,  je m’incline, mais dans les arrêts de jeu.
 

Guillaume 28/02/2007 14:20

Ce que tu dis là est vrai et hautement intéressant, mais voilà, c'est de la sociologie, de l'anthropologie, et ça ne touche pas l'essence du football. Ce que tu dis, on pourrait le dire de n'importe quel sport d'équipes, le base ball au Etats-Unis, etc. Les supporters connaissent les résultats, les noms des joueurs, des choses comme ça, mais ils ne savent pas nécessairement regarder un match. Et je me demande comment il est possible que la télévision ne propose pas de longues émissions de tactiques et de technique et de théories du football pour éduquer les supporters, leur apprendre à regarder, à analyser. Ca rendrait les stades beaucoup moins animés et bruyants il est vrai, mais ce pourrait être aussi une des manières de traiter le problème du hooliganisme.
Et mon idée de bibliothèque! Imagine un peu le nombre de gens qui fréquenteraient les médiathèques municipales pour voir du foot, et qui en passant se mettraient à feuilleter des bouquins, des magazines... A la mi-temps des matchs, mon bon Dominique, les supporters d'Arsenal liraient Joyce et Proust. Dix ans de cette politique sportivo culturelle et le problème des banlieues est réglé.

Guillaume 28/02/2007 14:19

Ce que tu dis là est vrai et hautement intéressant, mais voilà, c'est de la sociologie, de l'anthropologie, et ça ne touche pas l'essence du football. Ce que tu dis, on pourrait le dire de n'importe quel sport d'équipes, le base ball au Etats-Unis, etc. Les supporters connaissent les résultats, les noms des joueurs, des choses comme ça, mais ils ne savent pas nécessairement regarder un match. Et je me demande comment il est possible que la télévision ne propose pas de longues émissions de tactiques et de technique et de théories du football pour éduquer les supporters, leur apprendre à regarder, à analyser. Ca rendrait les stades beaucoup moins animés et bruyants il est vrai, mais ce pourrait être aussi une des manières de traiter le problème du hooliganisme.
Et mon idée de bibliothèque! Imagine un peu le nombre de gens qui fréquenteraient les médiathèques municipales pour voir du foot, et qui en passant se mettraient à feuilleter des bouquins, des magazines... A la mi-temps des matchs, mon bon Dominique, les supporters d'Arsenal liraient Joyce et Proust. Dix ans de cette politique sportivo culturelle et le problème des banlieues est réglé.