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12 décembre 2006 2 12 /12 /décembre /2006 09:42

Les copies d’étudiants montrent souvent un bon niveau de langue et une capacité certaine à organiser des idées, mais le contenu de ces idées réserve des surprises. Comme leurs devoirs ne présentent aucune citation, leurs chiffres et leurs informations ont l'air d'être sortis de nulle part, comme appris par cœur.

Par ailleurs, comme la langue chinoise est fleurie, qu’elle est pleine d'images et que les discours politiques font de fréquents recours à la métaphore, le style des étudiants ressemble la plupart du temps à un discours nationaliste farci de poésie lyrique au sens confus. Voici ce que j’ai dû corriger récemment :

« La Chine réveille de son sommeil, s’élève comme le soleil, autour duquel se tournent les planètes. La mondialisation est comme l’obus déjà sorti de la cartouche, et la sinisation se trouve exactement sur le point de l’obus, donc aussi sorti de la cartouche ! »

 

Bon, moi je ne sais pas ce que ça veut dire exactement, mais ça me fait flipper. En général, ces jeunes gens, dès qu’ils parlent de leur pays, ils disent des choses effrayantes. Moi qui aime la Chine, ils arrivent à me la rendre antipathique, avec des phrases comme :

« Suivant la performance frappante de la Chine, tout le monde peine à ne pas croire que ce dragon oriental va, un jour, soumettre l’aigle américain… De nos jours, dans le contexte où l’économie mondiale est beaucoup moins prospère que celle chinoise, c’est le monde qui a plus besoin de Chine que la Chine du reste du monde. »

A côté de cela, ils n’ont aucun complexe à affirmer que la culture chinoise a toujours développé des valeurs de modération, de gentillesse, en vertu desquelles ils sont le peuple le plus « amical » qui se puisse concevoir.

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Published by Guillaume - dans Politique
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commentaires

Delf 20/12/2006 13:42

A ??
 

Mais ça m’éclate d rire et surtout ce « tout »,.. même effet que dans l’émission que je t’ai envoyée,quand le sinologue évoquait yiking en disant «la seule chose qui ne change pas, c’est que tout change toujours tout le temps ! » Alors sur cela, félicitations, je entrevois ton potentiel d’être dévié des -thèses et des –ductions françaises parfaitement carrée, Monsieur l’ en voie de sinisation. Et tu me diras que faire devant ce trou où « tout est dans tout »(ce qui m’angoiCHe d temps en temps).
 

Antipestueux c’est l’après-peste non ? C’est comme administrer le médicament selon la maladie(Dui Zheng Xia Yao对症下药). L’antipestueux n’est remède que pour la peste, les pensées unilatérales ne s’applique que dans certains cas correspondants ; au-delà de ces cas, vaut mieux les réserver comme référence que les utiliser quotidiennement...Et plutôt anti-(ce qui est perçu), pour prophy- je suis pas sûre, mais au moins pas immuno-, je vois ce dernier conduirait vers l’enfermement/ le conformisme.
 

Guillaume 19/12/2006 14:42

Merci pour ces réflexions, Delphine. Elles me font penser qu'il faut autant se méfier des théories qui voient une différence étanche de la Chine, que de l'attitude qui vise à dire que tout a déjà été dit en Occident ou ailleurs, et que tout est dans tout. Comme tu le dis très justement, il faut garder les distinctions conceptuelles pour ce qu'elles ont d'opératoire, d'opérationnel, voire de prophylactique (pour ce qui est de l'antipestueux, j'attendrai que tu m'expliques ce que a veut dire.)

Delf 19/12/2006 11:02

 
Non pas les rejeter, mais les garder en réserve, comme l’antipestueux.
 

Je crois que je pense comme toi je me méfie des choses absolues. Par contre je dois avoir des problèmes dans les argumentations. Pour un texte comme tel, je me mets souvent en accord en partie en gartdant une doute et il me faut du temps pr les vérifier. Difficile de dire un oui ou un non devant tout un texte ou même une idée. Mais il me semble devoir me tenir bien pour être convaincant ou prétendre convaincant :P. alors je tends à l’absolu. Ce qu’il m’attend à améliorer, en plus de se méfier des choses, est encore comment argumenter en évitant de glisser d’un côté à un autre. Je trouve ça difficile, car quand je vois et je veux dire l’ensemble d’un problème je tends à en finir par rester muette(en me demandant pourquoi ci, pourquoi ça...)
 

