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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 14:17

Vivre en Chine peut rendre un homme dingue. Schizophrène, complètement fou à lier.

Mes amis me disent : « Arrête un peu, de dire qu’il n’y a pas de liberté en Chine. Nous, on ne se sent pas surveillés, ni manipulés. On vit comme tout le monde, quoi. »

En même temps, on lit dans la presse que les autorités chinoises dressent une liste de vingt sujets dont il ne faut pas parler dans les journaux chinois. L’histoire contemporaine, bien sûr, de la prise de pouvoir de Mao jusqu’au massacre de la place Tienanmen (ça, encore, les Chinois sont à peu près au courant.) Mais la vie publique présente est visée aussi : les journaux chinois ne doivent plus parler

-         de la corruption,

-         des militants des droits de l’homme,

-         des crimes sexuels (pourquoi diable ? Pour ne pas donner de mauvaises idées ? Pour ne pas donner une mauvaise image des Chinois ? Parce que le sexe dans son ensemble est un sujet tabou ?),

-         des maîtresses des cadres du parti (Ah ! Oui, c’est bien cela, c’est le sexe dans son ensemble, alors.)

-         des plans de construction de l’Etat (je ne sais pas ce que cela veut dire. La seule chose qui m’amuse, c’est la mention que ces plans « ne peuvent pas être commentés avec un point de vue occidental. » Qu’est-ce qu’un point de vue occidental, non mais je le demande humblement. Je serais prêt à beaucoup, à donner beaucoup d’argent, à parcourir de nombreux kilomètres pour qu’on m’éclaircisse.)

Je m’arrête là. Ces informations sont clairement dites aux journalistes et les citoyens le savent. Mes amis pourraient alors me dire : « Non, nous ne sommes pas libres, mais on s’en fout. La presse n’est pas libre, mais ce n’est pas grave, on ne s’intéresse pas à la politique. Nous, ce qui nous importe, c’est de gagner de l’argent. » S’ils disaient cela, je serais triste, je serais déprimé, mais je ne deviendrais pas fou.

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Published by Guillaume - dans Politique
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commentaires

Guillaume 26/02/2007 11:38

Oui, ce sont davantage des mots d'ordre que des lois à appliquer à la lettre. Baliser toutes les activités de la vie de mots d'ordre est un principe totalitaire de base. Cela permet d'accuser n'importe qui n'importe quand de n'importe quel forfait. "Vous le saviez, pourtant, que c'était interdit, etc." Dans ce contexte, on comprend mieux ceux qui ne veulent pas s'occuper du tout de politique.

ebolavir 26/02/2007 09:03

Le plus réjouissant, dans cette affaire, c est que les journaux officiels sont pleins à ras bord d articles sur les sujets interdits. On dirait qu il suffit de mettre dans le texte la phrase qui vaut indulgence plénère, par exemple (corruption, abus sexuel) "le responsable de cet abus a été destitué et puni; le gouvernement prend les mesures nécessaires pour ...", ou bien (militant) "ce méchant homme a été justement condamné; il a d ailleurs reconnu sa mauvaise conduite et fourni des informations qui permettront au gouvernement de sévir plus efficacement contre ..." La vie d un journaliste-censeur doit être un cauchemar, entre les directives de transparence pour lutter contre le mal, et les pressions de ceux qui aimeraient continuer d abuser tranquillement. Pour avoir un échantillon, se brancher sur http://www.chinadaily.com.cn/ et taper "corruption" dans la petite case de recherche en haut.

Guillaume 24/02/2007 23:34

Exact, Greg. Cependant, nous devons éviter un écueil, celui de dire : "C'est la Chine, c'est comme ça et ça a toujours été ainsi. Déjà, sous les Royaumes combattants..." Car, je n'en démords pas, c'est manquer de respect aux Chinois actuels. C'est dire qu'ils sont incapables d'entendre la vérité, qu'ils ont besoin d'un gvt qui leur mente et leur cache tout un tas de faits pour leur bien, comme on agirait avec des enfants.

greg 24/02/2007 21:44

A pas très réjouissant ca....
Pour ceux qui ont eu l'auguste privilège de rentrer dans les arcanes du droit chinois, j'aimerai bien un eclaircissemnt sur la situation présente, et pour qui serait assez fou de se lancer dans les textes, il n'obtiendrait jamais que des phrases absconses.
Comme personne n'y comprends rien en fait, chacun se terre derrière ces effets d'annonces. Et il doit bien en être ainsi en Chine, où la loi est une injure et un mystère, source fondamentale des déséquilibres sans lesquels, parait il, la chine ne pourrait exister: pour confucius, un vol de boeuf ne peut il pas exiger la même santion s'il est le fait d'un mendiant ou du fils du ciel. Demandez à Chirac, il adore cette harmonie céleste.