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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 05:12

Cela tient du miracle, que j’aie pu attraper le ferry pour Shanghai, en ce mardi matin. Réveillé à Osaka, je n’avais plus d’argent japonais, mais des euros et des yuans RMB, et je n’étais toujours pas certain du lieu d’embarquement, et pour cause, aucune agence de voyage ni aucun point d’information n’avait pu éclairer ma lanterne. Finalement, au port d’Osaka, on me dit qu’il n’y avait pas de bateau aujourd’hui, qu’il fallait aller à Kobe. Là, peut-être bien qu’un départ pour Shanghai était prévu vers midi. Ce manque de rigueur dans l’information me choquait, dans un pays si scrupuleux sur toutes les autres choses de la vie. Les Japonais ont-ils une aversion particulière pour les bateaux ?

Je suis parti pour Kobe, assez pessimiste sur mes chances d’arriver au bon endroit à temps, mais qui ne tente rien n’a rien. Tout le long du trajet, je ne me suis pas séparé d’un calme olympien, car j’ai beaucoup raté de trains, dans ma vie, beaucoup d’avions, de bus, beaucoup de réveils n’ont pas sonné ou ne m’ont pas réveillé le matin. J’ai contracté l’habitude d’échouer une fois sur deux ou trois, cela forge le caractère et aide sans doute à la tranquillité de l’âme. Et puis, j’avoue : rater ce ferry signifiait que je devais attendre quatre jours au Japon avant le prochain, et cela ne me déplaisait pas. Je me voyais bien retourner à Kyoto et y passer encore quelques jours. J’avais le luxe faramineux d’avoir assez d’argent pour cela, pour dormir dans une auberge et manger à ma faim. J’étais le roi du pétrole, voilà ce que j’étais. Le sage précaire enseigne que le bonheur absolu consiste à se promener sans but entre les temples et les sanctuaires de Kyoto, environné de geishas vieillissantes et engloutissant d’épais morceaux de poisson cru.

Au port de Kobe, personne. Sauf un pékin, au loin, qui me fit signe d’approcher. Je m’approche et il m’indique une direction sans décrocher un mot. Dans le hall vide, une hôtesse coquette, en uniforme rose, me dit d’aller au troisième étage, sans me dire pourquoi. Je dis : « Shanghai ? » Elle me sourit sans répondre. Au troisième étage, personne, sauf un bureau avec une femme qui me dit : « Passport ! » Je répète : « Shanghai ? » Oui, c’était pour Shanghai. Mais comment se faisait-il que tout fût aussi vide ? Cela ne pouvait pas être le lieu de transport entre deux des plus actives et nombreuses populations de la planète !

La dame remplit mon billet et, quand elle m’annonça le prix, le moment de vérité final était arrivé : je n’ai pas de yen, mais je peux payer en euros ou en yuans RMB. En France, un coup de ce genre m’aurait laissé en rade. Ici, on a discutaillé en japonais, et on m’a dit d’embarquer, qu’on verra à bord. Chapeau, les Japonais ! La dame m’accompagne à bord, à travers les couloirs. Je m’aperçois que tout e monde avait déjà embarqué, et que les lieux étaient vides parce que j’étais très en retard.

Pas le temps d’apprécier ma victoire sur le hasard que le Ferry faisait bouillir la mer.

 

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Published by Guillaume - dans Japon
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