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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 12:07

Nicolas Bouvier abuse du mot "monde". Il dit souvent "tel machin, qui est le plus grand du monde." Dans le premier livre, L'usage du monde, ca impressionne le lecteur, mais c'est une expression qu'on ne peut pas employer plus d'une fois par livre, et encore. Bouvier l'emploie plusieurs fois par livre. Dans Chronique japonaise (je fais quelques critiques avant d'en faire l'eloge, car c'est un livre que j'aime beaucoup par ailleurs) il ecrit a un endroit : "Dans la station Ginza, la plus grande du monde." Plus grande que New York ? En 1964 ? Plus que les stations de Mexico ou de Rio ?

Plus loin (ou moins loin, je ne sais pas, car j'ai lu le livre dans le desordre) : "Une publicite omnipresente et hideuse mariee a la plus belle langue du monde." Chronique japonaise p.128

Or, le japonais ne peut pas etre plus beau que le chinois, c'est rigoureusement impossible et c'est parfaitement independant des gouts de chacun. Le japonais ecrit est un melange de caracteres chinois et de signes conventionnels, inventes il y a un peu plus de mille ans, et qui sont des transcriptions phonetiques. Visuellement, ca donne quelque chose d'impur, de desordonne, fait de bric et de broc. On peut aimer, bien sur, mais l'heterogeneite graphique saute aux yeux.

Compare a la beaute presque parfaite du chinois, a son maintien, a sa grace, son equilibre, sa capacite a occuper tout l'espace avec un seul trait, les autres ecriture s'ecrasent. Cette ecriture qui concentre en elle-meme l'histoire, l'esthetique, la divination, le signe muet, toutes les ecritures vivantes palissent. Il n'y a que les hyeroglyphes des Egyptiens qui peuvent rivaliser.

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Published by Guillaume - dans Japon
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commentaires

Guillaume 16/02/2007 06:16

Beaucoup de choses dans ces commentaires. J\\\'ai bien envie de botter en touche. Ca me donne envie aussi de me pencher sur l\\\'écriture - surtout la calligraphie - coréenne, car j\\\'avoue que je peux la reconnaître facilement mais que je ne la penetre pas le moins du monde.
Le japonais, pour répondre à Ben, est une langue orale sans lien avec le chinois, mais qui a pour première écriture les caractères chinois. Puis des lettrés japonais l\\\'ont complétée avec des signes phonétiques pour des mots et des éléments grammaticaux inconnus en chinois. Les Japonais peuvent donc communiquer en Chine, en passant par l\\\'écriture, même s\\\'il y a des variations, des simplifications différentes, etc. En général, les caractères chinois ont le même sens en Chine et au Japon.
Sur le plan politique et civilisationnel, j\\\'en reparlerai bientôt dans des petits billets à venir.

ben 15/02/2007 09:58

Pourrait-on dire alors que le japonais ou le coréen sont des patois chinois, ces langues utilisent-elles les mêmes caracteres avec une prononciation et une graphie modifiées? Un Chinois pourrait-il se faire comprendre au Japon? Et comment les japonais eux-même se perçoivent-ils par rapport à la Chine? Ces deux pays ont l'air completement étrangers l'un à l'autre; en même temps, on a un peu l'impression que la civilisation japonaise est une extension de la civilisation chinoise. Je me demande ce qui justifiait l'invasion de la Chine par le Japon pendant la guerre du point de vue des japonais eux-même, était-ce vu comme une espèce de libération, comme une annexion, et finalement, qu'est-ce qui a  bien pu se passer à Nankin? Je n'arrive pas à croire que les japonais considéraient les chinois comme des sous-hommes, à la maniere des nazis avec les slaves, par exemple.

xiao-bob 14/02/2007 23:10

Peut être Bouvier voulait-t-il parler de l'aspect phonétique, plus soumis à l'appréciation personnelle.A cet égard le japonais est assez beau

ebolavir 14/02/2007 04:45

Tiens, je croyais que "le plus grand du monde" était une expression brésilienne, pour désigner n importe quoi qui existe au Brésil (mat du drapeau devant le parlement de Brasilia, barrage d Itaipu, envergure des ailes des vautours).  Quand on entend "o mais grande do mundo" on est sûr d être au Brésil. J ai entendu dire qu il est de mauvais goût au Japon de dire "le plus grand du monde" en parlant de quelque chose de japonais. Quant à la qualité graphique du texte écrit, je prétends que le coréen, avec ses syllabes carrées où les signes phonétiques se combinent toujours harmonieusement, et où la densité (noir sur blanc) des caractères est homogène, rivalise avec le chinois. La vraie merveille du chinois, c est de lire directement la signification dans le dessin du caractère (pour ça, le simplifié est un appauvrissement). Chaque caractère est un petit monde, comme un visage.