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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 16:33

Depuis que Neige m’a lu les premières pages du Rêve dans le pavillon rouge, je n’ai plus envie de le lire par moi-même, mais je cherche à inviter des lectrices à prendre le thé chez moi pour qu’elle le continue à haute voix. Jusqu’à présent, mon stratagème n’a pas fonctionné.

Mais grands dieux quel roman ! Quel début, quel prologue ! Dès le premier chapitre, on comprend qu’on s'est introduit dans une œuvre à part, qu'on a mis le pied dans quelque chose d’exceptionnel. Pas étonnant qu’il ait inspiré aux Chinois un champs d’études à part, « les études Rouge » (Hong Xue), qui mêlent l’analyse littéraire, l’histoire, la géographie, la sociologie, l'économie, etc.

Il y a d’abord le style, merveilleusement traduit par Li Tche-Houa et Jacqueline Alézaïs, un style riche, exigent et fin, des phrases complexes qui varient leurs rythmes et utilisent un vocabulaire très coloré ("La rutilance du bas monde".) Un style plein d’humour aussi, quand des termes techniques du bouddhisme ou du taoïsme sont convoqués pour parler de choses ordinaires.

Et puis il y a cette incroyable façon de présenter au lecteur l’histoire qui va suivre. Je ne sais pas comment l’auteur s’y prend, mais il lui donne une origine mythique et magique tout en se mettant lui-même en scène en tant qu’auteur. Il dit qu’il va nous parler des femmes de son enfance, alors que les mots de l’histoire sont supposés avoir été gravés sur une pierre, pierre qui entretemps s’est transformée en jeune homme. Cela semble un peu flou, je suis sûr, mais c’est de ma faute. Cao Xueqin, lui, n’est pas flou du tout et réussit le tour de force de faire entrer, en quelques phrases, des éléments de mythologie chinoise, une justification personnelle à la limite de l’autofiction, un art du roman et un climat de conte philosophique. D’ailleurs, c’est un roman du dix-huitième siècle, Cao Xueqin étant mort autour de 1762, et c’est étonnamment une liberté de ton qui rapproche le prologue des grands romans de nos Lumières, Tristram Shandy de Laurence Sterne ou Jacques le Fataliste de Diderot.

On ferme le livre et on a le sentiment de toucher dans le même temps aux commencements du monde et à une écriture intime. On se dit qu’on entre dans une aventure excitante, où l’on se tiendra à égale distance des mythes fondateurs de la civilisation et de l’observation réaliste du quotidien.

Le rêve de toute écriture moderne.

 

 

 

 

 

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Published by Guillaume - dans mots
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commentaires

Guillaume 31/01/2007 15:16

Je voulais dire "diegese", mes doigts ont ripe, voila pourquoi tu n'as rien compris Ben. A moins que je n'aie pas ete clair, ce qui est possible.
Welcome back, mister Francois, et n'hesite pas a nous faire le recit des chroniques de seine et marne.

ben 28/01/2007 12:35

"Degese", "adaptation cinematographique", "Montagnes Jaunes"? C'est pas pour dire, mais j'ai rien compris.

François 27/01/2007 22:35

Ah que c'est bon de retrouver le club des cinq du blog de guillaume aprés quelques mois de sevrage intensif pour cause de campgne présidentielle hystérique ennuyeuse (notre naboléon national, un certain Nicolas S m'aura finalement malgrés lui poussé a revenir les pieds sur terre dasn le pays "ou tout est possible" ):
Ben, Bamalega, Gregoire , Guillaume et Delf (sans compter votre serviteur); je vois que les idées sont toujours aussi vives et pertinentes...Juste au moment ou je reprenais lecture du Au bord de l'eau (que je ne peux lire que par bribes, quel est ton secret Guillaume pour t'enivrer d'un tel pavé d'un coup ?) . Une bonne dose de courage pour le camarde Sigismond et ses travaux guerriers ainsi que pour l'auteur de ce blog pour sa virée au Japon.
Bises de Seine et Marne (c'est l'aventure aussi quelque part , Indiana Jones de banlieux c'est une veine à explorer je pense n'en déplaise à Céline ou Queneau)
François

Guillaume 26/01/2007 16:30

Je ne pourrai parler du reste du texte que lorsque je l'aurai lu. Je m'apprête à partir pour un voyage un peu long, j'aurai le temps d'y plonger dans de longues heures maritimes.
Reste que le prologue est plus ou moins zappé par les adaptations dessinées et télévisées. La mythique série télé des années quatre-vingt le réduit à quelques plans dans - si je ne me trompe pas - les Montagnes Jaunes. On peut donc se concentrer sur la dégèse, visiblement, mais quelque chose me dit que la force du prologue joue un rôle dans la lecture de ce qui suit. Il est en tout cas incomparable avec celui d'Au bord de l'eau, que j'ai oublié, d'ailleurs, c'est dire s'il ne m'a pas marqué.

ben 26/01/2007 11:00

Peut-on demander à celui qui a su mériter la possession du livre, quelques éclaircissements sur ce fameux "prologue" du "rêve..."? quel est à ton avis le rapport entre ce prologue et l'histoire du reste du livre, y a-t-il un theme ou un motif decelable? Quelle est sa fonction, et pourrait-on le comparer avec d'autres prologues comme celui d'"au bord de l'eau", sans rentrer dans les "Hong xue", bien sûr. Quelles sont tes impressions de lecteur?