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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 02:19

Bamalega, dans un commentaire récent, s'interrogeait sur "l'absence chronique" des mères dans les dessins animés et les bédés japonais. Elle me demandait de voir un peu si je ne pourrais pas trouver une explication, pendant que j'étais au Japon, ou au moins un début d'interprétation.

 

 

J'ai posé la question à un jeune homme et à une jeune fille. Ils n'avaient jamais remarqué cette absence, mais ça ne les étonnait pas vraiment non plus. Ils l'ont très vite expliquée, sans réfléchir, en disant que la solitude de l'enfant l'obligeait à s'endurcir, s'aguerrir, à devenir plus malin. C’est une vertu japonaise, que de se maîtriser et de devenir autonome tôt. Mais il s’agit de devenir dur, comme un samouraï.

La fille a précisé qu’il n’y avait rien de triste là-dedans. Moi, spontanément, j’avais imaginé que les dessins animés en question cherchaient à faire pleurer dans les chaumières, mais je me trompais, comme d’habitude : la mère, ou le père, symbolise la protection, et l’absence de la mère libère la narration, la tend vers l’aventure, l’exercice d’une liberté dangereuse. C’est en effet le principe narratif qui sous-tend Le pays où l’on n’arrive jamais, d’André Dhôtel. Pas de mère, donc pas d’autorité, ou du moins pas d’autorité légitime, donc la rébellion, la fuite, la bagarre deviennent légitimes.

En même temps, nous discutions de cela, mais ni eux ni moi ne connaissions rien à l’univers des mangas. Les deux jeunes gens m’ont dit qu’ils s’étaient détournés des mangas car ces derniers devenaient trop érotiques, ou quasi-érotiques. J’ai alors pensé que j’avais assez d’éléments pour répondre à Bamalega, et j’ai engagé la conversation sur des questions plus ouvertement pornographiques.

 

 

 

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Published by Guillaume - dans Japon
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commentaires

Bamalega 18/02/2007 23:11

Pas d'explications convaincante, mais tout de même une révélation, c'est que ces jeunes gens ne se soient pas rendu compte de cet état de fait. Les héros de dessins animés, contes ou bandes dessinées sont souvent orphelins mais c'est une réalité de tous les pays et de tous les temps, tout en sachant qu'il ny a pas de règle au niveau de l'absence, la mère, le père ou bien les deux parents, comme par exemple  avec Chihiro. Je ne continue pas ce soir parce qu'il est tard,  mais à très bientôt.
 

Guillaume 17/02/2007 08:28

Merci Ben, pour ces références qui sont incontournables, il est vrai. Je suis content que tu mentionnes Philippe Forest, qui parle du Japon dans chacun de ses trois romans. J'ai voulu parler de Sarinagara, son dernier livre, surtout de la deuxième partie qui traite du photographe qui a photographié Hiroshima juste après la déflagration de la bombe atomique. Mais pris dans le voyage, je ne sus pas quoi en dire. Quoi qu'il en soit, c'est un livre à lire, si l'on s'intéresse un tant soit peu au Japon. Surtout qu'il renverse la question de Bamalega : il parle de l'événement fondamental de sa vie, l'absence de l'enfant.

ben 16/02/2007 11:58

par un effet de phallocentrisme inconscient, j'ai completement recentré la question sur les parents et la paternité en particulier. Est-il possible d'être aussi phallomachicrate?

ben 16/02/2007 11:42

C'est vrai que l'absence des parents est un thème constant. Sans parler de mangas pornographiques, il y a un chef-d'oeuvre que Bamalega connaît certainement: le "voyage de chihiro" de Myiazaki. Les parents n'y sont pas seulement absents pendant toute la durée des epreuves que subit leur fille; ils y sont aussi mornes et bornés, lorsque l'enfant revient de ses aventures oniriques, ils s'impatientent, se disputent...Sans faire d'angélisme, les gamins aussi sont pénibles, je sais de quoi je parle, je trouve cette vision des choses tout à fait saine et au fond, assez juste. 
On pourrait aussi parler de l'extraordinaire roman qui a inspiré Philippe Forest dans l'enfant éternel: Une affaire personnelle, de Kenzaburo Oe, qui traite le meme theme en y ajoutant une dimension grandiose et un peu trash, et qui reconcilie avec la paternité.