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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 05:35

Dans la librairie, quelle ne fut pas ma surprise de voir que les romans classiques allaient par quatre, mais qu’il en manquait un ?

Comme je l’ai écrit récemment, Feng Menglong avait en son temps fixé les « quatre grands livres extraordinaires » : Les trois Royaumes, Au bord de l’eau, Le voyage à l’ouest et Fleurs en fiole d’or. Or que vois-je, sur les rayons ? Les trois Royaumes, Au bord de l’eau, Le voyage à l’ouest et Le rêve dans le pavillon rouge. Les autorité on respecté le principe de l’énumération, mais ont remplacé Fleurs en fiole d’or, trop érotique à leurs yeux, par Le pavillon rouge, beaucoup plus éthéré.

C’est un contresens, encore un. La liste établie par Feng Menglong, au dix-septième siècle, avait le mérite de proposer des proses à la fois proches et contraires, une espèce d’unité de style qui couvrait des activités humaines éloignées, donnant ainsi une belle totalité de ce qu’est l’homme chinois : on y voyait l’homme faire la guerre, faire l’amour, voyager, fuir, boire et manger, se révolter contre les injustices, commettre des injustices, être loyal tout en étant infidèle, être juste et hors la loi, débauché et en voie de rectitude.

Le Pavillon rouge n’est pas un de ces classiques. Il vient après, bien après. Son style est beaucoup plus difficile, plus dense et poétique. Sa pensée est plus claire, moins contradictoire. C’est un livre moderne, qui ne provient pas de la culture archaïque, des traditions orales comme les quatre autres.

Dans le but de veiller à la moralité du peuple, le pouvoir a commis une erreur d’esthétique qui amène les Chinois à se tromper sur leur propre culture et leur propre personnalité. Quand une fille vous dit : « je suis et je reste une Chinoise…, nous les Chinois, ne sommes pas comme vous…, tu sais, les Chinois… », elle oublie que la Chine a produit de merveilleux livres immoraux, que les Chinois se sont beaucoup amusés, dans le passé, qu’ils n’ont rien à envier à l’Occident sur ce point. Que la moralité étroite et collectiviste n’a rien de chinois, que la désobéissance, la roublardise, la rouerie, la malice ont de plus profondes racines en Chine que la vertu des images pieuses.

Si l’on voulait garder le sens de l’énumération, on aurait pu employer une autre formule, qui aurait davantage marqué les esprits : 4+1. Les 4 grands livres extraordinaires et le Classique des classiques, ou quelque chose comme ça. D’un autre côté, on pourrait aussi se passer de ces énumérations.

 

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Published by Guillaume - dans mots
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Delph 02/02/2007 00:33

 il y a aussi un endroit concernant le pavillon rouge dans le parc  Mei Hua Shan à Nankin. Mais j'ai jamais compris ce dont il s'agit...

Guillaume 31/01/2007 15:26

Ebolavir, mes respects. J'irai visiter la maison de Cao, des que je monterai a Pekin. Bonne idee. "Le voyage a l'ouest" est aussi dans la pleiade si je ne m'abuse. En tout cas, merci pour toutes ces precisions.

ebolavir 28/01/2007 12:31

Les Quatre Romans qui sont cinq. C est l occasion de déplorer que deux seulement soient accessibles en français dans une bonne édition bon marché: "Fleur en fiole d or" en deux volumes Folio Gallimard dans la traduction d André Lévy; "Au bord de l eau" aussi en Folio Gallimard, traduction de Jacques d Arc,deux tomes vendus ensemble dans un bel emboitage rouge où le titre en caractères est imprimé la tete en bas, personne n est parfait, 25 euros. "Rève dans le Pavillon Rouge" est en Pléiade à 100 euros; il sera peut-etre un jour en Folio. "Le pelerinage vers l ouest" n est disponible qu en partie dans la Petite Bibliothèque Payot, une vielle traduction d après l anglais d Arthur Waley; Quant aux "Trois royaumes", chez Flammarion, traduits par Louis Ricaud, les 7 volumes à 18 euros pièce ne sont disponibles que sporadiquement et pas ensemble (publication subventionnée, pourtant).Les Quatre Romans sont devenus les Quatre Feuilletons télévisés. Une réédition générale en DVD dans des boîtes de beau papier beige est sortie l année dernière. Moins de 200 yuans chacun, pour des dizaines d heures de spectacle fidèle jusqu au dernier cheveu des coiffures d époque. Sous-titrés en caractères simplifiés, rien d autre. Mais pour la nouvelle édition télévisée du "Rève dans le pavillon rouge" (recrutement des acteurs en cours) je parie qu il y aura une version internationale, le gouvernement impérial ayant décidé de faire rayonner la culture officielle. (j avais suivi une partie des feuilletons en France quand ils ont été diffusés sur CCTV4; nostalgie des grands feuilletons éducatifs de la télévision française des années 1970, le truc est perdu.)  On peut visiter la dernière résidence de Cao Xueqin dans le jardin botanique au pied des Collines Parfumées à l ouest de Pékin, là où est aussi le temple du Boudda couché. Son bureau a été reconstitué. Le reste du bâtiment est consacré à des reproductions de ses peintures de lettré, et à d étonnantes crèches pédagogiques qui illustrent des scènes du roman avec des personnages habillés de 30 centimètres de haut, et de grands panneaux qui expliquent ce qu il faut voir.