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21 décembre 2006 4 21 /12 /décembre /2006 06:31

Cours sur les enjeux de la mémoire. Reprise des différentes « mémoires » de la deuxième guerre mondiale en France, des réécritures de l’histoire. L’attitude de la France et sa responsabilité dans les crimes de guerre. Tentative d’expliquer ce que signifie la notion de « devoir de mémoire ». Les étudiants comprennent tout de suite, très vite, ce que le devoir de mémoire apporterait de positif si les Japonais le respectaient. C’est déjà ça, c’est une prise. Ils imaginent le Premier ministre Japonais faire un discours du genre de celui de Chirac au Vélodrome d’hiver, en 1995 (certainement sa plus grande action politique, aussi importante à mes yeux que son attitude lors de la guerre en Irak. Discours bouleversant pour ce qu’il permet d’enseigner aux générations futures. Je rappelle que, dans ce discours, il reconnaît officiellement la responsabilité de l’Etat français dans la Shoah. Pour cela seul, il ne peut qu’entrer dans l’histoire, au moins comme symptôme absolu d’une époque où on savait demander pardon.) Ils imaginent Abe dire aux Chinois qu’il reconnaît les atrocités commises par son peuple au peuple chinois. Les étudiants comprennent puissamment, si je puis dire, ils n’ont pas le recul cynique que nous avons avec notre histoire.

Puis je leur demande s’ils voient une raison pour l’Etat chinois de reconnaître des crimes. Ils cherchent. A l’égard du peuple chinois lui-même pour la Révolution culturelle, disent-ils en riant. Pour les événements de 89 aussi, toujours en riant. Et à l’égard d’autres peuples ? Ils cherchent, mais ne trouvent pas.

« -Franchement, dis-je, vous ne voyez pas ce que peuvent penser les Européens, les Américains sur des peuples qui auraient souffert de l’armée chinoise ?

- Les peuples d’Europe ?

- Non, pas d’Europe… »

Une étudiante lance, sans trop y croire : « Le Tibet ?

- Oui, par exemple. »

Gros étonnement dans la salle. Le Tibet ? Mais c’est une province chinoise depuis la dynastie des Tang ! Les Tibétains sont nos frères, etc.

On en a parlé tranquillement, sans s’énerver, et en essayant de rester sur la ligne du rôle de l’historien, de sa recherche, sur les enjeux de la mémoire qui doivent s’appuyer sur des connaissances, des débats, des discussions, des désaccords qui font évoluer les consciences.

On a terminé sur la notion de « monde harmonieux », maître mot du président Hu Jintao. Pour construire une entente harmonieuse avec le Japon, il faudrait un travail de la mémoire. Pour une Chine harmonieuse, il faudrait un travail peut-être encore plus douloureux à faire.

 

 

 

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Published by Guillaume - dans Politique
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