Bon je tiens à dire que ce qui m’inspire le plus c’est la manque de l’humanité avec un amour universel en Chine. Quant à la cause qu’il proposait, cette dimension religieuse, justement moi-même je trouve ça délicat. Selon le sens lexical, manque de religion, je mets une question mark. Je sais « qu’il y a des religions en Chine », comme ailleurs ; le sens de l’universel c’est l’un des essentiels de Dao ; et « il ne manque rien aux Chinois », tout est là. Tout est là mais on n’en a pas conscience. C’est la conscience de la tradition qui en manque, et, encore pas chez les intellectuels, mais chez le public. (sur cela je suis contente/soulagée de voir qu’on recommence à et parler de plus en plus des traditions en Chine) Ce prof il étudie la culture de masse, cette manque peut être dans ce cadre, et je crois l’avoir vérifié/ressenti dans le quotidien comme une phénomène générale.
 

D’ailleurs il avait des idées provocantes sans que je puisse me souvenir précisément, mais par ex il a dit Taoîsme,de certaine manière c’est d’éviter/échapper(donc sans souci), et Bouddhisme, c’est de faire le monde disparaitre(donc sans souci) ; Han Fei Zi, , d’un côté c’est la stratégie/intélligence, de l’autre c’est de la tricherie. Tout ça, c’est non sans raison alors qu’il faut vraiment se méfier pr s’en vérifier...
 

以毒攻毒http://www.chine-informations.com/mods/dossiers/proverbes-chinois-authentiques_1170.html

Ben 17/12/2006 21:05

Quelle est cette "façon de lutter" de Luxun, quel est ce poison qui combattrait un autre poison? Ce qu'il y a, c'est que Luxun est ou paraît fortement pessimiste. Faut-il pour autant dire qu'une lutte qui ne croit pas completement dans la possibilité de sa propre victoire, ce qui semble être le cas de Luxun, au moins dans Errances ( Panghuang ) adopte necessairement les armes de ce qu'elle combat et finalement se confond avec ce qu'elle combat? C'est vrai que les intellectuels du 4 Mai se retrouvent communistes et souvent maoistes un peu plus tard. Mais le communisme lui-même, c'est une invention de l'amour universel du genre humain, Mao n'est pas le prince du Han Fei zi, mais un produit "occidentalisé". Moi, j'aime assez cette absence d'universalisme qu'on trouve en effet, me semble-t-il, chez des penseurs chinois. Maintenant, c'est vrai que chez Luxun on trouve une sorte de rage, qui accompagne l'amour deçu du genre humain, pas l'indifference de l'"observation" de textes chinois comme le Lie zi . Sinisons-nous ou resinisons-nous sans remords. 

Guillaume 17/12/2006 02:52

Très intéressant, Delphine, mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec tout ce que tu dis. Je me méfie terriblement des discours qui voient une différence absolue entre la culture chinoise et la culture occidentale. Ce sont en général des théories paresseuses et bancales qui nécessitent de caricaturer au moins une des deux cultures.
"Donc le problème demeure celui de la société chinoise par défaut d’une dimension religieuse qui permettra un amour universel et atteindra un niveau plus haut d’esthétique ou d’humanité" écris-tu. La dimension religieuse existe en Chine, même sans Dieu au sens judéo-chrétien du terme. Il y a du sacré, des sacrifices, des sacrilèges. Il y a le sens de l'universel, aussi. Il ne manque rien aux Chinois. Inversement, la présence du religieux n'est pas le propre de l'Occident, ni sa condition de possibilité.
Je comprends qu'on soit séduit par ces grandes oppositions conceptuelles, surtout quand elles sont incarnées par des civilisations observables. Moi aussi, je l'ai été, mais il faut s'en méfier comme de la peste. Non pas les rejeter, n'est-ce pas ? Mais s'en méfier.