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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 04:22

Mencius a une entrevue avec le roi Xiang de Liang.

« Il m’a demandé abruptement : « Comment l’empire peut-il trouver la stabilité ? »

Je lui ai répondu : « Il la trouvera dans l’unité. »

- Qui pourra réaliser cette unité ?

- Celui qui ne prend pas plaisir à massacrer les hommes. »

Cette phrase de Mencius, je l’avais lue il y a longtemps et elle ne m’avait pas frappé. Aujourd’hui, elle m’obsède. Les jeunes Chinois préfèrent penser à autre chose, mais c’est ancré dans leur culture, dans leur sagesse antique. Mencius, philosophe du IVème siècle avant JC, contemporain probable des grands taoïstes, et « héritier spirituel » de Confucius (Anne Cheng), écrit à un moment de l’histoire où les royaumes en présence se combattent. De cette rivalité, Mencius tire argument : les habitants pouvaient passer d’un royaume à un autre, préférer la loi de l’un ou l’autre, et ainsi donner le plus de puissance au gouvernant le plus humain :

« Or, parmi les meneurs d’hommes aujourd’hui, il n’en est pas un qui ne prenne plaisir à massacrer. S’il s’en trouvait un seul qui n’y prît pas plaisir, alors le peuple de l’empire tout entier se retournerait et tous les regards convergeraient sur lui. »

Est-ce que Mencius est enseigné à l’école ? Ses textes sont-ils vénérés comme le sont ceux de Confucius ? Ce sont des questions que je poserai le moment venu. Anne Cheng (Histoire de la pensée chinoise, point essais, p.166) affirme que l’influence de Mencius est perceptible dans toute l’histoire de Chine, jusqu’au mouvement de contestation de 1989. Mouvement que le régime avait « pris plaisir » à massacrer.

La place du peuple, chez Mencius, est centrale. Il n’élit pas le souverain, mais il l’adoube, en quelque sorte. Et il lui est permis de le renverser, si le souverain n’est plus digne du mandat que le Ciel lui a conféré. Cela sent suffisamment le souffre pour que le ministère de l’éducation étende discrètement une couverture ouatée sur la pensée et le texte original du vieux philosophe qui décrit en ces termes l’influence que produirait un souverain humain sur le peuple :

« S’il en était ainsi, le peuple viendrait vers lui, pareil à l’eau qui coule naturellement vers le bas. Et quand l’eau tombe à flots, qui pourrait s’y opposer ? »

 

 

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Published by Guillaume - dans Politique
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Guillaume 21/02/2007 11:14

Merci Nadège pour cette information précieuse. Il est toujours bon de savoir ce que les Chinois ont le droit de savoir, et ce qui est "discrètement" tenu à l'écart, ou même carrément interdit de publication. Si j'en crois mes amis, les événements de 89 ne sont presque pas abordés dans les manuels d'histoire contemporaine, ou juste évoqués pour conclure que Deng a mis fin au désordre.
Voir aussi Journal d'un Chinois, où Cai Chongguo rappelle l'affaire récente de huit livres interdits, ainsi que l'interdiction du dernier roman de Yan Lian Ke, Le rêve du village des Ding. Voici ce que dit Yan Lian Ke dans une interview donnée à Aujourd'hui la Chine : "L’histoire récente est une page blanche. Il faut que les générations futures sachent ce qui se passe, ce qui arrive à notre peuple. C’est la responsabilité des intellectuels mais la plupart des écrivains chinois se dérobent, évitent toute réflexion approfondie sur la société soit par soumission au gouvernement, soit pour faire de l’argent, beaucoup d’argent... ».
Tout cela pour dire que le gouvernement actuel, comme tous les gouvernements d'ailleurs, peut être plus humain, dans le sens donné par Mencius à ce terme.

NadÚge 21/02/2007 06:47

《孟子见梁襄王》Cette entrevue de Mencius existe dans le manuel du chinois de l\\\'année finale du lycée. Le ministère de l\\\'éducation n\\\'a pas besoin d\\\'étendre discrètement une couverture ouatée sur la pensée et le texte original du Mencius puisque notre gouvernement actuel ne peut pas être plus humain, juste avec une infuence sur le peuple que décrit Mencius, comme tout le monde le sait, au moins, comme nous les lycéens le savent, avec notre manuel de l\\\'histoire chinoise contemporaine.