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15 janvier 2007 1 15 /01 /janvier /2007 05:01

Je ne sais plus ce que je lisais dans la bibliothèque. Un des livres neufs fraîchement arrivés, quand une fille entre et engage la conversation avec moi. Au bout de quelque temps, elle me dit : « Il y a deux choses tristes dans ma vie. 1- Je ne finis rien de ce que j’entreprends. 2- Je me sens seule. »

Encore ? C’est inouï le nombre de jeunes femmes qui disent se sentir seule. Le plus étrange n’est pas que des étudiantes se sentent seules – c’est une constante de la vie d’étudiant, chez nous aussi, et même entouré d’une bande de potes affectueuse et stimulante, comme c’était mon cas. Le plus étrange est qu’elles le disent, toutes. La solitude est le poids le plus lourd des jeunes Chinoises, d’autant plus lourd qu’elles habitent toutes en dortoir, partageant chaque minute de leur vie avec des camarades. Le plus étonnant est qu’elles le disent. « Elles », car les garçons ne le disent pas (en tout cas pas à moi) ; « le disent » : elles ont besoin de le dire alors qu’il y aurait mille autres choses à dire pour exprimer son mal être. La peur de l’avenir, la crainte du chômage, l’angoisse devant l’amour, le manque d’amour, le manque de désir, la tristesse des jours, le poids des choses, la pression scolaire, les attentes de la famille, le manque de liberté, de droit, la peur de devenir fou, de devenir aveugle, de devenir muet, qu’on nous coupe les bras, la peur de la précarité et du précariat, la jalousie, la froideur, la violence, la guerre.

De la variété presque infini des maux et des angoisses que peuvent éprouver les jeunes, les filles de Chine en choisissent un et n’en démordent pas. Elles se sentent seule.

 

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Published by Guillaume - dans Profs-Etudiants
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commentaires

Guillaume 17/01/2007 15:27

Il y a toujours une théorie, sous tous les phénomènes quels qu'ils soient. Ce que j'aime dans les théories portatives, c'est qu'elles prennent l'apparence d'un discours dogmatique pour dire des choses essentiellement temporaires.
C'est un choix éducatif, certes, mais il n'empêche que les étudiants chercheurs ont le privilège d'avoir une chambre pour eux. Sinon, la promiscuité apprend à supporter les autres, ce n'est déjà pas mal. Sous un angle totalitaire, elle permet de constituer un système de surveillance généralisée, au moins dans l'ambiance. Par ailleurs, elle aide à prendre conscience que la solitude n'est pas une question de population au mètre carré. 

ebolavir 17/01/2007 05:09

"Elles se sentent seule." Merveilleux exemple de la contamination des règles de grammaire par la sémantique. Il serait incohérent de mettre "seule" au pluriel. Je fais moi aussi spontanément cette "erreur" avant de me relire, et je la vois assez souvent, dans les deux sens. A part ça, je m interroge sur la persistance du collectif contraignant sur les campus d université. J ai passé une année comme "étudiant international" sur un campus moderne, dans un bâtiment de cité universitaire, un appartement de trois chambres plus pièce commune, salle de bains etc. Les Chinois étaient 4 par chambre (les étrangers un seul par chambre, dans une cage d escalier qui leur était réservée), ce qui faisait environ 85 m2 pour 12 personnes, pas beaucoup moins que les 8 m2 par piaule des vieilles cités U où j ai logé il y a longtemps. C est donc un choix éducatif, pas économique. Est-ce qu il y a une théorie là-dessus?