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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 01:38

Neige d’Hiver rappelle sur son blog, Le papillon ou la neige, l’anniversaire du carnage que les Japonais ont commis à Nankin dans les années trente. En Occident, on nomme cet événement « le viol de Nankin », alors que les Chinois le traduisent directement de leur expression : « Le grand massacre de Nankin ». Alors viol ou massacre ?

Lors d’un cours sur l’histoire de France, j’ai demandé à mes étudiants s’ils savaient ce que voulait dire le « génocide des Juifs ». Ils ont dit : « Le massacre des Juifs ». Non, ce n’est pas la même chose. Massacrer indique que les Nazis auraient agi sous le coup d’une sauvagerie sans nom, alors qu’ils ont fait les choses avec méthode, froideur, sans haine, aidés par le ressort puissant d’une administration efficace.

Chez nous, on emploie le mot massacre pour désigner ce qu’a fait l’armée chinoise aux étudiants, en 89. Mes étudiants rigolent, l’expression « le massacre de la Place Tienanmen » leur paraît saugrenue. Eux ils appellent cela : « les événements du 15 avril 89 », réduisant l’histoire à une journée, ou à une période dans le temps, ce qui permet de délimiter le problème, de ne le voir que comme une parenthèse temporaire, un moment de folie.

Le « viol de Nankin », on voit que c’est plus littéraire, comme expression. En plus de la violence physique et des dommages matériels, l’expression désigne surtout une blessure plus profonde, touchant à l’identité de la ville, à son histoire, à son âme. Préférer le mot « massacre » revient à vouloir donner à l’agresseur une image de bête féroce. Dans le terme de viol, c’est la victime qui est frappée de quelque chose d’humiliant qui reste à jamais, quelque chose de honteux, d’inguérissable, quelque chose de féminin à quoi ne voudrait pas s’identifier la Chine actuelle.

Les victimes d’un massacre, au contraire, sont dévastées mais les survivants sont intacts moralement et sont prêts à combattre à nouveau. Voyez le massacre de la Saint Barthélemy. Les protestants ont été martyrisés, et précisément, ils ont trouvé dans cette férocité dirigée contre eux une force décuplée pour s’affirmer.  

Alors on devrait peut-être employer l’expression de viol pour les événements de 89. La génération d’étudiants n’a pas seulement subie un massacre (dont on ignore toujours le nombre de morts, si je ne m’abuse), mais elle a été réduite à silence, traînant une sorte de honte publique. Maintenant on dit que ce sont eux qui ont provoqué l’armée, de la même manière qu’on dit d’une femme violée qu’elle l’a bien cherché, qu’elle portait des jupes bien courtes.

 

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Published by Guillaume - dans Politique
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Guillaume 18/12/2006 15:14

Je m'interrogeais surtout sur une question de vocabulaire, ici, mais en effet, comment parlait-on de la Commune en 88 ? L'histoire etait ultra nationaliste, c'est certain, mais comment nommait-on la Commune ? La nommait-on seulement, ou l'avait-on recouvert d'oubli ? Ou disait-on "les evenements de 70" ?

ebolavir 18/12/2006 14:43

Le peu de Chinois de cette génération (20 ans en 1989) que je connais en a tiré la conclusion: ils sont partis, ou ils se préparent à partir, ou ils rèvent de partir. Ou bien ils ont choisi d oublier. Ceux qui ont dix ou vingt ans de plus et ont des souvenirs de la Révolution Culturelle connaissent ce que coûte le déchainement social et politique, ils sont prêts à croire que la démocratie est un danger pour le pays (ma femme est de cette génération). Ceux qui ont vingt ans maintenant (vous les connaissez mieux que moi) sont surtout soucieux de se faire une place dans un monde qu ils pressentent encombré. Essayons de reconstituer ce que pensaient les Français en 1888, 16 ou 17 ans après la Commune de Paris.