Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rechercher

Archives

12 janvier 2007 5 12 /01 /janvier /2007 05:36

Pour changer de sujet, je demande à la fille du nord, avec qui je bois un café, si elle est contente de sa vie en Chine.

« Oui, dit-elle, c’est un lieu fascinant pour y travailler. Surtout aujourd’hui. » La réponse ne me satisfait pas. Je me tais, car elle m’a fatigué avec ses histoires de coopérations universitaires, mais je tique sur le mot « fascinant ». Tous les anglophones l’emploient pour décrire la Chine. « Quel pays fascinant ! Vous aimez ? Oui, c’est fascinant. » J’y entends, en tendant l’oreille, le contraire du compliment qu’il est censé donner. C’est très anglais (et quand on parle anglais, on devient un peu anglais, tout Scandinave qu’on soit) cette manière de critiquer une chose en employant un mot qui peut s’entendre aussi dans un sens positif. Les anglo-saxons appellent ça les bonnes manières, nous l’hypocrisie. C’est une question de point de vue. Alors on dit fascinant car on ne peut pas dire : c’est beau, c’est agréable, c’est magnifique, c’est superbe. En revanche, on peut vouloir dire : il y a une foule incroyable, une saleté sans pareille, un bruit assourdissant, ça bouge de partout, ça dépense, ça triche, ça ramasse, ça se branche de toutes parts, ça travaille. Si c’est ce qu’on a en tête, alors c’est vrai que c’est fascinant.

Fascinant, ça peut vouloir dire tout et son contraire. Dans la bouche des anglophones, je pense que c’est une manière de dire : « Tout est très quelque chose ». C’est très dynamique, très inégal, très grand, très pollué, etc. Les Anglais sont très convenables, à chaque situation, ils trouvent le mot qui convient. Un jour, au sortir d’un film français, une Anglaise a dit : « It’s different. » Ou l’art de ne rien dire. Différent de quoi ? Nul ne sait. C’est une attitude intellectuelle proche du taoïsme, du non dire, le degré zéro du jugement. « China ? Fascinating. » Comment en dire moins, tout en restant intact, intouché par le pays le plus étonnant qui soit pour un Européen ?

Mais c’est une attitude intellectuelle qui me déplaît car elle est paresseuse. C’est trop facile de dire de la Chine qu’elle est fascinante. Je réclame des Européens qu’ils fassent des efforts et qu’ils tentent de dire autre chose, dire ce qu’ils ressentent vraiment. Essayer de comprendre au moins des fragments de la culture chinoise, y voir de la beauté, et pour cela, se laisser influencer, contaminer.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Guillaume - dans mots
commenter cet article

commentaires

Guillaume 13/01/2007 01:59

D'accord avec vous et avec votre citation. Merci Nicolas.

Nicolas 13/01/2007 00:50

Je pense que vous êtes complètement à côté de la plaque avec ce billet. Vous devriez lire "Français & Américains L’autre rive" de Pascal Baudry. Ce livre est en téléchargement gratuit sur son site. Méditez bien sur cet extrait :"Certains malentendus culturels, même entre des peuples apparemment aussi semblables que les Américains et les Français, sont tout autant comiques. Ainsi ce patron françaisqui m’avait demandé de l’assister dans ses négociations pour l’acquisition d’une petite entreprise texane. L’entretien commence, et son vis-à-vis lui expose ses objectifs. LeFrançais sollicite immédiatement une suspension de séance et me demande : « Pourquoi me dit-il tout ça ? C’est sûrement que ses objectifs sont tout le contraire et qu’il veut brouiller les pistes ! »La constatation que les autres ne fonctionnent pas comme nous peut être douloureuse, surtout lorsque ces autres sont étrangers – comme l’écrivait Victor Hugo, voyager c’est naître et mourir à chaque instant. Elle révèle la dimension nationale de notre identité. Celle-ci étant largement implicite en France, nous n’avons que peu de prise sur elle ; nous ne nous apercevons même pas que nous sommes agrippés à elle. Une telle situation est propice à toutes sortes d’attitudes défensives, dont la plus typique est d’affirmer que les autres ont tort sans voir qu’ils fonctionnent simplement en cohérence avec leur propre système de référence, qui est différent du nôtre".