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22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 04:12

J’ai profité de la venue de Neige chez moi pour lui demander de me faire la lecture. Je vous l’avoue tout net, moi, je me passerais très facilement de tenir des bouquins dans les mains. La lecture silencieuse et solitaire, c’est bien beau mais il arrive un jour où on en a fait le tour.

Si j’avais de l’argent, je m’offrirais les services d’une lectrice, une femme à la douce voix qui serait toujours près de moi pour lire ce que je désire au moment où je le désire. Ce serait un boulot assez astreignant pour la fille.

Dès le réveil, il lui faudrait être là, fraîche et dispose, la voix prête et non pâteuse. Il faudrait qu’elle s’endorme après moi car elle lirait jusqu’à ce que je sombre dans le sommeil ; et surtout qu’elle se lève avant moi afin que certains matins, ce soit le son de sa voix qui me réveille. Vous imaginez le bonheur que ce serait ? Bien sûr, elle rattraperait son sommeil à d’autres moments de la journée.

Cette fille devra aussi savoir faire preuve d’initiative et proposer des lectures auxquelles je n’avais pas pensé. Elle n’aurait pas besoin d’avoir une culture très étendue, des lectures hasardeuses feraient l’affaire. En revanche, elle devra être d’une grande intelligence et d’une grande tendresse.

C’est un désir de célibataire, me disent les gens. Ce n’est pas faux, mais je crois qu’il s’agit là d’une forme de domesticité que je pourrais partager avec mon épouse, si j’en avais une. Je pourrais même me servir de cette domesticité pour trouver une épouse.

« - Ah ? Une lectrice ? Vous voulez dire qu’elle vous fait la lecture une fois la vaisselle terminée ?

- Non, ma lectrice ne touche pas une assiette, pas un balai. Elle remplit ma vie de sa seule voix. Si vous m’accordiez votre main, elle vous lirait des trucs, à vous aussi. »

De même que les couples découvrent ensemble un film ou une exposition, de même, nous entendrions les livres en même temps. La lecture ne serait plus une activité où l’on se retranche, mais deviendrait un moment de communion copulatoire. Avec mon épouse, nous vivrions des moments romantiques et passionnels pendant que ma lectrice lirait le Marquis de Sade ou Jin Ping Mei.

Sans même évoquer l’opportunité de m’unir avec la dite lectrice. Mais alors elle aurait de nouvelles exigences et, ne nous voilons pas la face, elle ne pourrait plus être à mon service, elle acquérrait de nouveaux droits et une espèce de nouvelle dignité ; il me faudrait me mettre en quête d’une nouvelle lectrice, dont la tâche serait plus délicate car elle serait constamment jugée par ma femme qui n’accepterait pas d’être égalée dans l’art de la lecture.

Ma lectrice sera polyglotte. Elle saura lire en français, en anglais, en italien, en allemand et en chinois. Le plus important sera de bien savoir le chinois et le français, les autres langues étant un peu un luxe de lettré. Parfois, elle lira des passages de Zhuang Zi en français, en chinois classique et en chinois moderne, puis à nouveau en français, puis en chinois classique, et encore, et encore, pour que je m’imprègne de la sonorité du chinois classique, que j’en entende parfaitement les différences avec le chinois moderne. Elle-même, bien sûr, découvrirait de nouvelles choses dans ces textes classiques et m’éclairerait sur tout un tas de points nouveaux. Nous aurions ainsi des conversations érudites, puis je la sommerais de se taire et exigerais un silence absolu. Ou j’écouterais la radio, des émissions politiques, pour me reposer l’esprit. Ou je regarderais le dvd d’une série américaine. Ou j’irais au restaurant avec un ami pour partager les émerveillements produits par le travail et la vie auprès de ma lectrice.

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Published by Guillaume - dans sexe-amour
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Sylvie 29/01/2007 11:47

Quelle proposition, Guillaume!! J'en rigole tout haut rien que d'imaginer la scène de tes lectures de Sade!! Personnellement, je n'ai jamais réussi à apprécier cet écrivain et n'ai jamais rien trouvé d'émoustillant à sa lecture... Pour ce qui est de t'avoir comme lecteur attitré, je ne suis pas contre. Mais je crois que c'est définitivement un plaisir difficile à partager car terriblement intime.
Et pour ce qui est du gîte et du couvert : pas de problème! Tu es toujours le bienvenu!
D'ici là, profite bien de ton voyage au Japon et surtout, raconte nous vite à quoi ça ressemble!

Guillaume 26/01/2007 17:01

Au contraire, la lecture à haute voix redonne au texte une ampleur que la lecture silencieuse peut perdre. Non seulement l'origine de la littérature est liée à l'oralité, mais même les oeuvres modernes doivent passer l'épreuve du gueuloir. Et même des auteurs aux phrases clairement anti-orales, comme Proust, écrivaient en fonctions de leurs propres difficultés à respirer, en dépit d'un souffle court et asthmatique. La phrase était une forme de respiration par procuration. Peu de bons livres ne pourraient pas profiter d'une lecture à haute voix, je ne vois que des auteurs néo proustiens comme Pancrazi ou Rinaldi, dont les phrases font dix pages, mais là, même la lecture solitaire doit s'interrompre et rechercher le fil du sens dans les pages déjà lues.
La lecture faite par un tiers libère et repose les yeux, fait travailler l'oreille et rend plus attentif aux rythmes, aux imprévus stylistiques, à tout ce qui peut surprendre. Bien sûr, le lecteur apporte sa personnalité, mais il y a de toute façon beaucoup d'éléments intermédiaires entre le texte et le lecteur : le livre, le papier, la police, l'éditeur, l'environnement, le bruit... La personnalité du lecteur, je la prends comme un plus, une interprétation dont il est possible de faire abstraction mentalement.
Au bout du compte, c'est surtout une question de personnalité. Moi, ça me ramène à mon enfance, ça me permet de partager sans avoir à parler, ça habite mon espace, c'est assez global, comme sentiment. 

ben 26/01/2007 11:12

tout cela est tres raffiné et un peu décadent, moi je me demande bien ce que peut apporter la lectrice ou le lecteur par rapport à la lecture solitaire, s'il est entendu que vraiment, il n'y a aucun arriere-plan sexuel. Ou alors on fait du théâtre ou de l'opera, mais ce n'est plus la même chose litteraire. je me demande si ça ne limiterait pas un peu l'entrée dans le texte en ajoutant un intermédiaire, un filtre entre toi et ton bouquin.

Guillaume 26/01/2007 04:14

Alors là tu m'ouvres des perspectives. Plutôt que de t'imaginer à la place de mon épouse, c'est moi qui mets à la disposition de ta petite famille ma belle voix de métal chaud. J'endormirai ton gamin nouvellement arrivé, j'accompagnerai tes ébats maritaux en lisant du Sade et Jin Ping Mei, je ferai des revues de presse dans la voiture de ton mec, bref je serai ton lecteur attitré. Mes exigences seront minces : le gîte et le couvert. Et une expo de temps en temps.

Sylvie 25/01/2007 21:30

Si j'étais à la place d'une telle épouse, je préfèrerais sans aucun doute le son d'une belle et profonde voix masculine à celle d'une autre femme, surtout si je sais que la voix de celle-ci envoie planer très haut mon mari!!!